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L'Union européenne et Chypre: autopsie d'un succès inachevé

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par Meriem JAMMALI
Université Paris IV Sorbonne - Master Enjeux, conflits, systèmes internatinaux à l'époque moderne et contemporaine 2006
  

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2.3. Naissance de la lutte armée

Dès les années 30, un conflit de compétences opposa les autorités britanniques à l'ethnarque ce qui provoqua un soulèvement des Chypriotes grecs, qui réclament l'Enosis, « le rattachement à la Grèce » considérée comme la « Mère patrie ». Les autorités britanniques réagissent en imposant des sanctions, telles que la suppression des libertés de la presse et de réunion et l'interdiction d'enseigner l'histoire grecque. Cependant, les Anglais n'ont pas hésité à faire appel au patriotisme grec des Chypriotes pour défendre la Grèce contre l'invasion des Allemands35(*).

En janvier 1950, 96% des chypriotes grecs se prononcent par référendum en faveur du rattachement à la Grèce. Mais, la Grande-Bretagne ne cède pas à la pression de la rue, bien que, durant les deux guerres mondiales, elle promît de laisser se réaliser l'Enosis36(*). Les Chypriotes grecs, lassés par la politique britannique portent la question chypriote devant l'Organisation des Nations Unies.

En 1955, l'Organisation Nationale des Combattants chypriotes l'EOKA sous l'égide du colonel Grivas entame sa lutte contre l'administration britannique37(*). Ses principales revendications sont l'expulsion des troupes britanniques, l'autodétermination et le rattachement à la Grèce. Mais les Britanniques s'opposent à tout changement en raison de l'importance stratégique de l'île. Le mouvement se durcit sous la forme de guérilla. Afin de mettre fin à cette lutte armée, les Britanniques font appel aux auxiliaires musulmans dans la police. Par conséquent, une haine intercommunautaire voit le jour et la coexistence des Chypriotes grecs et turcs, auparavant paisible commence à se détériorer. La communauté turque répond à l'idée de l'Enosis par celle du Taksim, la partition. Un mouvement chypriote turc parallèle à l'EOKA voit le jour. Il s'agit de l'organisation de la défense turque : TMT (Türk Müdafaa Teskilati ) sous la bannière de Rauf Denktash. Cette émergence des organisations nationalistes clandestines marque le début des massacres réciproques des chypriotes y compris ceux qui refusent la partition et le conflit ethnique en 1958.

La Grande-Bretagne, puissance coloniale se pose alors en arbitre voire en ultime recours en exploitant les clivages ethnico-religieux. Cette opposition a servi le pouvoir colonial, utilisant la formule « Divide and rule » comme partout ailleurs, en Palestine et aux Indes notamment. Pour accomplir cette division, elle réintègre la Turquie, pourtant absente de la scène chypriote depuis 1878. Les premiers heurts interethniques se produisent dans les années 1956-195938(*).

Ainsi, nous pouvons affirmer que la crise chypriote s'inscrit dans deux contextes majeurs, celui de la fin de l'Empire ottoman et de la stratégie britannique visant à diviser pour mieux régner, afin de retarder la décolonisation. Le cas chypriote est parfaitement éclairant à cet égard.

* 35 En 1936, le général Metaxas s'empare du pouvoir en Grèce et instaure, sans abolir la monarchie, une dictature s'apparentant au fascisme, qui obtient un large soutien populaire. Cependant, par souci d'indépendance, il tient le pays à l'écart de la Seconde Guerre mondiale. Malgré sa neutralité, la Grèce est envahie par les troupes italiennes à partir d'octobre 1940. Les Grecs leur opposent une vigoureuse résistance, mais ne peuvent résister à l'assaut de la Wehrmacht venue renforcer l'armée italienne. Après la défaite de la Grèce en 1941, l'Allemagne lui impose un gouvernement dirigé par le général Tsolakoghlou. La résistance s'organise sous l'égide des communistes, au sein de l'EAM (Front national de libération) et de son bras armé, l'ELAS (Armée nationale populaire de libération).

* 36 DREVET (J.F), Chypre en Europe, l'harmattan, Paris, 2000, p. 107.

* 37 EOKA : sigle de Ethnike Organosis Kipriotikis Apeleftheroseos, Organisation clandestine chypriote, fondée en 1954. Dirigée par le général Grivas, partisan du rattachement de Chypre à la Grèce, l'EOKA lutta de 1955 à 1959 contre les Britanniques et contribua à faire accorder à l'île l'indépendance.

* 38 CHICLET (Ch.), « Chypre aux portes de l'Union européenne », in Politique Internationale, 77, automne 1997,p. 107

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