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Approche socio-anthropologique des institutions d'intégration des personnes àĘgées¬†: le cas de l'êbeb chez les Odjukru (côte d?ivoire)

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par Fato Patrice KACOU
Université Félix Houphouet Boigny de Cocody-Abidjan - Thèse Unique de Doctorat en Sociologie 2013
  

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3.1.7- Fonctions sociales majeures des êbebu

Les bénéficiaires de l'êbeb concentrent entre leurs mains la totalité du pouvoir politique. Ce sont les trois pouvoirs reconnus dans les Constitutions de la plupart des Etats modernes à savoir les pouvoirs: exécutif, législatif et judicaire.

· Le pouvoir exécutif

L'administration du village et la gestion de toutes les affaires incombent aux êbebu. Ils veillent au respect des normes et au fonctionnement des générations et classes d'âge. Ce sont les responsables fonciers, ils assurent la coopération inter- villageoise. Rien ne s'entreprend dans le village sans leur autorisation.

· Le pouvoir législatif

Les êbebu ont la charge d'adapter les lois sociales et d'en élaborer de nouvelles en fonction des exigences inhérentes à l'évolution de la société.

· Le pouvoir judicaire

Ils exercent la fonction de magistrat. A ce titre, ils règlent les différends qui opposent les membres de la communauté entre eux. Ils doivent rendre la justice et dire la vérité.

Jadis, l'exercice de ces trois fonctions a permis aux êbebu de maintenir l'harmonie sociale et de réguler la gestion des villages. Mais la problématique actuelle est la force des pouvoirs des êbebu à s'imposer à toute la communauté. Car nous avons constaté que des conflits de leadership opposent entre eux des êbebu issus d'un même village. Cette situation s'observe notamment dans les villages de Yassap I et d'Armébé.

3.1.8- Prestiges sociaux liés à la dignité d'êbebu

Photo 8 : Distinctions du point de vue vestimentaire et postural entre un êbebu et un non êbebu. Débrimou, (enquête personnelle, Décembre 2009).

Dans le système socio-politique Odjukru, le statut d'êbebu accorde des privilèges aux personnes âgées. Le signe extérieur de ce prestige, c'est d'abord la distinction quotidienne des êbebu du commun des hommes. Ils ont ensuite le droit, eux et leurs prédécesseurs (post-êbebu), de porter des chapeaux même lors des séances publiques. Ils ne descendent pas leur pagne de l'épaule. Les non êbebu sont tenus de garder la tête nue et de ramener le pagne qu'ils portent au niveau de la ceinture.

Toutes les séances de prise de décision, toutes les rencontres dans le village sont présidées absolument par les êbebu; ce sont eux qui ouvrent solennellement les séances et les closent. Ils ne sont pas soumis à des cotisations et ne vont pas en guerre. Or, en Côte d'Ivoire, la pension des retraités affiliés à la CGRAE a été pendant longtemps soumise à l'impôt. Dans certains villages, ils sont exemptés de travaux champêtres. A Débrimou et dans d'autres villages par contre, parallèlement à l'exercice du pouvoir, les êbebu peuvent exercer des activités économiques. Cette particularité est due à l'avènement de l'école conventionnelle et à l'exode rural des jeunes.

Au plan économique, la communauté s'organisait pour subvenir aux besoins des êbebu. C'est ainsi qu'à Débrimou, il y avait une plantation d'hévéas dont les bénéfices de la production étaient répartis entre les êbebu et leurs prédécesseurs. Mais, les récriminations d'une partie du village qui n'en jouissait pas ont fait mettre fin à cet avantage.

Tous les êbebu jouissent pendant l'exercice de leur pouvoir d'une immunité socio-culturelle. Ce qui implique que quelle que soit la faute commise de façon collective ou individuelle, il n'y a pas de sanction et d'abrégement du pouvoir.

Sous l'arbre à palabre, l'annonce de l'arrivée d'un êbebu commande de facto aux non êbebu, c'est-à-dire aux individus ayant célébré le low ou l'angbandji, présents à la rencontre de garder le silence jusqu'à ce que l'êbebu prenne place et les autorise à poursuivre leur communication.

Dans la société traditionnelle Odjukru, lorsque le chasseur venait à abattre un animal, il offrait, sans contrainte aucune, le thorax (poitrine) de l'animal à un êbebu. Par ce geste, le donateur demandait implicitement des prières de bénédiction pour des récoltes abondantes et pour une vie harmonieuse.

En outre, la distribution des dons au sein de la communauté obéit à la double loi d'égalité et de proportionnalité. La loi d'égalité s'applique entre les post-êbebu et les êbebu. Ils ont du point de vue quantitatif la même part. Les générations qui précèdent celle des êbebu sont soumises entre elles à la proportionnalité. Ainsi, d'une génération aînée à une génération cadette, la part des aînées est plus importante que la part des cadettes.

De plus, il y a une autre différenciation selon que les dons sont en espèce ou en nature. La première concerne les dons en espèce (argent). Lorsque ce type de don est fait, la distribution se fait de façon égale à commencer par les milacme jusqu'aux êbebu. La deuxième concerne les dons en nature. Lorsqu'un don en nature (un animal) est fait, la distribution est soumise au droit d'aînesse. Ainsi, les êbebu reçoivent moins que leurs prédécesseurs (post-êbebu).

Lors des assemblées, les êbebu et leurs prédécesseurs ont des places spéciales qui leur sont réservées. Si les non êbebu veulent les saluer, ils doivent d'abord ôter le chapeau de la tête quand elle est couverte. Dans le même sens, la dignité des êbebu leur confère de garder à l'épaule l'autre bout du pagne qui recouvre le corps, lorsqu'ils doivent intervenir en public. Or, obligation est faite aux non êbebu d'enlever du dessus de l'épaule le bout du pagne qui les recouvre et de ramener le pagne autour des reins.

A la mort d'un êbebu, en plus des privilèges réservés aux funérailles de l'angbandji, les fils du quartier de l'êbebu défunt font le tour du village le jour de son enterrement. Et l'on exécute une danse guerrière appelée yaye. Le septième jour après son enterrement, l'on danse dans la cour du défunt l'êtêkprê. L'êbebu défunt a droit à l'hommage du tambour parleur appelé «attigbani». L'honneur rendu à la mémoire de l'êbebu défunt rappelle dans la société moderne les honneurs rendus aux grands hommes d'Etat disparus. Aussi, faut-il ajouter que l'êbebu à la retraite bénéficient à ses obsèques de la danse du fusil appeléé agbo-êdje. Les êbebu, dans la gestion des affaires du village ont directement sous leurs ordres et à leur service les générations plus jeunes.

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