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Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

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b) Une conscience des problèmes universelle sur le territoire

Un deuxième constat que nous pouvons faire un sein des discours est celui de la conscience universelle des problèmes du quartier dans son développement et qu'il semble urgent de s'en défaire. Ce constat commence dès les années 1980, c'est-à-dire 10 ans avant la fermeture de la manufacture qui a entrainé encore plus de déclin au sein du quartier. Dans un article paru dans le journal Le méridional le vendredi 16 janvier 1981, Jean BETTOIA rapporte une enquête réalisée auprès des habitants du quartier. Certains expriment un sentiment de changer de « planète ... lorsqu'on arrive à la Belle-de-Mai. »D'autres expliquent qu'ils ne veulent «  nullement être discriminatifs, mais il existe une telle différence de physionomie entre ces lieux et les « beaux quartiers » qu'on est forcé d'insister sur ce contraste criard. ». Ils ajoutent également que « le quartier est sale, à l'abandon ». Au-delà du fait que le quartier est pauvre, les habitants semblent se sentir délaissés et même abandonnées, face aux inégalités et à l'insalubrité. Dominique SAMANNI, Directrice des réserves municipales, nous confie également que « lorsque les visiteurs se rendent à sa structure à pieds depuis Saint-Charles, ils se rendent compte de la grande différence qui règne entre l'insécurité et la fracture sociale du quartier et la Friche. »76(*).

Lisette NARDUCCI, maire du 2ème secteur, constate elle aussi le problème, mais tente de le minimiser. Elle explique la chose suivante : « Vous savez, je reçois les CIQ tous les mois pour faire le point sur les dossiers. Il y a une économie souterraine. En même temps, il y a une vie tout à fait normale. Il y a un savoir vivre ensemble mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de problèmes. D'une manière générale, cela se passe plutôt bien. On n'a pas les grands règlements de compte. On a notre « petite bande ». Il y a quelques individus qui foutent la pagaille. » Ce à quoi elle ajoute « pendant trente ans rien n'a été fait. Mais cela commence à changer. Depuis que je suis maire, j'ai fait remonter la nécessité de l'intervention des pouvoirs publics. ... C'est en train de bouger. Tout n'est pas encore très visible. Ca va sortir de terre. La Belle-de-Mai est en mouvement. On avait touché le fond, on a amorcé la remontée. »77(*). Pour Mme NARDUCCI, les choses sont donc en train de changer, depuis qu'elle a été élue. La tendance s'est inversée même si les choses ne sont pas encore visibles. Mais cela ne relève-t-il pas simplement du discours politique à la veille d'une élection municipale (les propos ayant été tenus en 2013 et les élections ayant eu lieu en 2014) ? Est-ce que les habitant ont eux aussi l'impressions que les choses changent ? Nous avons également pu voir sur le site internet de la mairie du 2ème secteur, que la description du quartier de la Belle-de-Mai ne se fait que par son Pôle Média, sa Friche et son Pôle Patrimoine. On rapporte même le fait que « ce lieu vit au rythme du cinéma, de la télévision et de la culture. »78(*). Finalement, dans le discours politique, les problèmes de la Belle-de-Mai, bien que constatés, semblent quelque peu cachés derrière le succès des industries créatives du pôle.

Mais pour certains, le vrai problème n'est pas le fait que le quartier soit pauvre ou insécurisé, c'est le fait que personne ne s'en soit préoccupé. Et bien que le maire constate que les politiques n'ont été que trop peu présentes à la Belle-de-Mai pendant plus de trente ans, son discours est bien plus optimiste que d'autres. Selon le directeur du CIQ, Serge PIZZO, « la crise des années 70 est venue saccager cette belle vitalité. ... Les pouvoirs publics ont laissé ce quartier à l'abandon pendant plus de 30 ans. »79(*).

Finalement, on a tendance à rejeter la faute sur la Friche, le Pôle Média et le Pôle Patrimoine, mais ce constat semble légèrement irraisonné. La question de l'accès à la Friche se fait par exemple de plus en plus pressante80(*) étant donné le nombre de salariés, artistes et visiteurs qui s'y rendent. Mais lorsque la Friche n'était qu'une manufacture de tabac, la question ne se posait pas. Les gens se rendaient naturellement sur le site puisqu'ils devaient y aller pour travailler. Aujourd'hui, on dit que la Friche est inaccessible, mais elle ne l'est pas plus que du temps industriel... Il semble donc quelque peu irrationnel d'accuser la Friche. Le problème qui devrait par contre être mis en évidence est le fait que la municipalité n'a pas développé de vrai projet de territoire. Elle a simplement décidé de soutenir des projets culturels et créatifs mais ne semble pas avoir donné de directives sur l'intégration de la population dans ces projets.81(*) La question que nous pouvons par conséquent nous poser est quel est le réel intérêt à développer la culture et la créativité sur un territoire aussi défavorisé ?

* 76 Propos recueillis le 24 avril 2015

* 77La Provence, dossier : la belle-de-mai veut croire en l'avenir, avril 2013

* 78 http://www.mairie-marseille2-3.com/nos-quartiers/belle-de-mai/, consulté le 20 juillet 2015

* 79Ibid

* 80 Direct matin Provence, 20 février 2014, Belle-de-Mai : et si on améliorait l'accès au pôle ?

* 81 C'est le constat que nous ferons dans la suite de cette partie, notamment par les entretiens réalisés auprès des acteurs du Pôle Belle-de-Mai

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