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L'armagnac, un produit d'avenir?


par Floran Bayle
Université Paul Cézanne - Aix-Marseille III  - Institut d'études politiques 2007
  

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2.1.1.2 Les limitations de la production

Les limitations de la production sont toujours difficiles à mettre en place. Elles s'inscrivent dans des politiques globales conduites dans le cadre de la Politique Agricole Commune appliquent des moyens différents : reconversion des agriculteurs, changement de production (primes à l'arrachage). L'objectif final de la filière Armagnac est d'arriver à obtenir à terme une quantité annuelle de produit distillé en rapport avec l'évolution de la consommation. L'exemple de la viticulture du Bas-Armagnac landais, une des principales zones, donne un exemple significatif de ce travail sur la partie viticole de la filière69. La surface viticole landaise a diminué de 3420 à 2524 hectares, soit de 25%. Le Bas-Armagnac représente 72% de cette surface en 2000. Il a connu une diminution similaire. Pendant cette même période, la concentration des exploitations viticoles a été moindre que dans les autres départements (seulement 70% des exploitations ont une superficie supérieure à 10 hectares). Les campagnes d'arrachage menées avec les primes européennes selon des systèmes complexes de financement (départ à la retraite, renouvellement du vignoble) ont obtenu des résultats significatifs sur les volumes de vin produit. Le succès des vins blancs de pays de Gascogne, déjà évoqué, a aussi à rééquilibrer la quantité de volume distillé.

Cette réduction a été également fournie par un contrôle plus strict de la vocation des vignes à l'Armagnac. Une grande part de la surface, plus de la moitié, était en cépages

69 lettre de l'observatoire de l'Armagnac, n°4, octobre 2OO2

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double fin AOC Armagnac. Le vigneron avait le choix de vendre son vin brut ou de le distiller. Pour limiter la quantité de vin à distiller et permettre un développement des cépages spécifiques pour l'Armagnac, le décret du 29 mai 2005 impose un « parcellaire Armagnacais » : une identification préalable des parcelles destinés à la distillation auprès de l'INAO et une déclaration d'intention de destination des vins avant le 31 juillet. Le viticulteur ne peut donc spéculer au dernier moment en fonction des cours.

Ces mesures s'accompagnent d'incitations financières assez complexes provenant des différents organismes étatiques et européens. Le BNIA n'effectue que des actions normatives et ne subventionne en aucun cas la production agricole.

2.1.1.3 Le problème des stocks

La conséquence de cette surproduction chronique entraîne une surcharge des stocks. Or, il ne faut pas oublier qu'une grande part de l'Armagnac sort sous forme d'eau-de-vie jeune (50% environ) autant pour les fabrications et vrac que pour les ventes bouteilles. En 2005, les ventes bouteilles à partir du compte 4 n'ont représenté que l'équivalent de 5032 Hl AP. Si une partie supplémentaire a pu être utilisée dans les fabrications ou vendue en vrac, la quantité n'est jamais supérieure au 7 622 Hl AP passé du compte 3 au compte 4 cette même année. Les stocks de compte 4 et + atteignent 135000 Hl AP. La diminution des stocks est donc due bien plus à l'angélique évaporation qu'à l'augmentation des ventes ou une réduction draconienne de la production d'eau-de-vie70. En six ans 25 000 Hl d'AP ont disparu faisant passer de « douze ans de production en stock à entre neuf et dix ans aujourd'hui »71.La filière Armagnac paye encore aujourd'hui le fardeau des comportements individualistes et irrationnels d'un point de vue collectif d'il y a vingt ans. Compte tenu des stocks, la politique commerciale est claire : il faut vendre des eaux-de-vie vieilles. Le hors d'âge, c'est-à-dire les assemblages de plus de dix ans, est le produit cible. Les millésimes obtenus à partir des stocks très variables selon les années sont moins intéressants, dans cette perspective de diminution des stocks.

70 cf. tableau et histogramme (chiffres B.N.I.A.)

71 Sébastien Lacroix, cité dans « bien dans son temps », Sud Ouest, 14 novembre 2006

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L'autre problème des stocks est leur coût d'entretien et de transmission. L'investissement réalisé ne porte ses fruits qu'à long terme. La faiblesse financière des structures familiales du négoce entraîne la mise en hypothèque des biens, voire des emprunts difficilement remboursables. A cela s'ajoutent les problèmes fiscaux et des droits de succession ayant pour conséquence l'impossible reprise des domaines ou négoces familiaux.

Enfin, il faut préserver un renouvellement des stocks pour garantir l'eau-de-vie du futur. Il serait bien dommage de ne plus avoir de matière à vendre le jour où la situation commerciale sera meilleure. Ces objectifs nécessitent une information continue des producteurs sur la situation commerciale, les visées à long terme et les stratégies appliquées. Ce rôle, aujourd'hui rempli par le BNIA, a cruellement manqué aux acteurs dans les années 1980.

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