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L'armagnac, un produit d'avenir?


par Floran Bayle
Université Paul Cézanne - Aix-Marseille III  - Institut d'études politiques 2007
  

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1.2.1 Les agents économiques directs

La chaîne du producteur au consommateur, du « cep à la bouteille », est relativement courte, néanmoins il existe plusieurs voies33. De la vente « au chai » à l'exportation, les modalités de logistique et de réseau diffèrent. Notre intérêt se portera en priorité sur les producteurs, chaînon essentiel et caractéristique de la complexité du « monde de l'Armagnac », nous présenterons ensuite les autres acteurs dont l'intérêt est réduit car la problématique ne diffère guère des autres produits vitivinicole, voire agro-alimentaires. Ils ont une importance aux yeux des professionnels car comme le rappelle Maurice Papelorey l'Armagnac est « un combat collectif »34.

1.2.1.1 Les professionnels (vignerons, négociants, coopératives...)

Qui produit l'Armagnac ? Nous retrouvons dans l'Armagnac la palette « classique » des acteurs du monde viticole. En 1992, Bernard Kayser explique par trois facteurs les caractéristiques de la filière : extrême diversité des acteurs, absence de groupe dominant et absence d'organisation institutionnelle.35

33 cf. schémas de circuit de distribution et de vente en annexes

34Lettre d'information du B.N.I.A. à l'intention des professionnels de l'armagnac, n°25, juillet 2006 35KAYSER B. (HERGES), op. cit., 58-59

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Nous reprendrons cette typologie, également présente dans le guide de l'amateur d'Armagnac, avec ses limites puisqu'il est possible qu'un même acteur récolte, distille et vende.

Les trois types d'acteurs sont les coopératives, les négociants et les producteurs éleveurs (« propriétaires »). Cette taxinomie est encore opérante, vingt ans plus tard. Le BNIA l'utilise pour recenser les professionnels.

1) Coopératives

Héritières du mouvement coopératif dans le monde agricole, la première fut crée en 1939 à Vic-Fezensac. Elles regroupent une masse des petits et moyens vignerons pratiquant la polyculture. Il en existe cinq. La vente de produits finis ne représente qu'une faible part de leur chiffre d'affaires. La plupart se contente de revendre le produit distillé ou l'eau-de-vie vieillie aux négociants. De poids inégaux, avec des montages juridiques et associations complexes (Armadis par exemple), parfois associées avec d'autres activités agricoles, elles jouent un rôle essentiel mais décroissant dans le monde de l'Armagnac d'aujourd'hui. L'échec de l'union des coopératives viticoles de l'Armagnac créée en 1976 sur l'idée d'une politique de l'offre maîtrisée autour de produits génériques adaptés au commerce de masse en est une des causes. Cet échec n'a pas mis fin aux volontés de commercialisation de produits finis des coopératives. La cave de Nogaro (Cave des producteurs réunis), pionnière et principale représentante, vend 10% des bouteilles d'Armagnac. Nous verrons l'expérience de Fivigers mené par la cave de Cazaubon (cf. infra).

2) Négociants

Le négoce (appelé les « maisons ») achète des eaux-de-vie ou des vins de toute l'appellation pour ensuite revendre après avoir élevé l'eau-de-vie. Cette pratique est caractéristique de tout marché de spiritueux (porto, rhum,...) mais aussi viticoles (champagne, bourgogne). Si les quatre principales maisons du Cognac regroupent 80% des ventes, le nombre de négociants Armagnacais atteint 74 professionnels36. Les professionnels sont polymorphes. Si nous trouvons de grands groupes internationaux (La

36 chiffres BNIA www.armagnac.fr

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Martiniquaise, Pernod, Rémy Cointreau) qui ont racheté des maisons locales, le négoce est aussi une affaire familiale pour ne pas dire de microstructures. La première maison, La Compagnie Armagnac Ducastaing (groupe La Martiniquaise) réalise 15% des ventes totales de bouteilles (avec notamment 25% du marché français). Quelques regroupements ont eu lieu, mais la structure du négoce Armagnacais demeure morcelée. A côté de structures familiales de près de deux siècles (Croix de salles, Castarède) de nouvelles « maisons » se créent avec succès (ex. ADEX, maison de l'Armagnac).

3) Propriétaires

Appelés « propriétaire-récoltant » ou « vignerons » ou producteurs par le BNIA, ils maîtrisent du « cep à la bouteille » le processus de fabrication de l'Armagnac. Ils sont 307 selon le BNIA Si cette pratique n'est pas nouvelle dans le monde paysan de polyculture, la distillation représentait une forme d'épargne pour un investissement futur (pour la dot de la fille à marier ou achat important à venir). L'autre part de la production appartenait aux riches propriétaires fabriquant l'Armagnac annuellement de générations en générations. Cette forme de production « à la ferme » s'est développée à partir des années 1970 sous les effets conjugués des faveurs du consommateur pour le terroir face à l'industrie agro-alimentaire, le développement du tourisme et l'échec des structures collectives dans le domaine agricole. Cette catégorie masque une hétérogénéité entre des producteurs reconnus par une longue tradition familiale, d'origine nobiliaire souvent, ou au prestige intact (Laberdolive pour citer le plus connu) et un nombre important de producteurs moins prestigieux. Les surfaces de production divergent également entre la micro parcelle de vigne d'un hectare et le domaine reconstitué coincé au milieu de 900 hectares de vignes. Nous estimons à 20 % la quantité d'Armagnac vendue par les propriétaires-récoltants, le plus important est le domaine du Tariquet avec 2% du nombre total de bouteilles vendues (18,35 Hl AP).

Les différents modes de production donnent naissance à des produits différents en terme de qualité mais aussi d'image. Le propriétaire-récoltant utilise une zone de production réduite, ne possède pas des chais dernier cri pour la conservation ou va favoriser l'image de produit de terroir avec une traçabilité maximale. La logique d'une maison de négoce peut être opposé : produit d'assemblage avec des vins des différentes

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sous appellation, communication sur le produit, modernité dans les techniques de distillation. Le mode de production est donc essentiel pour comprendre les qualités et caractéristiques du produit fini (cf. 1.1) pour ensuite favoriser un mode de communication, une image. Si nous constatons une succession générationnelle, la structure de la filière n'a pas connu de modification majeure. Elle demeure répartie entre trois types de professionnels aux intérêts parfois divergents ce qui constitue parfois un frein au développement d'une relance globale de l'Armagnac.

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