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La relation inflation-chômage en zone CEMACpar Jean-Baptiste IDAGA Université Omar Bongo - Master 2024 |
Section 2 : Etudes empiriques sur la relation inflation-chômage.La littérature théorique de la relation inflation-chômage a été discutée sous deux angles : d'une part sur l'existence d'une relation négative (ou inverse) entre l'inflation et le chômage et d'autre part, sur l'absence de relation (ou verticalité). Discutant de la relation entre les variables monétaire et d'activité réelle, certains auteurs ont formulé le débat sur le sens de causalité des variables (Samuelson-Solow, 1960 ; Friedman, 1968) et, d'autre plutôt se sont orientés sur la question de l'existence d'effets de seuil dans la relation entre les variables (Fisher, 1993 ; Tobin, 1965 ; Palley, 2003). Ainsi, à partir du milieu des années 1990, plusieurs travaux empiriques ont émergé, cherchant à examiner la nature de la relation entre les deux variables. Ces travaux ont été réalisés tant dans les pays développés que les pays en développement, aussi bien sur les pays individuels que sur les panels de pays, en utilisant des méthodes économétriques diverses. 2.1- Nature de la relation et sens de causalité des variables. Dans cette première catégorie d'études, nous avons mis en avant les travaux empiriques récents qui ne traitent uniquement que du débat sur la nature de la relation et sur le sens de causalité des variables : Dans 48 pays d'Afrique subsaharienne, Mah Philippe et al (2023) ont exploré la relation entre l'inflation et le chômage, pour une période allant de 2000 à 2019. En utilisant un modèle de donnée de panel, ils concluent que le chômage et l'inflation ont une relation significativement négative. Ce résultat s'expliquerait par le fait que les erreurs des anticipations influencent négativement l'évolution du taux de chômage. Ainsi donc, un accroissement du taux d'intérêt entraine une baisse du chômage. Suna Korkmaz et al (2020) étudient la relation de cause à effet entre le chômage et l'inflation dans les pays du G6 sur une période allant de 2009 à 2017. En ayant recours à un test de causalité de panel, ils obtiennent les résultats suivant : selon le test de Granger, il existe une causalité unidirectionnelle entre le taux d'inflation et le taux de chômage. Les résultats des estimations font de la maîtrise de l'inflation un objectif prioritaire dans ces pays. Cependant, les politiques visant à maîtriser l'inflation entrainent une baisse de la demande des biens et services dans l'économie. À mesure que la demande globale des biens et services dans l'économie diminue, la demande de main d'oeuvre diminue également. Ayira Korem (2019), dans une étude portant sur les déterminants macroéconomiques et monétaires du chômage dans les pays de L'UEMOA entre 1987 et 2017 avec un modèle autorégressif à retards distribués (modèle ARDL) associé d'une série de test en panel (tests de stationnarité et de co-intégration) débouche sur des conclusions telles qu'à court terme, le taux d'inflation, le taux de change et la stabilité du gouvernement expliquent le niveau du chômage dans les pays de l'UEMOA, tandis qu'à long terme, le taux de chômage est expliqué par la productivité du travail, le taux d'inflation, les dépenses publiques, la corruption et la responsabilité démocratique. Ainsi, une réduction du taux d'inflation de 10% accroît le niveau du taux de chômage total et du taux de chômage des jeunes respectivement de 1,08% et 0,71%. Par conséquent, une augmentation du niveau général des prix dans les pays de l'UEMOA réduirait les salaires réels en entrainant une augmentation de la demande de travail et donc une baisse du chômage. Keshab Bhattarai (2016) examine l'arbitrage entre le chômage et l'inflation dans les pays de l'OCDE pour la période 1990 à 2014. Pour cette étude, l'auteur utilise les modèles de données de panel à effets fixes et aléatoires et un modèle vectoriel autorégressif (VAR) de panel, associés à des tests de co-intégration et de causalité de Granger. Les résultats suggèrent l'existence d'une relation bidirectionnelle et de long terme entre les variables dans les économies de l'OCDE. Bien que les taux de chômage varient considérablement d'une économie à l'autre, les taux d'inflation se sont stabilisés à des taux plus faibles grâce aux politiques de ciblage de l'inflation adoptées au cours des deux dernières décennies. La relation de Phillips s'est montrée empiriquement significative pour 28 des 35 économies de l'OCDE dans les régressions par pays et, dans le panel de 40 économies avancées. Marika Karanassou et al (2003) ont examiné la relation empirique à long terme entre l'inflation et le chômage, à l'aide d'un modèle structurel dynamique (GMM) couvrant un panel de onze pays de l'UE. L'analyse s'étend sur une période allant de 1977 à 1998. Il en résulte de cette étude l'existence d'un arbitrage à long terme entre l'inflation et le chômage dans le cas des pays de l'union européens. En effet, loin d'être vertical, les résultats suggèrent qu'une augmentation de 10 % de la croissance de la monnaie à long terme (l'inflation à long terme) est associée à une baisse de 3,18 points de pourcentage du taux de chômage de l'UE. De plus, le modèle implique également que la convergence vers le long terme est très lente et que, dans l'intervalle, l'influence de la politique monétaire sur le chômage est encore plus grande. Christophe Raoul Besso (2010) étudie les effets de l'inflation au Cameroun sur la période 1993 à 2003 avec comme hypothèse que l'inflation a un effet négatif sur le chômage au Cameroun. En utilisant un modèle espace-état il trouve comme résultats que les erreurs d'anticipation influencent négativement l'évolution du taux de chômage au Cameroun de telle sorte que, l'accroissement du taux d'inflation entraine la baisse du taux de chômage. Cette relation négative entre l'inflation et le chômage est ainsi trouvée au Cameroun comme dans les travaux de Phillips (1958). Ainsi, les agents économiques s'aperçoivent difficilement de l'effet de l'inflation sur le chômage. L'estimation de l'équation donne les valeurs du chômage naturel et du taux d'inflation potentiel. En ce qui concerne le chômage naturel, il est de l'ordre de 0.6 % et le taux d'inflation potentiel est estimé à un taux de 21.25 %. Dans cet état des choses, l'auteur explique que si les marchés fonctionnent normalement le taux de chômage au Cameroun sera de 0.6% pour un taux d'inflation de 21.25%. Umoru et Anyiwe (2013) ont analysé la dynamique de l'inflation et du chômage au Nigéria sur une période de 27 ans en utilisant un modèle à correction d'erreurs vectorielles (VECM). L'étude révèle des preuves de stagflation pour l'économie nigériane au cours de la période d'étude. En fait, l'économie nigériane gère un taux d'inflation choquant ainsi qu'une grave récession alors que le taux de chômage a augmenté de manière astronomique. Par conséquent, l'économie nigériane est à la croisée des chemins. Rim Bahloul (2021), à l'aide d'un modèle vectoriel autorégressif (VAR), explore la relation inflation-chômage pour l'économie tunisienne, de 1991 à 2019. Les résultats montrent une absence de la relation de Phillips à court terme dans l'économie tunisienne. Selon l'auteur, ces résultats peuvent être qualifiés d'incohérence et, d'instabilité dans l'économie du pays. Tandia Senold et al (2021) ont vérifié si la courbe de Phillips se maintenait en République Démocratique du Congo pour la période 2001 à 2017. Le modèle retenu pour l'étude est un autorégressif à retard échelonné (ARDL). Les résultats trouvés révèlent que le taux d'inflation et le taux de chômage ne sont pas statistiquement et significativement liés négativement. Le taux d'inflation est retardé de six périodes et, influence (tantôt positivement et tantôt négativement, d'une ou six périodes, et de deux ou cinq périodes) le taux d'inflation courant. Toute variation d'un point du taux d'inflation décalé de deux et cinq périodes entraîne une variation de sens contraire du taux d'inflation de 0.75 et 0.25 points environ, tandis que le taux d'inflation d'une période et six périodes après entraine une variation du même sens de 1.31 et 0.11 points environ. Ces résultats concluent à une invalidité de la relation de Phillips en RDC. Gatot Sasongko et al (2021) ont réexaminé la courbe de Phillips sur la période 1977-2019 a l'aide d'un modèle SVAR (Panel Structural Vector Autoregressive) pour les données de l'économie indonésienne. Les résultats de l'étude ont révélé un lien négatif entre le chômage et l'inflation confirmant la relation de Phillips. En plus de ce résultat, l'étude montre qu'il existe une relation à sens unique entre le chômage et l'inflation, impliquant que le chômage entraine l'inflation et pas l'inverse. Ces conclusions rejoignent celles trouvées trois ans auparavant par Sasongko et Huruta (2019). Gribi Djamila (2024) a étudié économétriquement la relation entre l'inflation et le chômage sur les données de l'économie algérienne pour la période 1991-2021. L'objectif de l'étude était de trouver la relation existante et de préciser sa nature. L'étude a retenue comme méthode d'estimation la régression linéaire simple (MCO) suivi d'un test de causalité de Granger. Les résultats de la régression linéaire ont indiqué l'absence d'une relation entre l'inflation et le chômage en Algérie. Le test de causalité de Granger a également confirmé les résultats de la régression. Il a montré, cependant, que l'inflation ne cause pas le chômage et que le chômage ne cause pas l'inflation, et donc pas de relation de causalité entre les deux variables. Ce qui conclue de l'inexistence de la courbe de Phillips en Algérie. Florida Veljanoska (2019) a testé empiriquement la relation entre l'inflation et le chômage en République de Macédoine pour la période 1993-2018. En utilisant le test de co-intégration de Johansen ainsi que le test de causalité de Granger, les résultats ont montré l'existence d'une cointégration entre les variables et une absence de causalité de Granger entre les variables ce qui, selon l'auteur, confirme l'inexistence de la courbe de Phillips en Macédoine. Chaido et Melina (2012) font un examen de la relation de Phillips pour l'économie de la Grèce, sur les données allant de 1980 à 2010. L'étude a fait recours à un modèle de correction d'erreur vectorielle (VEC), plusieurs tests dont celui de co-intégration et celui de causalité ainsi que des réponses impulsionnelles. Les résultats de leur étude confirment l'hypothèse que la relation de Phillips n'existe pas à long terme dans le cas de la Grèce. Cependant, le test de co-intégration de Johansen ainsi que les tests de causalité de Granger révèlent une relation causale à long terme entre le taux d'inflation et le taux de chômage. Enfin, les réponses impulsionnelles appliquées pour la prévision à 10 ans suggèrent que les chocs de taux d'inflation entraînent une réduction du taux de chômage pendant les premières années, ensuite une légère hausse pour les années restantes étudiées. Mori Kogid et al (2011) ont analysé le lien entre l'inflation et le chômage sur l'économie malaisienne, pour la période 1975-2007. En ayant recours aux modèles ARDL (Autoregressive Distributed Lag), les techniques Toda-Yamamoto basées sur l'ECM (modèle a correction d'erreur) et le test de limites ARDL pour la co-intégration développée par Pesaran, Shin et Smith (2001). Les auteurs ont trouvé l'existence d'une relation de co-intégration entre l'inflation et le chômage, mais avec un coefficient négatif à long terme non significatif. De plus, ils constatent que malgré l'évolution vers l'équilibre à long terme des deux variables, le chômage n'a pas d'effet significatif sur l'inflation. Néanmoins, les résultats basés sur l'approche ECM-ARDL et TY pour le test de causalité ont révélé la relation de causalité unidirectionnelle allant de l'inflation au chômage, ce qui implique que l'inflation a influencé le chômage. L'étude a révélé des preuves de la relation d'arbitrage entre l'inflation et le chômage en Malaisie. Odo Stephen et al (2017) ont essayé de comprendre la relation qui lie l'inflation et le chômage pour l'économie nigériane, sur la période 1980-2015. Les auteurs ont utilisé un modèle de correction d'erreur vectorielle (VECM), suivi des tests de causalité et de co-intégration. Ils se sont fixés comme objectif de déterminer l'impact de l'inflation sur le chômage au Nigeria. De ce fait, les résultats montrent que l'inflation a eu un impact significatif sur le chômage au Nigeria, à long terme et à court terme au cours de la période considérée. Cela implique que l'augmentation des dépenses publiques réduit le chômage, ce qui traduit que les dépenses publiques créent des emplois dans la mesure où l'inflation reste dans la limite à un chiffre. kare et Caporale (2011) analysent la relation à court et à long terme entre la croissance de l'emploi, l'inflation et la croissance de la production, dans la tradition de Phillips. Pour ce faire, ils appliquent les méthodes FMOLS, DOLS, PMGE, MGE, DFE et VECM à un panel dynamique hétérogène non stationnaire comprenant des données annuelles pour 119 pays sur la période 1970-2010, et effectuent également des tests de causalité de Granger multivariés. Les résultats du test de Granger montrent que la croissance de l'emploi a un impact positif sur la croissance de la production à court terme, mais un impact négatif à long terme. La relation inflation-croissance de la production est sans aucun doute positive à court terme, c'est-à-dire que l'inflation est bénéfique pour la croissance. À long terme, au contraire, la volatilité et l'incertitude des prix semblent nuire à la croissance de la production. L'inflation cause l'emploi à court terme, de sorte qu'elle peut stimuler l'emploi temporairement. Cependant, à long terme, elle a des effets néfastes, entraînant une baisse de la croissance de la production et de l'emploi, et par conséquent la relation inflation-croissance de l'emploi devient négative. Marwa Sahnoun et al (2019) étudient la relation entre le taux de chômage, la croissance économique et le taux d'inflation dans quatre pays d'Afrique du Nord entre 1965 et 2016, à l'aide du modèle de correction d'erreurs vectorielles. Afin de tester la causalité de Granger, ils ont appliqué le test de racine unitaire (test de Dickey-Fuller et test de Phillips-Perron) à une donnée de panel et le test de co-intégration de Johansen. Les résultats empiriques montrent une causalité unidirectionnelle allant de l'inflation à la croissance économique, de la croissance économique au chômage et de l'inflation au chômage. 2.2- Non linéarité et effets de seuil dans la relation inflation-activité réelle18(*). Dans cette seconde catégorie d'études empiriques, nous avons uniquement sélectionné les travaux récents qui se sont investis dans la recherche des effets de seuil dans la relation entre l'inflation et une variable d'activité réelle, sur des panels de pays : Tanka et Eze Eze (2022) se sont investis sur la cible d'inflation et l'inefficacité des politiques de lutte contre le chômage dans les pays de la CEMAC, sur la période 1994 à 2019. L'objectif étant d'évaluer la pertinence de la cible d'inflation dans les pays membres. La méthodologie retenue pour l'étude est un modèle basé sur la courbe de Phillips utilisant les séries chronologiques estimées par la Méthode des Moments Généralisés (GMM) en panel dynamique. Il en résulte de leur étude que la cible d'inflation de 3% rend inefficace les politiques de lutte contre le chômage des pays membres de la CEMAC. Pour y remédier, il serait judicieux pour l'autorité monétaire d'adapter les mesures de surveillance multilatérale à chaque pays de la communauté ou alors d'ajuster la norme communautaire. Sin-Yu Ho et Njindan Lyke (2018) ont testé l'effet de seuil dans la relation de Phillips en utilisant 11 pays de la zone euro pour la période de janvier 1999 à février 2017. Avec pour hypothèse de l'existence d'une linéarité entre les variables, ils vont estimer les courbes de Phillips à court et à long terme pour ces pays. L'objectif de l'étude visait à établir le seuil pour lequel la relation entre l'inflation et le chômage passe de négative à positive dans la zone euro. L'étude a retenu à des fins d'estimation un modèle de panel dynamique à décalage distribué (ARDL). Sur la base de leurs résultats, ils constatent qu'en supposant l'hypothèse de la linéarité, il existe une courbe de Phillips à court et à long terme. Ainsi, cette hypothèse se trouverait être trop forte puisqu'il existe des preuves d'effets de seuil. En effet, les seuils de chômage étaient de 5,00 % et 6,54 %. En estimant la courbe de Phillips à l'aide de ces seuils, ils découvrent que la relation entre l'inflation et le chômage n'est négative que lorsque le chômage est inférieur à 5,00 %. La relation négative est devenue positive lorsque le chômage se situait entre 5,00 % et 6,54 %. L'inflation et le chômage ne sont plus liés une fois qu'un seuil de 6,54 % est dépassé. Loubassou et Tendelet (2018) ont traité de la relation entre inflation et croissance économique dans deux pays de la CEMAC à savoir au Cameroun et au Congo-Brazzaville, sur la période 1986 à 2015. Les auteurs se sont fixés comme objectif d'estimer un seuil d'inflation dans la relation entre l'inflation et la croissance pour ce faire, ils ont utilisé la méthode des Moindres Carrés Ordinaires (MCO) pour estimer un modèle des seuils endogènes initialement développé par Hansen (1996). De plus, l'étude va adopter une approche « semi-loi » préconisée par Khan et Senhadji (2001) et Drukker et al (2005) pour éviter de biaiser les résultats. Les auteurs ont tiré comme conclusion de leur étude l'existence d'une relation non linéaire entre l'inflation et la croissance économique au Cameroun et au Congo-Brazzaville, traduisant des seuils d'inflation de 5 % pour le Cameroun et de 10 % pour le Congo-Brazzaville, en dessous duquel toute mesure de politique monétaire expansionniste entrainerait la croissance économique. Ainsi, l'inflation est négativement corrélée avec la croissance économique. Selon les auteurs, ces résultats traduisent que les autorités monétaires de la CEMAC ont encore une marge de manoeuvre leur permettant de relâcher un peu les contraintes des règles communautaires du taux d'inflation fixé à 3%. Mantsie (2012) a mené une étude sur la recherche d'un taux d'inflation compatible avec l'objectif de croissance dans les pays de la CEMAC pour la période 1972-2009, avec pour objectif de déterminer le taux d'inflation favorable ou non à la croissance pour les pays de la CEMAC et d'y contribuer à la politique économique de la zone. Pour ce faire, l'auteur à adopter la méthode des MCO, comme l'ont suggéré Barro (1991) et Sarel (1996), appliqué sur le modèle inspiré des travaux pionniers de Khan et Senhadji (2001). Les résultats de l'étude débouchent sur des taux d'inflations compris entre 3,81% et 5,36% pour tous les pays à l'exception du Gabon qui a un taux de 7,3% (recommandé). Ainsi, selon l'auteur un seuil de 4,75 % peut être identifié sur la base de cette étude comme le seuil tolérable pour lequel l'inflation peut être considérée comme non dommageable. Toutefois, l'auteur tient à noter que ce taux doit être compris comme un taux moyen de l'ensemble des pays de la CEMAC. Yabu et Kessy (2015) se sont investis sur l'étude du seuil approprié d'inflation pour la croissance économique dans trois pays fondateurs de la zone CAE dont le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda, sur la période 1970-2013. Un modèle quadratique non linéaire sur données de panel a été utilisé pour estimer le seuil ou le point de retournement au-delà duquel l'inflation exerce un impact négatif sur la croissance économique. Afin d'examiner la relation entre l'inflation et la croissance, les auteurs vont ajouter d'autres variables modératrices dans le modèle débouchant, à cet effet, sur une première conclusion : l'impact significatif et positif sur la croissance, du ratio crédit/PIB, du degré d'ouverture de l'économie et des flux d'investissements directs étrangers vers les États membres de la CAE. La deuxieme conclusion quant à elle porte sur le seuil d'inflation. Selon les résultats de la régression du modèle à effet aléatoire, il apparait que le taux d'inflation moyen supérieur à 8,46 % a un impact négatif et significatif sur la croissance économique. Ainsi, pour chaque pays, les résultats de la régression, qui traitent chaque pays séparément, indiquent que les niveaux optimaux d'inflation pour le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda sont respectivement de 6,77 %, 8,80 % et 8,41 %, au-delà desquels l'inflation commence à peser sur la croissance économique. En utilisant les données de panel sur la période 1987-2008, Bikai et Kamga (2012) ont trouvé un seuil de 6 % au-dessus duquel la corrélation entre l'inflation et la croissance économique est négative dans la CEMAC. Itchoko et Tsopmo (2017), ont également cherché à déterminer un taux d'inflation optimal en ayant recours au modèle de seuil PSTR. L'estimation de ce modèle a été appliquée aux données des six pays de la BEAC sur la période 1985-2013, conduisant aux principales conclusions suivantes : les tests de linéarité mettent en évidence l'existence d'une relation non linéaire entre l'inflation et la croissance économique dans la BEAC, confirmant l'existence d'un seuil d'inflation optimal qui est d'environ 4,3 %. Ce seuil expliquerait significativement la croissance économique dans ce panel. Dans une étude utilisant des données de panel pour la période 1980-2008, Seleteng et al (2011) ont examiné le lien inflation-croissance pour les pays de la Communauté de Développement de l'Afrique Australe (SADC) et ont trouvé qu'il existe des effets seuils de l'inflation sur la croissance dans ces économies. En appliquant un modèle de régression de panel, les résultats de l'étude ont révélé un seuil de 18,9% au-dessus duquel l'inflation est préjudiciable à la croissance économique dans la région de la SADC. Travaillant sur les données d'un panel de 124 pays industriels et en développement, Kremer et al (2009) ont étudié la présence d'effets de seuil de l'inflation sur la croissance économique à long terme. Leurs résultats empiriques ont montré que le seuil d'inflation estimé était d'environ 2,5% pour les pays industrialisés et de 17% pour les pays en développement. Au-dessus de ces niveaux critiques, le taux d'inflation conduit à un taux de croissance économique à long terme plus faible dans les deux cas. En outre, l'étude a indiqué qu'en deçà de ces seuils, l'effet de l'inflation sur la croissance économique à long terme était significativement positif dans les pays développés. En revanche, il n'y a pas eu d'impact significatif sur la croissance économique dans les pays en développement lorsque l'inflation était inférieure à 17%. Sepehri et Moshiri (2004) ont également testé la non-linéarité du lien inflation-croissance pour les pays industrialisés et en développement. En utilisant une spécification non linéaire et des données provenant de quatre groupes de pays à différents stades de développement, ils ont constaté que les tournants variaient considérablement, allant de 15% pour les pays à revenu intermédiaire inférieur, à 11% pour les pays à faible revenu, et 5% pour les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Aucune relation à long terme statistiquement significative entre l'inflation et la croissance n'a été détectée pour les pays de l'Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE). Khan (2000) et Senhadji (2001) qui ont étudié séparément l'interaction inflation-croissance pour les pays en développement et les pays industrialisés, en appliquant la technique d'estimation des données de panel de base développée à l'origine par Hansen (1996,2000). Ils ont utilisé un panel de 140 pays couvrant la période 1960-1998. Leurs résultats suggèrent fortement l'existence d'un seuil au-delà duquel l'inflation exerce un effet négatif sur la croissance de la production. Le seuil était de 1 à 3% pour les pays industrialisés et de 7 à 11% pour les pays en développement, respectivement. La relation négative et significative entre l'inflation et la croissance au-dessus du seuil était assez robuste par rapport à la méthode d'estimation et aux différentes spécifications. Les résultats suggèrent clairement que le seuil est plus bas pour les pays industrialisés que pour les pays en développement.
* 18 La courbe de Phillips Néo-keynésienne est une relation entre « l'inflation et l'activité réelle » (Le Bihan, 2009). |
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