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Usage des symboles dans Syngué Sabour Pierre de Patience d'Atiq Rahimi

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par Nadia Fatima Zohra SATAL épouse CHERGUI
Université Abdelhamid Benbadis Mostaganem - Algérie - Magistère, option sciences des textes littéraires 2011
  

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3-LA RELATIVITÉ

Un symbole est relatif dans la mesure où, premièrement, le lien entre un symbolisant et un symbolisé varie d'un contexte à un autre ; un symbolisant peut renvoyer à tel symbolisé dans un contexte donné et à tel autre dans un autre contexte. Deuxièmement, la perception du symbole varie également d'un sujet à un autre car la part de subjectivité relative à son interprétation est extrêmement conséquente, la corrélation entre le symbole et la personne qui l'aborde fait qu'il soit variablement interprété. En effet, l'interprétation du symbole dépend entièrement de celui qui en fait l'expérience, José Antonio Antón explique que : « Il y a un symbole pour chaque conscience [...] la manifestation de l'univers symbolique s'établit par la subjectivité. » 37(*)

4-L' OBSCURITÉ

Un symbole est également obscur, il n'est pas claire et il est entouré de mystères, il est énigmatique et révèle le secret et le dévoile, Durand écrit : « Le symbole [...] est l'épiphanie d'un mystère. »38(*) Ce qui signifie que le symbole perce le mystère et en donne une possible résolution.

5-LA HAUTEUR

Un symbole est obligatoirement orienté vers la hauteur, il tend toujours à dépasser une signification première, il est dit vertical car il est en perpétuelle progression par rapport à ce à quoi il se référait au départ, ainsi, une ascension du sens lui est toujours associée, Carole Lager décrit le symbole comme étant « vertical, il donne du relief à la vie humaine 39(*) ».

? Fonctions et pouvoir

Un symbole exerce au moins trois fonctions : Il montre, Il réunit, Il enjoint.40(*) Ces trois fonctions feront en sorte qu'il soit doté d'un énorme pouvoir ne pouvant laisser quiconque indifférent, le sujet qui l'approche n'en sera qu'imprégné :

D'abord, le symbole montre ce qui n'était pas perceptible à première vue, il éclaire ce qui était obscur et il exprime ce qui était hostile à l'expression. Le symbole est en étroite liaison avec l'indicible, il se charge principalement de communiquer les choses dont la charge sémantique dépasse les mots et le langage. Cette première fonction du symbole consiste à véhiculer les réalités que le langage ordinaire ne pourrait transmettre et dont la perception est susceptible de demeurer cachée à l'infini41(*). Le langage-symbolique s'approprie toutes « ces entités » restées à l'abri du discours et dont la représentation reste lexicalement insuffisante sinon inexistante, sous l'aile du symbole, toutes ces réalités restées jusque-là inconnues et inexprimées parviennent à se dégager et s'offrent à l'interprétation.

Les symboles montrent dans la mesure où, ils se substituent à toutes ces réalités n'ayant dans le langage d'équivalents, ils seraient « [...] des images pour traduire ce qui est indicible, parler d'une réalité autre pour laquelle il n'existe pas de langage »42(*).

Ensuite, le symbole réunit un signifiant concret à un signifié absent. Le signifiant vu et communiqué va être lié à un signifié abstrait et non-vu ; ce procédé d'association revient à réunir le conscient et l'inconscient. Le symbole a la faculté d'insinuer à la conscience des signifiés ayant été forgés dans l'inconscience. Selon René Fernet, le symbole serait perçu comme « médiateur entre notre conscient et notre inconscient 43(*) », cette fonction d'intermédiaire entre le conscient et l'inconscient relie en fait deux dimensions parallèles du psychisme humain où dans l'une, l'individu est maitre de ses activités puisqu'il les contrôle et il les régit tandis que dans la deuxième, l'individu n'a plus aucun pouvoir de contrôler le déroulement de ses opérations cognitives.

Son statut de trait d'union entre conscient et inconscient émane du fait qu'il puise une grande part de son dynamisme dans l'inconscient de l'individu et que par conséquent, il se voit ancré dans son psychisme et ne pourrait-être dissocié de lui.

À ce propos, Jean Chevalier dit : « Le symbole exprime le monde perçu et vécu tel que l'éprouve le sujet, non pas selon sa raison critique et au niveau de sa conscience, mais selon tout son psychisme, affectif et représentatif, principalement au niveau de l'inconscient44(*) Cette manière dont il use pour rapprocher conscience et inconscience s'avère-être fondamentale dans l'établissement de l'équilibre affectif et émotionnel de tout être, ceci, est dû au lien qu'il implique avec l'affectivité d'un sujet qui, par la nature inconsciente de l'association symbolique, demeure incapable de la gérer et qu'il ne lui revient pas de s'en passer ni de l'éviter puisque tout s'opère essentiellement dans l'inconscience de la personne. Son importance réside dans le fait qu'un symbole représente dans l'inconscient tout ce qu'un individu aurait ressenti comme inconfortable en état de conscience (moments de bonheur ou de douleur) ou même les appréhensions que pourrait avoir une personne , Desoille avait écrit à ce sujet : « Nous pouvons donc définir l'image symbolique comme le moyen par lequel l'inconscient représente à la conscience une situation, vécue ou non, pour exprimer un sentiment vécu, ou simplement possible. »45(*) 

Enfin, il enjoint, il somme celui qui s'en approche à aller à la rencontre du sens qu'il dissimule, l'intrigue qu'il installe, pousse inévitablement à s'abandonner à une quête du sens estompé par son caractère implicite.

Sa fonction d'enjoindre découle de sa propension à se vouer littéralement à l'obscurité, et à sa tendance à feindre de camoufler son fond. Il n'est pas de doute que le symbole tente celui qui s'y aventure puisqu'il ne donne pas d'explication mais qu'il la proclame, il n'éclaire guère mais incite à trouver une clarté, Ricoeur l'avait annoncé : « Le symbole donne à penser »46(*), car il ne représente pas la fin ou l'aboutissement d'un processus sémantique mais, il constitue plutôt un départ dans un infini herméneutique. Le symbole a la capacité de stimuler la pensée et de l'activer car il suscite une quête du sens non-prononcé. Le sens auquel il renvoie n'est pas direct (facile) mais au contraire, il ne peut-être que ardument conquis, il doit-être recherché et trouvé. Le symbole convie l'individu à la découverte du sens dissimulé, c'est dans ce sens qu'il donne à penser.

Ces trois qualités (montrer, réunir, enjoindre) pourvoient le symbole d'un énorme pouvoir duquel, rebelle, il affectera indéniablement celui qui tentera de l'appréhender par la pléthore de significations qu'il suppose et par l'ambigüité sémantique qu'il crée.

Un pouvoir aussi grand et certain ne saurait passer sans faire de bruit, le symbole ne laisse pas indifférent, la puissance qu'il procure au langage devait faire profiter la création humaine, il fallut le mettre en oeuvre, et ainsi, en faire promouvoir l'art et notamment la littérature ; un mouvement le consacre : le symbolisme.

2-LE SYMBOLISME, LE MOUVEMENT

« Nommer un objet, c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est faite de deviner peu à peu : le suggérer, voilà le rêve. C'est le parfait usage de ce mystère qui constitue le symbole », écrit Mallarmé.

C'est là, le fondement-même du symbolisme, ne pas nommer, ne point expliciter, n'opérer qu'indirectement, suggérer. En effet, le symbolisme est né en France, à la fin du XIXème siècle, alors que Zola s'empare largement de la scène avec ses théories du naturalisme et que le romantisme social d'Hugo accaparait toute la place artistique, de jeunes poètes se révoltent contre le naturalisme et le rationalisme auxquels ils reprochent une description jugée trop objective et un excès de réalisme qualifié d'insensible. Les symbolistes se soulèvent contre la substitution de la science à la littérature et révoquent toute sorte de pratique romanesque réaliste de laquelle ils dénoncent un manque d'imagination lassant, et où, l'oeuvre est sous l'égide de la littérature documentaire, au contraire, le symbolisme favorise la rêverie et l'imagination et prône le symbole et la suggestion.

Voulant donner un nouveau souffle à l'art, les symbolistes réclament haut et fort l'existence d'un monde caché, parallèle au concret. Les jeunes innovateurs refusent de se soumettre à l'emprise de l'évolution industrielle et au progrès scientifique, ils s'intéressent davantage aux profondeurs de la pensée, notamment avec l'avènement de la psychanalyse et les découvertes de la personnalité (Freud), de la philosophie du conscient et de l'inconscient (Bergson), de telles trouvailles innovatrices ne pouvaient que donner du renouveau à l'esprit humain en le conviant à explorer des horizons restés jusque-là inconnus.

Bannissant toute intrusion réaliste et objective dans leur création, c'est principalement vers la poésie que se tournèrent les symbolistes, car ce fut là, où l'imagination et l'individualisme s'épanouissaient le plus, mais bientôt, ils conquirent tous les domaines de l'art.

L'école symboliste s'emporte contre le conformisme qui, contraignant l'écrivain à se tenir enclavé à l'intérieur des dogmes établis va lui ôter toute perspective de création par laquelle, il aurait pu ressortir toute son originalité, Rémy de Gourmont qualifie ces dogmes de crime contre l'écrivain, il dit à ce propos : « Le crime capital pour un écrivain c'est le conformisme, l'imitativité, la soumission aux règles et aux enseignements. »47(*)

De leurs théories parues principalement dans des revues telles que : La Vogue, Le Symboliste, La Revue Indépendante, La nouvelle rive Gauche (Lutèce), va naitre un manifeste synthétisant tous les principes et les revendications du mouvement.

* 37 José Antonio Antón, « Symbolique et métaphysique », in Les cahiers de Recherches et d'Etudes Traditionnelles, n°5, Printemps-Eté 1994. Article traduit et adapté à partir de la revue Symbolos par Jean-Luc Spinosi.

* 38 Durand, Gilbert. L'imagination symbolique. Paris : P.U.F, 1976, p.13.

* 39 Lager, Carole. L'Europe en quête de ses symboles. Berne : Peter Lang, coll. «Euroclio», 1995, p. 30.

* 40 Jameux, Dominique, op.cit.

* 41 Abel, Olivier, « La corrélation religion-culture dans la théorie du symbole chez Paul Tillich », in Religion et culture : colloque du centenaire Paul Tillich 1986, Québec : Les Presses de l'Université Laval, Ed. Du Cerf, 4ème trimestre, 1987, p. 142.

* 42 Dolghin, Marie-Claire. Les saisons de l'âme. Paris : Séveyrat, 1989, p. 34.

* 43 Fernet, René. Le symbole un messager. Montréal : Médiaspaul, 2001, p. 14.

* 44 Chevalier, Jean, « Introduction au dictionnaire des symboles », op.cit., p. XIX.

* 45 Desoille, Robert. Le rêve éveillé en psychothérapie. Paris : P.U.F, 1945, p. 289. 

* 46 Ricoeur, Paul, « Le symbole donne à penser », in Finitude et culpabilité II : La symbolique du mal. Paris : Aubier-Montaigne, 1960, pp. 323-332.

* 47Cité par Michelet Jacquod, Valéry dans Le roman symboliste : Un art de l' « extrême conscience ». Genève : Droz, 2008, p. 41.

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