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Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

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3. Perspectives de développement de la Belle-de-Mai

a) Quel est l'avenir des liens entre quartier et pôle ?

On se demande tout le temps pourquoi il n'y a pas de liens entre le quartier et les pôles, ou du moins s'il y en a. Mais finalement, pourquoi devrait-il y en avoir ? Yann LORTEAU par exemple, se fait la réflexion suivante : « Publiquement personne ne va critiquer la Criée parce qu'ils ne travaillent pas avec le quartier. ». On a donc tendance à très vite dire des choses sur le rapport entre la Friche et le quartier.

Un projet de développement par la culture doit, de façon certaine, profiter à son territoire. Mais dans le cas de la Belle-de-Mai, nous ne sommes pas dans un projet de développement local où il a été question d'intégrer le quartier. La question ne s'est posée qu'après la réhabilitation et les collectivités locales ne s'intéressent pas vraiment aux liens entre pôle et quartier, ce qui les rend d'autant plus difficiles. Ce serait finalement aux entreprises de les mettre en place et de les gérer. C'est d'ailleurs la définition même de l'ancrage territorial : les entreprises doivent s'intéresser à leur territoire et tenter de développer une collaboration avec les acteurs locaux pour que chacun s'enrichisse de l'autre. De plus, le fait qu'il n'y ait pas d'encastrement des entreprises n'a pas empêché celles-ci, et par extension les pôles, de se développer. Finalement, pourquoi les pôles ou les collectivités devraient se soucier de créer de l'ancrage si cela n'empêche pas aux entreprises de s'installer et de se développer ?

On a peut-être tendance à trop souvent rejeter la faute sur les entreprises. Il faut aussi prendre en considération les moyens donnés à l'action pour mesurer l'impact de cette action sur le territoire. On considère trop souvent la Friche par exemple comme un lieu dédié au quartier. Mais non, c'est un lieu dédié au public de Marseille et de l'extérieur. Finalement, le plus important serait peut-être de créer de l'envie pour que les gens du quartier viennent au pôle et s'intéressent à ce qu'il s'y passe.

b) Le pôle peut-il être considéré comme cluster créatif ?

Après nos nombreuses analyses de l'encastrement des individus et de l'encastrement de entreprises, on peut se demander si le pôle peut ou non se définir en tant que cluster créatif. Par définition, un cluster créatif se développe sur un territoire créatif. Pour rappel, un territoire créatif n'est pas seulement une concentration de créatifs, mais c'est surtout un ensemble de créatifs réunis dans des lieux où ils se sentent bien et où les conditions d'innovation sont bonnes. À la Belle-de-Mai, bien que la moitié des salariés disent se sentir biens au pôle et aiment y travailler, cela ne représente pas la majorité d'entre eux. Toujours selon la définition que nous avons donnée en première partie, les pouvoirs publics ne peuvent pas fabriquer les « créatifs », mais ils peuvent par contre faire en sorte qu'ils viennent s'installer sur leur territoire. Il faut donc qu'ils fassent en sorte que le territoire offre des conditions favorables et que la qualité de vie attire ces talents. Mais à la Belle-de-Mai, rien n'a été fait pour permettre aux salariés se sentir bien depuis le début de la réhabilitation. Même si le quartier a connu quelques rénovations, cela ne lui a pas permis de se redynamiser et la précarité y est toujours très importante. De plus, le territoire créatif a bien évidemment des inégalités de niveau de vie mais celles-ci ne sont pas fortes par définition. La cohésion sociale y est bonne, ainsi que la sécurité des biens et des personnes. Il propose des moyens d'éducation et de recherche, favorise la diversité des équipements, des hommes et de l'environnement. Il favorise la créativité et l'innovation. Si un territoire répond à toutes ces exigences, alors il est créatif, permet l'innovation et donne les moyens au cluster de se développer. Mais à la Belle-de-Mai, la réalité est tout autre. Les inégalités sociales entre salariés et habitants sont très fortes, aucun programme de recherche ou d'éducation n'est mis à disposition des créatifs, et surtout, il n'y a aucune initiative pour la diversité des offres. Finalement, ces différents constats confortent notre analyse en seconde partie selon laquelle le pôle n'est pas un cluster. Ces différents points ajoutés au fait qu'il n'y ait pas de liens entre les acteurs confirment donc que le pôle ne fonctionne pas en synergie et qu'il n'y a pas de cohésion avec le territoire. On apprend aussi que dans le cas présent, le territoire où se développent les industries créatives n'est pas un territoire créatif, ce qui va donc à l'encontre de la théorie selon laquelle un cluster ne se développe qu'au sein d'un espace qui favorise l'innovation et la créativité. Finalement, le fait qu'il n'y ait pas de liens entre les entreprises est-il dû à leur politique de développement ou au fait que le quartier ne soit pas un territoire créatif ?

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