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L'armagnac, un produit d'avenir?


par Floran Bayle
Université Paul Cézanne - Aix-Marseille III  - Institut d'études politiques 2007
  

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1.2.1.2 Les autres acteurs (distributeurs, vendeurs, distillateurs)

Nous accordons une place importante à ces professionnels parce qu'il nous semble que ce sont eux qui possèdent le pouvoir de décision sur le produit fini. Le rôle des autres acteurs, à la différence d'autres secteurs où le processus commercial est plus long et plus segmenté, apparaît réduit sur la forme du produit Armagnac. Les autres acteurs économiques sont principalement situés en aval, à l'exception de la masse de vignerons qui produisent le vin. Ceux-ci sont impliqués et organisés au sein de la filière, mais ils ne font que fournir la matière première. Dans la production, nous pensons aux distillateurs et tonneliers, garants d'un savoir-faire traditionnel et adapté aux techniques modernes. Il s'agit des revendeurs ou importateurs, chaînon indispensable pour l'exportation aux dires des professionnels. En France, l'Armagnac est vendu en grande partie (notamment pour le haut de gamme) dans des réseaux particuliers (cavistes, BHR) et en grande surface. Ces acteurs sont essentiels pour le relais de l'information, les conseils et l'apprentissage du goût. Nous négligeons volontairement ce secteur, car il nous semble que la causalité dans la crise ne provient pas de la distribution, mais d'une inadéquation entre l'offre et la demande dont les distributeurs ne sont que les intermédiaires.

1.2.2 Les organismes représentatifs

Le caractère composite de la filière donne une légitimité aux organes de représentation. Après l'échec de l'union des coopératives, la baisse des ventes dans les années 1980 annonçait la nécessité d'une réforme du système de collaboration pour

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coordonner des politiques collectives comme l'affirmaient Jean-Louis Darréon et Alain Gabriel37.

L'organe essentiel de l'interprofession est le BNIA, organe central de gestion du produit auquel s'ajoutent d'autres organisations secondaires répondant à des intérêts particuliers.

1.2.2.1 BNIA, l'organe représentatif et décisionnel

La réforme statutaire du BNIA intervenue en 1991 donne pour la première fois les bases d'une structure commune et représentative de l'ensemble de la filière38. Créé en 1941, modifié à plusieurs reprises, le bureau interprofessionnel coordonne les actions des opérateurs, ou du moins les réunit dans un but de représentativité de l'ensemble de la filière. Il est composé en nombre identique de représentants du syndicat de producteurs (Confédération de la Viticulture Armagnacaise) et du syndicat des négociants (Syndicat de l'Armagnac et des Vins du Gers) à l'assemblée générale, dans les commissions et au conseil d'administration. La présidence est tournante. Il est financé par un prélèvement sur les ventes des opérateurs et les vins à distillation. L'adhésion y est « obligatoire et volontaire »39, d'où une insatisfaction chronique de nombreux opérateurs contre l'inefficacité d'un syndicat qui ne défend pas leurs intérêts40. Le BNIA a un pouvoir réglementaire et assure diverses missions dans les domaines de la collecte d'informations (vente, stocks), de l'assistance technique, du contrôle de qualité, de la promotion collective...41

Indépendant vis-à-vis des pouvoirs publics (sauf pour une part non négligeable du budget de 1 million d'euros environ), il emploie une dizaine de personnes. Son rôle est central dans la gestion collégiale du produit puisqu'il est un centre de décision crucial pour l'orientation de la filière.

La légitimité du BNIA peut-elle être contestée ? Existerait-il une autre forme de représentativité ou une dérégulation a-t-elle un sens ? Ces questions renvoient à la logique de l'Appellation d'Origine Contrôlé et de la marque générique et collective

37 DARREON J.-C., GABRIEL A, op. cit., p.223 (II), « la nécessité de réduire l'incertitude dan s l'investigation commerciale pourrait se matérialiser par l'amélioration du système d'information du B.N.I.A., et surtout par la recherche d'une plus grande coordination des moyens entre les différents partenaires ; »

38 KAYSER B.,L'Armagnac, un produit, un pays, op. cit. ; p.63

39 Sébastien Lacroix, directeur du BNIA

40 « les 14 000F qu'on lui donne, il serait mieux dans ma poche » M.G., propriétaire, région Eauze

41 dossier presse BNIA 2006, anexe

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Armagnac. Un ensemble d'opérateurs partage une même « marque » Armagnac qui n'appartient à personne si ce n'est à un décret. Le BNIA essaie de défendre au mieux le prestige de la marque Armagnac. Ses décisions ne sont que l'émanation d'un consensus entre les opérateurs. Pourtant, il est souvent perçu, notamment par les opérateurs éloignés du centre de décisions comme un organe autonome aux mains de quelques-uns ou de l'Etat. Beaucoup, les vignerons en particulier, ne participent pas, ou alors de loin, aux activités de cet organe démocratique. L'idée d'une dérégulation contre l'omnipotence du BNIA renvoie au travers des politiques contradictoires du passé des différents opérateurs et ne peut à terme que conduire à nuire au produit, surtout en l'absence de changement structurel.

Comment le BNIA peut-il conjuguer les intérêts du produit et ceux des différents opérateurs qui s'opposent par nature ? A ce jeu du compromis, avec des moyens limités en comparaison avec les budgets des organes décisionnels des concurrents sur le marché, le BNIA concentre les limites des moyens d'action de l'Armagnac (en terme de communication et de promotion les moyens alloués sont de 500 000 euros)

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