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Attractivité territoriale et stratégies de localisation des entreprises industrielles dans les collectivités territoriales de la région du centre au Cameroun


par Marius Trésor MENGUE OYONO
Université de Yaoundé 2 - SOA - Master 2 en Economie du Territoire et de la Décentralisation 2015
  

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I.2. Les facteurs d'attractivité liés aux aménités, à l'aménagement territorial et au climat des affaires

Un des facteurs le plus important pour les entreprises de l'industrie est le transport : proximité aux axes structurants, les avantages logistiques et l'accessibilité (facteur le plus important dans l'enquête réalisée par Aguiléra-Belanger & al. (1999). Dans ces facteurs on peut classer d'une part, les transports, les infrastructures, le taux d'utilisation d'internet, et d'un autre côté, on a la qualité du climat des affaires.

I.2.1 Transports, infrastructures, et internet

i. Les transports

Les coûts de transport varient selon les types d'activités. Pour l'industrie, la localisation des usines est dépendante des coûts du transport, si la part des coûts directs de transport dans le prix de revient des produits dépasse 5% (Merenne-Schoumaker, 1991). C'est pour cela qu'un grand nombre d'entreprises industrielles ont pour objectif de minimiser les coûts liés aux transports.

En plus, si nous revenons dans le modèle élaboré par Weber (1909 ; op.cit.), trois facteurs influencent la localisation des industries : deux facteurs régionaux (les coûts de transport et les coûts de main-d'oeuvre) et un facteur local (les forces d'agglomérations). Les coûts de transport sont le facteur le plus important. Dans le triangle de Weber, deux sommets représentent les points d'offre de deux matières premières et un point la demande de produit fini, la main-d'oeuvre étant disponible partout. Le point du coût minimum de transport est déterminé à l'intérieur ou à l'un des sommets du triangle, les distances étant pondérées par le poids des biens transportés (Ponsard, 1988). Ceci montre que le transport, plus précisément les coûts de transport sont surveillés de très près par les industries.

Les acteurs territoriaux tels que les élus locaux et les administrations publiques mettent donc tous en oeuvre pour doter leur territoire des infrastructures et modes de transport diversifiés. Dans le cas de la région du Centre, les modes de transport utilisés sont les transports terrestres majoritairement (route, chemin de fer). Pour ce qui du transport aérien, ce mode n'est pas trop utilisé par les industries, du fait des difficultés de relance de ce type de transport. Les caractéristiques en termes de transport de la région sont regroupées ainsi qu'il suit :

Tableau 8 :Évolution du réseau routier national par région (en km)

Source : MINTP/Direction des Routes (2013)

Tableau 9 : Evolution des quantités des principales marchandises du trafic ferroviaire (en milliers de tonnes)

Source : CAMRAIL (2013)

Les tableaux ci-dessus signifient qu'en termes d'accroissement du réseau routier, la région du centre est parmi les régions qui ont le plus grand nombre de route bitumé et un réseau dense. Le second tableau quant à lui, montre que les industries dans la région du centre ceux qui utilisent le plus le transport ferroviaire, pour le transport de leurs matières premières et des multiplesproduits de consommation intermédiaire qui leur est indispensable.

ii. Infrastructures et utilisation d'internet

A côté des infrastructures de transport, il y'a également d'autres types d'infrastructures qui peuvent être évoqués. C'est le cas des bâtiments, des entrepôts, magasins et surtout du niveau d'intégration des technologies de la communication et de l'information (TIC) dans les systèmes de production des industries.

L'accès au foncier et surtout à la propriété foncière est un élément déterminant de de l'implantation et du fonctionnement des industries. Celle-ci doivent pouvoir se situer sur de vastes terrains, qui sont proche des grands axes routiers pour le déplacement des produits. Le coût de la location doit aussi être modéré, car faisant partie intégrante des coûts de production de l'industrie.

Pour ce qui concerne les TIC et l'utilisation d'internet par les industries, il faut dire qu'avec l'évolution technologique, les industries ont intégré les techniques de production mécanisé et presque robotisé pour réduire la durée de passage des produits dans les ateliers de montage. Aussi, avec les bienfaits des ventes et/ou achats en lignes par internet les industries s'en arriment à la donne, veulent maintenant s'arrimer à la demande en terme de qualité et d'exigence des clients. C'est pourquoi dans les diverses activités de celles-ci, la Recherche et le développement des produits constituent un point majeur de leurs dirigeants.

I.2.2 Qualité et climat de l'environnement des affaires dans la région de centre

En ce qui concerne ce facteur, il faut dire qu'il est inhérent à l'ensemble du pays. En effet, faire les affaires dans la Région du Centre, c'est d'abord avant tout, faire les affaires au Cameroun. Ceci peut s'avérer difficile pour plusieurs raisons dont les principales sont liées à la corruption, les lenteurs administratives, le difficile accès au crédit ou encore la difficulté d'accéder à la terre.

i. Corruption et environnement juridique

Il existe plusieurs définitions du mot corruption. Pour Transparency International, la corruption est l'abus du pouvoir public ou privé pour satisfaire des intérêts particuliers. Il est question à ce niveau, de corruption passive ou active entre un fonctionnaire et un particulier. La corruption concerne aussi des transactions entre particuliers : « Est corrompu, le comportement des personnes investies de tâches publiques ou privées qui manquent à leurs devoirs dans le but d'en retirer des avantages injustifiés de nature quelconque ». Elle possède plusieurs noms dans le vocable populaire Camerounais : Gombo, bière, taxi, motivation, carburant etc...

La Région du Centre, tout comme le Cameroun tout entier regorge de plusieurs potentialités. Mais traîne cependant une réputation peu reluisante d'un pays où la corruption est rampante. Selon les résultats du Recensement Générale des Entreprises, la corruption occupe le deuxième rang parmi les principaux obstacles à l'entreprenariat au Cameroun.

Un peu plus de 50% des chefs d'entreprises interrogés ont affirmé que la corruption constitue un obstacle au développement de leurs activités. Le haut niveau de corruption dans la région en particulier et au Cameroun en général reste une spécificité du pays. Malgré les pressions internationales et de nombreuses lois pour combattre ce fléau, la pratique reste une constante de la vie de tous les jours.

Selon la Commission Nationale anti-corruption (CONAC), 40% des recettes enregistrées chaque année ne servent pas au développement pour cause de corruption.

Selon le RGE ; les opérateurs économiques ont également indiqué dans une proportion non négligeable (10.7%) que le droit et la justice demeurent des freins important au plein épanouissement du secteur privé. Il ne s'agit que d'une confirmation, puisque lors d'une enquête de la Banque Mondiale (1996) ; les entreprises indiquaient déjà que l'un des plus grands obstacles au développement du secteur privé était sans conteste le mauvais fonctionnement de la justice. Cela se manifeste dans la pratique par les lenteurs dans le règlement des différends, la partialité de certains magistrats et même l'insuffisance d juges formés dans le droit commercial ou industriel.

D'après le rapport Doing Bussiness 2010, le nombre d'étapes nécessaire entre le dépôt d'une plainte et son règlement (nombre de procédures) est de 43 pour le Cameroun contre environ 39 pour le reste de l'Afrique au sud du Sahara. Le délai nécessaire pour voir aboutir cette plainte est de 800 jours (plus de deux ans) au Cameroun, contre 462 jours environ pour les pays de l'OCDE.

Tableau 10 : comparaison du nombre de procédures et des délais de règlements des différents commerciaux entre le Cameroun, l'Afrique Sub-saharienne et les pays de l'OCDE

Indicateurs

Cameroun

Afrique sub-saharienne

OCDE Moyenne

Nombres de procédures

43

39.2

30.6

Délai (jours)

800

643.9

462.4

Coût (% de la créance)

46.6

49.3

19.2

Source : Doing bussiness 201.

L'enquête annuelle du GICAM met régulièrement en exergue l'influence des facteurs juridiques sur les décisions d'investir. En effet, sept chefs d'entreprise sur dix estiment que le cadre juridique a un impact globalement négatif sur la décision d'investir. Parce qu'il est convaincu que toute les réformes nécessaires ne peuvent être concrétisées immédiatement et en même temps, le GICAM suggère que les pouvoir publics établissent des priorités et veillent à l'effectivité de leur concrétisation.

IL faut également dire que parmi les chefs d'entreprises qui exercent au Cameroun, les plus pessimistes sur l'impact de la justice selon les résultats du RGE sont les Américains avec 47.4% de mauvaise opinion, suivi des Français avec 18% d'opinion défavorable, ainsi que les autre européens qui sont à 17,6% à avoir une mauvaise opinion sur l'environnement des affaires au Cameroun.

ii. L'environnement fiscal et financier

Pour 59% des chefs d'entreprises (d'après les résultats du RGE 209), la fiscalité demeure pour eux de loin le premier obstacle à l'entreprenariat au Cameroun. Les chefs d'entreprises de nationalité américaine sont ceux qui se plaignent véritablement des pratiques fiscales au Cameroun, suivis des français et des autres Européens.

Le problème de la fiscalité se pose en termes de relations entre l'administration et les entreprises. Il ne s'agit pas d'un problème de taux élevé d'imposition comme le montre le tableau suivant :

Graphique 1 : Proportion des chefs d'entreprises jugent la fiscalité comme premier obstacle à la compétitivité suivant les nationalités

Source : RGE (2009)

A titre de comparaison, on note que le taux de pression fiscale est estimé à11,7% au Cameroun, bien en dessous du niveau de certains pays de la CEMAC comme le Gabon (23,2%), la Guinée Equatoriale (19,4%), le Congo (16,6%) de des pays européens comme la Suède (environ 50%). Par contre, selon le rapport « Doing Business 2010 » de la Banque Mondiale, il faut environ 654 heures à un chef d'entreprise au Cameroun pour régler ses impôts contre seulement 270 heures en Côte d'Ivoire, 315 heures en moyenne pour les autres pays d'Afrique subsaharienne et 194 heures pour les pays de l'OCDE. On peut noter cependant que ce délai est en nette baisse car il a été réduit de plus moitié entre 2009 et 2010, passant de 1400 heures à 654 heures.

Selon le même rapport, on note qu'une entreprise camerounaise paie en moyenne 44 taxes par an, ce qui est excessif devant les 14 taxes que paie une entreprise dans l'espace OCDE ou 37 dans les autres pays d'Afrique au Sud du Sahara. Le chef d'entreprise subit ainsi la visite de plusieurs structures en charge de la collecte des taxes et peut voir à tout moment son entreprise mise sous scellée pour défaut de paiement de telle ou telle taxe. L'impact sur sa productivité et par conséquent sa compétitivité est de toute évidence négative. C'est ainsi que le tableau suivant essaie de faire une comparaison en termes de nombres de pratiques fiscales sans un certain nombre de pays.

Tableau 11 : Comparaison des pratiques fiscales dans quelques pays

Source : Doing Bussiness (2010)

En ce qui concerne l'environnement financier (plus particulièrement l'accès au crédit), il faut rappeler qu'il est en amont de toute stratégie pour la compétitivité. Car l'exigence d'un personnel qualifié, l'acquisition d'un matériel de production approprié l'extension des activités sur un grand espace géographique nécessitent des moyens financiers importants pas toujours à la portée des entreprises. L'accès aux financements extérieurs en faveur des entreprises reste faible et trop sélectif.

Les investissements productifs à moyen et long terme sont pour l'essentiel financés en dehors du secteur bancaire, surtout par autofinancement. Les banques camerounaises s'engagent très peu dans le financement des activités économiques. Pour pallier à certaines insuffisances des banques et venir au secours des délaissés du système bancaire traditionnel le gouvernement camerounais à libéraliser le secteur de la microfinance qui apparaît aujourd'hui comme un complément au financement bancaire.

Le financement extérieur des entreprises pose un problème majeur pour leur éclosion, leur activité et leur développement. Pour 37,6% des chefs d'entreprises, la difficulté d'accès au crédit est un obstacle à leur développement. Toutefois, cet obstacle est plus ressenti par les TPE et les PME (près de 42%) que par les grandes entreprises (20%) qui sont pour la plupart filiales des firmes multinationales.

Tableau 11 :Pourcentage des entreprises ayant déclaré avoir les difficultés d'accès aux crédits par type

Type d'entreprises

Pourcentage d'entreprise

TPE

34.7

PE

40.7

ME

42.5

GE

20

Totale

37.6

Source : INS/RGE (2009)

Après avoir recenser les facteurs d'attractivité territoriaux de la région du centre, nous allons à présent ressortir les facteurs qui sont liés aux entreprises industrielles de la région eux-mêmes.

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