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L'Union européenne et Chypre: autopsie d'un succès inachevé


par Meriem JAMMALI
Université Paris IV Sorbonne - Master Enjeux, conflits, systèmes internatinaux à l'époque moderne et contemporaine 2006
  

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Chapitre 3 Chypre en quête de la CEE : une grande stratégie pour un petit pays

La question que nous posons dans cette partie est celle des priorités stratégiques de Chypre en matière économique et de la conjoncture européenne dans laquelle elle doit opérer. Cette analyse est centrée sur les prises de positions chypriotes en matière de coopération entre Chypre et le Royaume-Uni. Les gouvernements chypriotes des années 60 et 70 ne tiennent guère à la géopolitique communautaire, bien qu'ils aient manifesté un intérêt constant ou passager pour des questions européennes. Ils se sont surtout occupés, de prime abord des questions économiques.

I. Les relations avec la Grande-Bretagne : une priorité

Examinons les faits. Les aspirations européennes de l'île de Chypre remontent aux années 60. Fraîchement indépendante, Chypre suit de près la politique européenne de la Grande-Bretagne. Elle ne veut pas perdre ses privilèges en échangeant avec son principal partenaire : la Grande-Bretagne en cas d'adhésion à la Communauté économique européenne. Cependant, avant d'analyser l'évolution de la stratégie chypriote et pour mieux en apprécier l'importance, il nous faut revenir sur les relations de la Grande-Bretagne et la CEE.

1. La CEE et la Grande-Bretagne

Dès les négociations sur la fondation de la CEE, « la question de la participation britannique s'est posée avec acuité »103(*). Son poids économique et ses échanges très étroits que se soit avec les pays membres ou non membres exigeaient sa participation afin de consolider la jeune structure de la CEE. Cependant, l'Angleterre n'était pas disposée à accepter les exigences des négociations du traité de Rome.

De ce fait, la Communauté européenne a vu le jour sans la participation britannique. Peu après, le gouvernement britannique désapprouve sa démarche négative vis-à-vis du traité de Rome et pris conscience de l'importance des perspectives liées au Marché commun et des limites de l'AELE104(*). Soucieux d'imposer l'influence britannique et de rejoindre le Marché commun, le gouvernement conservateur d'Harold Macmillan105(*) axe vers un rapprochement avec la Communauté économique européenne. Un intérêt manifeste qui se concrétise par le dépôt de sa candidature dès l'été 1961106(*). L'enjeu est de taille pour les deux parties c'est-à-dire pour la CEE et pour le Royaume-Uni. En conséquence, les négociations étaient très serrées et donnaient lieu à des affrontements entre la Grande-Bretagne et les pays membres. Les Britanniques se sont montrés capricieux en mettant en avant la dimension impériale du Royaume-Uni. Ils revendiquent plusieurs entorses aux règles communautaires, surtout à propos du tarif douanier. En effet, la Royaume-Uni craint de renoncer à ses relations avec les pays membres du Commenwealth.

Fait historique bien connu, voire célèbre, de Gaulle a rejeté la candidature britannique, lors d'une conférence de presse en janvier 1963. Il a alors déclaré - sans consultation préalable de ses homologues européens - que le Royaume-Uni n'était pas prêt pour adhérer à la communauté européenne. Conséquence immédiate, toutes les demandes d'adhésion des pays de l'AELE furent rejetées. En réalité, de Gaulle craignait l'influence trop atlantique de la Grande-Bretagne, invoquant les liens privilégiés qu'entretient cette dernière avec les Etats-Unis pour prédire qu'il en résulterait « une communauté sous dépendance et direction américaine », en somme une menace pour la cohésion communautaire107(*). Suite à ce rejet, Harold Macmillan a été miné par le veto français et affaibli par une série de scandales issus de l'affaire Profumo108(*).

Une nouvelle demande d'adhésion est déposée en 1967 par la Grande-Bretagne, de l'Irlande et du Danemark est rejetée de nouveau par la même France. L'avènement de Georges Pompidou en 1969 modifie la donné et marque l'assouplissement de la diplomatie française envers la candidature britannique. S'ajoutent à cela, les positions modérées du chef du parti Travailliste Harold Wilson109(*) qui a fait de l'adhésion sa priorité. De ce fait, il est considéré comme l'artisan de l'adhésion du Royaume-Uni à la communauté européenne. Le long chemin britannique dans sa quête de la CEE a-t-il représenté un soulagement ou une déception pour la République de Chypre ?

* 103 LARAT (F), Histoire de l'intégration européenne (1945-2003), la documentation française, Paris, 2003, p. 66.

* 104 AELE : voit le jour le 4 janvier 1960 lors de la convention de Stockholm. Elle regroupe alors sept pays qui ne voulaient pas faire partie de la CEE : l'Autriche, le Danemark, le Royaume-Uni, la Norvège, le Portugal, la Suède, et la Suisse, rejoints plus tard par la Finlande, l'Islande et le Liechtenstein. Le but de cette association est de mettre en place une zone de libre-échange limitée aux produits industriels et agricoles transformés sans tarifs douaniers communs vis-à-vis de l'extérieur et sans mise en place de politiques communes.

* 105 Premier ministre Britannique de 1957 à 1963, a annoncé le 31 juillet 1961 aux membres de la Chambre des communes la décision de son gouvernement de déposer une demande officielle d'adhésion du Royaume-Uni à la CEE. (Voir Annexe : discours d'Harold Macmillan).

* 106 La Grande-Bretagne n'était pas la seule à déposer sa candidature à la CEE, la CECA et à l'Euratom. En effet, elle était suivie par l'Irlande, le Danemark. Un peu plus tard, l'Autriche, le Portugal, la Suède et la Suisse finirent par déposer leur candidature pour rejoindre la CEE.

* 107 De Gaulle est connu aussi par son sentiment anti-anglais issu de son exil à Londres pendant la Guerre.

* 108 John Profumo, ministre de la Guerre de la Grande-Bretagne avait une relation avec une callgirl : Christine Keeler qui, partageait ses faveurs avec un officier du renseignement soviétique à Londres. Le ministre a démissionné immédiatement. H. Macmillan a ouvert une enquête pour déterminer une implication éventuelle dans les affaires de sécurité de l'Etat. Cette enquête est soldée par le rapport Deening qui a innocenté tout le monde.

* 109 Figure emblématique du Parti travailliste, Premier ministre à deux reprises : de 1964 à 1973 puis de 1974 à 1976.

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