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Usage des symboles dans Syngué Sabour Pierre de Patience d'Atiq Rahimi

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par Nadia Fatima Zohra SATAL épouse CHERGUI
Université Abdelhamid Benbadis Mostaganem - Algérie - Magistère, option sciences des textes littéraires 2011
  

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2-1-LE MANIFESTE DU SYMBOLISME

C'est Jean Moréas, jeune poète d'origine grecque qui consacre le mouvement symboliste en publiant Le manifeste du symbolisme le 18 septembre 1886 dans le supplément littéraire du Figaro. D'une part, le manifeste revendique ses prédécesseurs tels que Baudelaire, Rimbaud, Verlaine et Mallarmé, qui tous, dans des écritures précédentes avaient usé d'une plume symbolique ingénieuse.

[...] disons donc que Charles Baudelaire doit être considéré comme le véritable précurseur du mouvement actuel ; M. Stéphane Mallarmé le lotit du sens du mystère et de l'ineffable ; M. Paul Verlaine brisa en son honneur les cruelles entraves du vers que les doigts prestigieux de M. Théodore de Banville avaient assoupli auparavant48(*)

D'autre part, Le manifeste du symbolisme éclaire les principes et les fondements de l'école symboliste, Moréas y définit les principales priorités du mouvement.

C'est d'abord, une rupture avec l'objectivisme et le recours démesuré au réalisme que prône Moréas, l'homme proclame de permettre au langage de dire sans pour autant étaler la signification, ainsi, la forme symbolique demeurerait éternellement indécise et constituerait constamment l'objet d'intérêt et de questionnement. C'est principalement, contre le positivisme naturaliste que se soulève Moréas et tout le cénacle symboliste en déclarant que le symbolisme serait :

Ennemi de l'enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective, la poésie symbolique cherche à vêtir l'idée d'une forme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son but à elle-même, mais qui, tout en servant à exprimer l'idée, demeurait sujette49(*).

Moréas élit les symboles comme seuls révélateurs de la vérité, leur pouvoir étant condensé dans leur aptitude à faire transparaitre l'infini dans le fini ou encore par leur subtilité à manifester l'immense par le moindre.

Tous les phénomènes concrets ne sauraient se manifester en eux-mêmes ; ce sont là de simples apparences sensibles destinées à représenter leurs affinités ésotériques avec des idées primordiales50(*).

Bien que le manifeste consacre l'essentiel de son contenu à la poésie, il ne manque pas de souligner les ambitions du symbolisme à propos du roman. Selon Moréas, le roman symboliste ne constituerait plus une réincarnation de la société ni sa description mais qu'il tiendrait plutôt à paraitre comme roman de singularité reflétant l'écrivain lui-même avec toute sa volonté de se soustraire au monde extérieur et de se créer un monde reformé ou déformé comme le note Moréas. C'est encore cet esprit de refus qui hante le programme romanesque des symbolistes, le manifeste exprime l'aspiration du symbolisme à faire du roman un lieu de propagande du monde intérieur, contraste au réel et désiré par l'auteur :

La conception du roman symbolique est polymorphe [...] Lui-même est un masque tragique ou bouffon d'une humanité toutefois parfaite bien que rationnelle [...] le roman symbolique-impressionniste édifiera son oeuvre de déformation subjective.51(*)

2-2-LES DÉCADENTS, PIONNIERS DU SYMBOLISME

Déjà plusieurs années avant la parution du manifeste, de grands hommes de lettre avaient pressenti la nécessité de l'avènement d'une nouvelle forme d'écriture et avaient eux-mêmes fait preuve d'un penchant voire d'une obstination à affranchir leur écriture du réalisme et de donner libre cours à l'imagination et de profiter pleinement du pouvoir suggestif du langage. C'est précisément à l'époque des décadents que se voient éclore les premières manifestations de ce qui sera appelé ultérieurement symbolisme.

La publication de Les Fleurs du mal de Baudelaire en 1857 a été sans doute l'étincelle qui marqua à jamais les esprits et fut pour beaucoup d'autres artistes un point de départ dans la voie de l'innovation symboliste. La théorie des Correspondances que Baudelaire développe, fait de lui le précurseur indélébile du mouvement symboliste, ses contemporains lui témoignent ce statut tel que nous l'explique le numéro 148 de la revue Mercure de France paru en 1902 : « Mais avant tout manifeste, avant tout art poétique, un profond artiste avait, en Précurseur, usé de la technique nouvelle, merveilleusement [...] les Correspondances de Baudelaire demeurent primordiales et initiatrices des tentatives similaires52(*)

Verlaine avec L'art poétique, poème écrit en 1874 et publié en 1884, trace déjà les premiers pas du symbolisme et lui assigne toute son essence, ce poème s'avère beaucoup plus didactique qu'esthétique et constitue un vrai enseignement de l'écriture symbolique. Ainsi, il dira dans ses vers : « Car nous voulons la Nuance encor, / Pas la couleur, rien que la nuance !/ Oh ! la nuance seule fiance/ le rêve au rêve et la flûte au cor ! » Ces vers paraissent déjà comme annonceurs d'une tendance dont le souci n'était pas de montrer ni de témoigner mais plutôt de proposer et d'inviter à l'imagination, Verlaine amorce les principes du mouvement en employant le terme « nuance » et met en exergue toute la volonté de surpasser les usages désuètes de la littérature (réalisme) vers une littérature beaucoup plus profonde où la connaissance du monde ne relève plus du rationnel mais des impressions créées par la suggestion du symbole.

Huysmans encore, marquera d'une nouvelle plume innovatrice un grand tournant dans sa carrière littéraire et ira à l'encontre de ce qu'il réclamait jadis ; bien qu'il soit un fervent adepte du naturalisme et l'un des plus célèbres disciples de Zola, son personnage Des Esseintes du roman À rebours53(*) publié en 1884 témoigne bien du malaise ressenti par l'auteur à l'égard du naturalisme. En effet, Jean Des Esseintes a tout l'air d'un personnage sorti d'un hors-là, d'un ailleurs où le monde réel n'existe pas, caractérisé par un antirationalisme frappant, le personnage s'isolera loin des yeux de la réalité et ira s'abriter dans un monde imaginaire répondant à tous ses désirs, il y mènera une vie singulière qu'il créera lui-même. Jean Des Esseintes montrera à plusieurs reprises son attachement à la lecture de Baudelaire et surtout à celle de Mallarmé, un attachement qui lui vaudra une prose de ce dernier.

Mallarmé, considéré comme maitre du symbolisme fut celui autour duquel, se réunirent beaucoup d'hommes de lettres éprouvant tous le même sentiment d'insatisfaction vis-à-vis du langage, tous avaient l'ambition de donner un sens plus pur aux mots54(*). C'est chez-lui, rue de Rome, qu'eurent tendance les épris de l'imagination poétique et les antinaturalistes tels que Gide, Valéry, Moréas, Maupassant, Claudel, Verlaine à se réunir chaque mardi afin de laisser déborder des idées où le rêve, la liberté et la suggestion étaient maitres. En initiateur, le poète enseigna l'art de la nuance et de l'insinuation symbolique.55(*)

En 1884, en écrivant Prose pour Des Esseintes, Mallarmé consacre le personnage de Huysmans et lui offre un poème qui conviendrait fort bien à ses voyages imaginaires.

C'est dans cette même perspective qu'écrivit Rahimi son roman Syngué sabour Pierre de patience. Il mit en oeuvre toute l'insinuation, la rêverie et l'infinitude du symbole. Voilà que, comme l'a indiqué, il y a plus d'un siècle, Jean Moréas dans le « le manifeste du symbolisme », un roman raconte l'histoire d'un personnage retirée du monde, une femme, créant un univers parallèle où, elle se forgera un temps différent, des repères uniques, une incroyable volonté à changer son existence. Il ne fait pas de doute que cette femme ressemble énormément à ce que Moréas décrit comme personnage du roman symbolique, à propos duquel, Moréas avait expliqué que ce devait être « un personnage unique qui se meut dans des milieux déformés par ses hallucinations propres 56(*)».

Nous proposons de suivre les traces du symbole dans notre corpus et notamment les traces du roman symboliste dans notre deuxième chapitre.

* 48 Moréas, Jean, « Le symbolisme », Chronologie littéraire 1848-1914 [en ligne], texte établi à partir de l'original par Francesco Viriat http://www.berlol.net/chrono/chr1886a.htm (consulté le 13 juillet 2011).

* 49 Ibid.

* 50 Ibid.

* 51 Ibid.

* 52 Segalen, Victor, « Les synesthésies De l'Ecole Symboliste », in Mercure de France, n°148, avril 1902, p.65, Gallica Bibliothèque numérique[en ligne] http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k105516q/f71 (consulté le 13 juillet 2011).

* 53 Huysmans, Joris-Karl (1884). À rebours. Paris : Le Manuscrit, 2004.

* 54 Benoit-Dusausoy, Annick, Fontaine, Guy, (sous la direction de). « La fin de siècle », Lettres européennes, Manuel d'histoire de la littérature européenne. Bruxelles : De Boeck, 2007 (2ème éd), p. 559.

* 55Ibid., p. 558.

* 56 Moréas, Jean, op.cit.

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