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Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

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2. La Belle-de-Mai : un quartier où pauvreté et insécurité dominent

Avant d'étudier l'ancrage territorial des entreprises du Pôle de la Belle-de-Mai, il semble bien évidemment essentiel d'étudier le territoire. Nous nous baserons sur des discours de la presse, des politiques et des acteurs du pôle pour comprendre quels sont les enjeux du territoire. Nous nous demanderons ainsi comment ces différents acteurs voient le territoire ? En quoi les projets de Friche, Pôle Média et Pôle Patrimoine peuvent être une solution ? Ces interrogations nous permettront de comprendre si les acteurs de développement sont conscients des problèmes du territoire et quelles sont les perspectives qu'ils proposent. Nous pourrons ainsi cerner les différents enjeux du territoire pour voir, par la suite, si les entreprises les ont pris en compte et si elles se sontinvesties dans la résolution des problèmes.

a) Le quartier « le plus pauvre d'Europe »

Nous nous sommes interrogés, dans un premier temps, sur la perception du quartier. Et ce que l'on entendou litle plus souvent dans les discours, que ce soit auprès des politiques, des acteurs locaux ou de la presse, c'est que la Belle-de-Mai est un quartier où insécurité et pauvreté dominent très largement.Depuis que le quartier existe, il expose de grandes inégalités tant sur le plan social que sur le plan économique. Et ces problèmes de développement se sont intensifiés avec la fermeture de la manufacture des tabacs. En 1989, La Belle-de-Mai fait déjà les grands titres. Dans le Méridional, un des titres marquant sur la Belle-de-mai est « Belle-de-Mai, quand stoppera-t-on la paupérisation ? ». Les journalistes semblent se rendre compte de la paupérisation qui a toujours sévi dans le quartier, et qui s'est maintenue depuis la fermeture de la manufacture en 1990. En effet, ce quartier était particulièrement tourné vers l'industrie. En 1869, seulement quelques années après l'urbanisation et l'industrialisation du quartier notamment avec l'implantation de l'usine Seita, 57% des habitants y étaient employés71(*). Dès l'urbanisation du quartier, l'habitat apparaît comme « malsain et précaire »72(*). À coté de cela, la ville de Marseille favorise le développement de l'industrie par l'aménagement de voies commerciales, de trottoirs, etc. On comprend alors que déjà, à l'époque, la municipalité ne cherche pas forcément à améliorer le coté habitation et vie sociale du quartier. Et le fait de se soucier aussi peu du devenir du quartier va faire en sorte que ce dernier se paupérise, son insécurité et sa vétusté n'en étant qu'amplifiées.

Le quartier doit finalement être rentable tout au plus, et ne doit être voué à une vie sociale. En 2002, c'est-à-dire 10 ans après l'implantation du SFT à la Belle-de-Mai et donc le début de la reconversion de l'ancienne manufacture, le territoire semble pourtant toujours abandonné. Il semblerait même que les politiques se rendent enfin compte des problèmes à la Belle-de-Mai.

Lisette NARDUCCI, maire du 2èmesecteur, constate la grande difficulté que représente la Belle-de-Mai. Elle considère le quartier comme « un quartier populaire et populeux »73(*), et le compare même à un « village ».Elle pense également qu'il y a « une difficulté sociale et économique qu'il ne faut pas ignorer. Il y a une concentration de familles en grande précarité, les voyants sont au rouge. ».

M.VOUYOUCAS, ancien directeur du Gyptis (cinéma) fait lui aussi part de sa détresse dans la Provence74(*), et se demande si « le quartier est abandonné à la saleté et à la laideur ? ». Ce à quoi il ajoute« Ensemble, nous devons entreprendre des travaux d'aménagements sans lesquels tout autre projet ne peut fonctionner. ». Finalement, selon lui, la Friche n'a pas profité au quartier, qui reste toujours très pauvre. Il faudrait sans doute rénover le quartier dans son ensemble pour qu'une nouvelle dynamique positive apparaisse. Sans quoi, les autres projets, que se soit la Friche, le Pôle Média et le Pôle Patrimoine ne pourraient fonctionner. Pourtant, aujourd'hui, en 2015 soit plus de vingt ans après l'implantation de la Friche et dix ans de développement des projets Pôle Média et Pôle Patrimoine, les projets semblent ancrés sur le territoire75(*). Cela revient à nous demander si le fait qu'un projet économique évolue sur un territoire qui n'évolue pas en fait forcement un projet non durable ? Ou si, au contraire, le territoire et l'entreprise évoluent de manière totalement disjointe. Il se pourrait alors que, malgré le fait qu'une entreprise réussisse à se développer et à se créer un capital important, le territoire sur lequel elle est implantée n'arrive pas à suivre ce mouvement et que, au contraire, l'écart économique et social se creuse un peu plus. C'est en tous cas ce qu'il semble se passer à la Belle-de-Mai.

* 71 CLAIR S. (2003)

* 72Ibid

* 73La Provence, dossier : la belle-de-mai veut croire en l'avenir, avril 2013

* 74 La Provence, 16 mai 2002, Des idées neuves pour la Belle-de-Mai et National, C.P

* 75 Dans le sens physique du terme ; ne pas faire de rapprochement avec l'ancrage territorial qui est le sujet de notre étude.

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