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L'Union européenne et Chypre: autopsie d'un succès inachevé

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par Meriem JAMMALI
Université Paris IV Sorbonne - Master Enjeux, conflits, systèmes internatinaux à l'époque moderne et contemporaine 2006
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1. L'Union européenne face à son échec

Si chypre fait désormais partie intégrante du club européen, les craintes et les hésitations des différents pays européens relatives à son adhésion se confirment et gagnent du terrain au fur et à mesure que les négociations avancent avec la Turquie206(*). Cependant, les problèmes restent les mêmes et l'Union se trouve prisonnière de sa propre politique « expéditive ». Une politique caractérisée par la logique du moyen voire même du cours terme. Faute d'être résolue, la question de Chypre sera-t-elle une occasion de dissensions internes à l'UE puisque cette dernière a maintenu son aide économique des 259 millions d'€ Chypre Nord207(*).

Deux ans se sont écoulés depuis l'adhésion (mai 2004) et les interrogations concernant, notamment le règlement du problème chypriote restent d'actualité. Cependant, il est bien probable qu'une nouvelle situation vient de naître entre l'Europe et la Turquie après l'adhésion de Chypre. Cette dernière, est devenue un front européen, c'est-à-dire que l'Union doit défendre en cas d'invasion. Ce droit d'intervention n'exclut pas l'éventualité d'un conflit ouvert avec la Turquie, à son tour pays garant ayant le droit d'intervenir selon la Constitution chypriote de 1960. Par conséquent, l'UE ne peut pas se targuer d'avoir contribué à la fin d'un conflit « ethnique ». Au-delà, sa politique étrangère et de sécurité commune (PESC) n'a pas remporté la victoire tant attendue par l'ensemble de la société internationale.

Désormais, il est probable que les négociations d'adhésion avec la Turquie pourraient favoriser le règlement. En contrepartie, la future politique européenne dépendra de deux facteurs majeurs : définir ses intérêts stratégiques dans le bassin méditerranéen et particulièrement avec Chypre et la Turquie et son attachement à ses principaux fondateurs surtout en matière de souveraineté208(*).

2. La perspective d'adhésion de la Turquie et le veto chypriote

Depuis le dépôt de sa candidature en avril 1987, la question d'adhésion de la Turquie à l'instar de celle de la République de Chypre a toujours constitué un sujet épineux qui pèse lourd sur la diplomatie européenne. L'UE tiraillée entre deux candidats, l'un historiquement et culturellement européen et l'autre se trouvant à la porte de l'Europe avec seulement 3% de son territoire dans l'Europe.

La Turquie ne reconnaît pas la république de Chypre (qu'elle qualifie d'administration chypriote-grecque) et est le seul à reconnaître la « République turque de Chypre Nord », occupant militairement cette zone, elle considère que le soutien qu'elle apporte aux Chypriotes turcs est une cause nationale. Parmi les conséquences de l'absence de relations entre la Turquie et la République de Chypre, Nicosie souligne plus particulièrement le veto mis à son accès à plusieurs internationales (OCDE, OTAN, wassenaar, MTCR en particulier)209(*) et l'interdiction d'accès aux ports et aéroports turcs des bateaux et aéronefs chypriotes ou ayant transité par Chypre. Sur ce dernier point, Ankara a fait des propositions visant à ouvrir ses ports et aéroports en échange de la levée des restrictions sur les points d'accès au Nord de l'île, ce que Nicosie a refusé210(*).

Dans le cadre de sa démarche européenne, la Turquie a signé le 29 juillet 2005, le protocole d'extension de l'accord d'union douanière qui liait la Turquie à l'UE depuis 1963211(*). Cette extension lie désormais la Turquie aux dix nouveaux membres qui ont rejoint l'UE le 1er mai 2004 dont Chypre212(*). Cependant, Ankara n'est pas prête à reconnaître la République de Chypre. Abdallah Gül, ministre turc des Affaires étrangères a insisté sur le fait que la signature de l'accord ne signifie en aucun cas la reconnaissance de Chypre. Le refus turc d'inclure Chypre au sein de cet accord suscite des interrogations concernant l'éventuel règlement du problème chypriote vieux de plus de quarante ans.

Des réactions mitigées qui confirment une fois de plus la non harmonisation de la politique étrangère commune entre les différents Etats de l'Union européenne. Si la Grande-Bretagne a déclaré dans un premier temps que la signature du protocole par la Turquie ne vaudrait pas la reconnaissance de Chypre, la France a vivement critiqué l'attitude de la Turquie. « La France en effet, a décidé de se faire l'avocate de la cause chypriote-grecque en assumant le risque d'un blocage de la négociation avec la Turquie. »213(*). L'intransigeance turque a conduit les Etats membres à adopter une contre-déclaration rappelant notamment que la reconnaissance de tous les Etats membres était une condition du processus d'adhésion à l'UE et que la mise en oeuvre par la Turquie de tous ses engagements au titre du Protocole de l'accord d'Ankara vis-à-vis de l'ensemble des Etats membres dont Chypre conditionnerait, dans le cadre du processus des négociations d'adhésion, l'ouverture des chapitres concernés. Cela vaut notamment pour l'accès des navires et avions chypriotes aux ports et aéroports turcs. En effet, on est amené à s'interroger sur les vraies intentions de l'UE au sujet de la candidature turque. La question chypriote ne serait-elle qu'un prétexte afin de bloquer l'adhésion de la Turquie ? «  Une chose est sûre : l'Union européenne n'entamera aucune négociation d'adhésion avec la Turquie tant que la question chypriote ne sera pas réglée » a déclaré Tassos papadopoulous214(*).

En contrepartie, l'observateur le moins averti est amené à observer un fléchissement de la position de la république de Chypre vis-à-vis de l'adhésion de la Turquie à l'UE. Plusieurs raisons pourraient expliquer le veto chypriote telles que l'occupation turque, Ankara bloque régulièrement l'accès de la république de Chypre à plusieurs organisations internationales et enfin la non reconnaissance de la légitimité du gouvernement Chypriote grec215(*). Cependant, Chypre ne compte pas utiliser ces arguments contre la Turquie216(*). En effet, le gouvernement Chypriote grec estime que «on the contrary, we think that a Turkey which is geared towards the EU is good for Cyprus, is good for the stability and peace in our area and it will be good for the solution of Cyprus on one very important condition -that Turkey will comply with its obligations towards the EU. That it has to comply with the founding principles of that partnership of countries»217(*).

A ce stade, les Chypriotes grecs envisagent un scénario d'intégration à l'allemande 218(*)suite à la chute du mur de Berlin219(*).

* 206 VANER (S), loc. cit., p.282.

* 207 PÉCHOUX (P. Y), Etat du monde 2005, Chypre : non à la réunification , la découverte, pp. 535-536.

* 208 THEOPHANOUS (A), op. cit., p. 167.

* 209Document fourni par l'Ambassade de Chypre à Washington DC intituled «Turkey's Persistent Vetoing of Cyprus'Membership in International Organisation, Arrangement and Treaties, 2006.

* 210 D'après le document que j'ai eu de «Embassy of the Republic of Cyprus in Washington DC, Press and Information office, «Cyprus Governement's Positions on Turkish Proposals of 24th January 2006.

* 211 VANER (S), « Chypre ne doit pas être un alibi », in Le Figaro du 31 août 2005.

* 212 www.europe.gou.fr.

* 213 Alexander Adler, la preuve par Ankara, In le monde du 31/08/05 p. 13.

* 214CATSIAPIS (J) « Chypre à l'heure européenne », in Politique internationale, p. 258

* 215 EVRIVIADES (E.L), « Turkey and the EU, Why Cyprus, Perhaps Surprisingly Wants Turkey to Join the Club», in European Affairs, vol. 6, n°4, 2005, USA, pp. 55-56.

* 216 Id. « Cyprus reaches out, we support Turkey's EU Bid », in The Washington Times, October 11, 2005.

* 217 Discours de T. Papadopoulos au FPA World leadership, Forum, september, 15, 2005, document fourni par l'ambassade de Chypre à Washington D.C et disponible également sur le site du Foreign Policy Association : www.fpa.org.

* 218 D'après EVRIVIADES (E.L), «The history of the European Union teaches us that it solves problems by embracing them. The example of Turkey could once again prove that point.», [sic], loc. cit. , p.56.

* 219 EVRIVIADES (E.L), loc. cit., p. 56.

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