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Contribution socio-anthropologique à  l'analyse de la protection des civils par les forces de défense républicaine dans les conflits armés en RCA

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par Blandine Laurette NGNOLO
Institut des Relations Internationales du Cameroun - Master 2 2015
  

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SECTION 2 : L'IMPACT DE LA SOCIOLOGIE DES ARMES SUR LES OPERATIONS MILITAIRES POURLA PROTECTION EFFECTIVE DES CIVILS PAR LES FACA

La protection des civils par l'armée se traduit par le respect du DIH dans la conduite des hostilités. Dans cette section il est question d'expliquer comment les effets de la sociologie des armées agissentsur le soldat et lui confèrent de nouvelles caractéristiques intrinsèquesqui conditionnent ses relations avec ses camarades d'armes par la dissolution du conformisme et la modification de leur comportement par une dissolution du désengagement moral. Ces deux facteurs sont reconnus comme des motifs qui poussent les soldats à violer les règles juridiques édictées par les conventions de Genève.

A. LA RESPONSABILISATION DES SOLDATS FACE AUX CIVILS

La question géopolitique et sécuritaire des conflits en Afrique centrale post guerre froide telle que présentée par Ntuda Ebode à savoir : « qui est avec moi est mon ami et qui est contre moi est mon ennemi » trouve bien sa place dans ce notre contexte. ». Ce que l'école de Copenhague qualifie de sécurité sociétale.

Partant du postulat selon lequel la société comprend plusieurs sous-ensembles qui entretiennent de nombreuses relations et qui ont des interconnexions entre eux, l'inter influence de ces sous ensembles engendrent la dynamique qui fait bouger la société. La multitude de ces inter influences et l'apport des facteurs externes sont à la base des changements nombreux qui affectent la société. Ainsi donc les mouvements de ces incessants changements affectent aussi l'armée en tant que sous structure de la société. Comme on peut le remarquer la société étant dynamique, l'armée qu'elle a aussi est dynamique. C'est dans cette approche que Jakubowski remarque que : «  la création individuelle d'un lien d'articulation entre la vie privée et la vie professionnelle est le signe que l'organisation ne parvient pas à gérer les individus dans leur totalité, mais encore que l'identité militaire se rétrécit au contact de la civilité. »169(*)

Cette identité militaire se rétrécit à cause de cette mise en commun des deux appartenances des militaires. Pour le démontrer nous nous referons à une enquête menée par Sébastien Scherh170(*) sur la question des évolutions des liens sociaux et des appartenances auprès des jeunes militaires dans le cadre du dispositif Volontaire. Le constat suivant est fait : les réseaux de sociabilité des jeunes volontaires sont en grande partie conservés après leur intégration. Ces militaires ajoutent aux liens familiaux et amicaux antérieurs les liens qu'ils tissent désormais sur le lieu du « travail » autrement dit il n'y a en général pas de rupture dans les appartenances et les liens sociaux mais au contraire une articulation entre ceux-ci.

D'après F. Dubet171(*), la culture militaire (de la spécialité, de l'arme et de l'armée) n'est plus suffisante pour définir les éléments stables de l'action ou des modes de vie parce que les individus visent à construire une unité à partir des éléments divers de leur vie sociale et de la multiplicité des orientations qu'ils portent en exécution de son métier c'est la raison pour laquelle « les militaires n'adapteraient plus leur mode de vie en fonction des spécificités du métier, mais tenteraient de construire leur métier en fonction de leur mode de vie. »172(*)

L'approche sociologie militaire nous invite à parler du militaire en tant qu'individu appartenant à un groupe ethnique, religieux, culturel etc. avant d'être un membre d'un corps professionnel.

Etant donné que le militaire porte en lui son environnement familial, amical dans l'exécution de son métier et qu'il se dépouille des attributs spécifiques que lui exige sa profession, il est assimilable à un individu ordinaire qu'on pourrait qualifier de citoyen qui a une identité propre qui l'influence fortement et détermine ses actions. Pour comprendre quelle est l'intensité avec laquelle un militaire peut être influencé par cet environnement, nous allons définir l'identité pour cela nous nous référons à Ernest Marie Mbonda173(*) qui définit l'identité comme : « l'appartenance de l'individu au groupe clanique, tribal ou ethnique dans lequel il est né et socialisé. À ce niveau, on décline son identité en renvoyant au groupe ethnique dont on fait partie, son héritage culturel qui le relie à une communauté particulière, laquelle se distingue d'autres communautés, d'autres culture ».

C'est pourquoi toujours selon Mbonda :

« L'individualité est structurellement investie par la culture particulière d'un groupe qui marque profondément sa manière de penser, de sentir, d'agir et d'habiter le monde. Dans l'identité d'un individu s'entrecroisent ce qui le singularise et ce qui le rattache à une communauté. C'est pourquoi le mépris de la communauté culturelle d'appartenance d'un individu peut avoir sur lui le même effet offensant que le mépris de sa personnalité individuelle. »174(*)

L'école de Copenhague, par la voie de Ole Waever, affirme que :

« (...) la notion de sécurité sociale, synonyme de survie identitaire, renvoie au « nous » qui se reproduit en se distinguant des « autres »; tout ce qui constitue une menace existentielle à la survie de ce nous, qu'il s'agisse d'une nation, d'une ethnie, d'une communauté religieuse, est potentiellement une question sécuritaire ».

Dans cette acception, il en résulte que les menaces à la sécurité sociétale sont plus subjectives qu'objectives. Car la mobilisation qu'elle suscite fait appel à des émotions puissantes parce que liées à des attachements primordiaux et irrationnels. Elle permet de combiner les intérêts et les liens affectifs c'est ce que démontre la théorie primordialiste dans une approche d'utilisation stratégique et politique.

C'est pourquoi par exemple l'on peut comprendre que la peine d'un individu dont la communauté est victime d'une catastrophe soit plus forte que si c'était une autre communauté qui était touchée. En dépit de certaine théorie évolutionniste comme le dit Philippe Laburthe-Tolra « l'appartenance ethnique ou lignagère continue à jouer un rôle capital dans la vie moderne, elle est source de solidarité et d'armature.»175(*) C'est pourquoi un philosophe fait bien de dire que : « L'homme aime bien ce qu'il connait bien, il défend ce qu'il aime bien et qui est nécessaire à sa vie et à celle des siens. » 176(*)

Ainsi donc, à chaque société correspond une culture c'est-à-dire une mentalité propre à elle cela parce que société et culture sont deux entités corrélatives liées l'une à l'autre. Il n'yapas de culture sans société, ni de société sans une culture qu'elle reproduit et que les membres vivent et pratiquent. Aussi, les caractéristiques d'une société, le comportement, le mode de vie et de mentalité des membres d'une société se retrouvent dans l'armée. Et cela dans une perspective où l'armée est un sous ensemble de la société. D'où cette remarque fondamentale de Fustel de coulanges « l'état social et politique d'une nation est toujours en rapport avec la nature et la composition de ses armées »177(*).

Dans un tel système pourrait s'appliquer par analogie le mécanisme décelé par Tocqueville qui stipulait :

« Lorsque les citoyens ont enfin appris à faire un paisible et utile usage de la liberté et ont senti ses bienfaits ; quand ils ont contracté un amour viril de l'ordre et ce sont pliés volontairement à la règle, ces mêmes citoyens en entrant dans la carrière des armes y apportent à leur insu et malgré eux ces habitudes et ces moeurs. L'esprit général de la nation pénétrant dans l'esprit particulier de l'armée, tempère les opinions et les désirs que l'état militaire fait naitre ou par la force toute puissante de l'opinion publique il les comprime. Ayez des citoyens éclairés, réglés, fermes et libres et vous aurez des soldats disciplinés et obéissants. »178(*)

* 169 Cité in François GRESLE, op cité, P. 210

* 170Ibid, P. 206

* 171 Cité in François GRESLE, op cité, P.

* 172 Ibid., P 212

* 173 Ernest-Marie Mbonda, la justice sociale comme fondement de la paix dans les sociétés pluriethniques. Le cas de l'Afrique, 2003, P. 31

* 174Ibid. P. 32

* 175Philippe LABURTHE-TOLRA, Jean Pierre WARNIER : Ethnologie Anthropologie Paris, PUF, 1993, P. 38.

* 176 Philosophe cité par M. AVOCANH Adolphe, Colonel, in L'intégration des Forces armées et de Sécurité dans les sociétés démocratiques », Actes du colloque international, du 29 Mars au 1er Avril 2005, Cotonou, Benin P. 50.

* 177In Marc FRONTIER, op cité, P. 1.

* 178 Cité in Pascal VENNESSON, Théodor CAPLOW, op cit, P. 44.

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