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La communication participative communautaire au Sénégal

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par Sébastien Froger
Universite Stendhal Grenoble 3 - Institu de la communication et des médias - Master 2 communication scientifique et technique 2005
  

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I. 3. Les échecs et lacunes dans le domaine

Nous venons de voir comment ont évolué les modèles de communication pour le développement, en partie par rapport à l'évolution parallèle de la notion de développement.

Les échecs constatés par les premiers modèles diffusionnistes et 50 ans de recul n'ont pas réussi à combler toutes les lacunes des modèles actuels.

Pour la problématique qui nous concerne, certains obstacles majeurs sont à contourner, des solutions variées peuvent être apportées par la combinaison des différents modèles.

Afin de déterminer le modèle le plus approprié pour répondre au problème posé, à savoir le développement de la culture scientifique au Sénégal principalement, il est fondamental de bien cerner les obstacles à supprimer ou contourner.

Les premiers modèles de développement étaient définis exclusivement selon leurs variables économiques. Comme le mentionne le rapport de la commission MacBride, faisant état des problèmes de communication entre les pays du nord et du sud, pour le compte de l'UNESCO en 1980 :

« Les anciens modèles utilisaient la communication surtout pour la diffusion de l ?information, pour faire comprendre à la population les bénéfices?? que promet le développement et les sacrifices?? qu ?il exige. L ?imitation d?un modèle de développement, fondé sur l?hypothèse que la richesse, une fois née, s ?infiltrera automatiquement dans toutes les couches de la société, comprenait la propagation de pratiques de communication de haut en bas . . . Les effets ont été très éloignés de ce qu?on escomptait » 19

Les modèles suivants, d'avantage centrés sur les populations, sur la communication à la base et l'utilisation de médias légers, n'ont pas pour autant effacé les nombreuses lacunes que représente ce type de communication. Ils sont malgré tout encore très utilisés aujourd'hui en communication pour le développement.

En effet, les modèles de communication comme la diffusion des innovations, l'interactivité
des flux ou les approches de vulgarisation s'inscrivent dans le paradigme de la modernisation.

19 MACBRI DE S., Voix multiples, un seul monde: Rapport de la commission internationale d?étude des problèmes de communication, [en ligne], la documentation française, les nouvelles éditions africaines, UNESCO, Paris, 1980, p.6 disponible sur http://unesdoc.unesco.org/images/0004/000400/040066fb.pdf (consulté le 04/08/2005).

Or cette manière de communiquer à sens unique, du sommet vers la base, se heurte à des difficultés qui rendent ces modèles inadaptés et peu efficaces.

s Manque d'appropriation

Dans ces modèles classiques et même des modèles plus récents de communication à la base, les populations qui reçoivent des informations de manière passive ne s'approprient pas les connaissances.

Or, pour accepter un changement, faire changer des comportements, il est nécessaire - mais pas suffisant - de s'approprier les connaissances nouvelles.

Une communication verticale, quelque soit le média utilisé, laissera toujours l'auditeur passif.

Ensuite il existe certaines méthodes dites participatives, qui font intervenir le public dans la communication, autour de médias déjà élaborés.

Mais là encore, bien que l'appropriation soit plus efficace, on continue d'imposer des connaissances avec des vérités préétablies, sur lesquelles l'auditeur ne peut intervenir.

? Refus de l'autorité des scientifiques ou ONG, autorités qui imposent des savoirs

Quand on impose des connaissances ou des nouvelles techniques, comportements, etc sans que ceux-ci soient issus au moins en partie des cibles de la communication, on risque de se heurter à un conflit d'ordre hiérarchique.

Il est beaucoup plus difficile d'accepter une nouveauté imposée qu'une nouveauté initiée par soit même. Cela parait évident, mais cela pose un problème difficile en communication pour le développement.

Tout simplement parce que la plupart des innovations, messages de prévention et tout autre enjeu de développement nécessitant une communication sont issues des autorités locales, internationales, d'organisations non gouvernementales (ONG), de scientifiques, agents de développement, etc.

Là encore, les modèles dits participatifs, qui n'en sont pas réellement au sens où nous
l'entendons, tentent d'atténuer le problème, en faisant participer les cibles à la
communication. Mais si le message est déjà construit, les rapports d'autorité restent inchangés

et les savoirs imposés - peut-être de façon moins brutale, mais le fond du problème reste inchangé.

s Autres difficultés : accès à l'information, information non ciblée...

L'expérience de ces 50 dernières années en communication pour le développement indique que les modèles utilisés jusqu'à une période très récente, et même encore aujourd'hui pour beaucoup, ne prennent pas suffisamment en compte le contexte dans lequel s'inscrit cette communication.

Ici, et ce sera le cas dans tout ce travail, nous prendrons le terme de contexte comme définissant l'ensemble des paramètres socio-culturels, économiques, environnementaux et politiques, c'est-à-dire les circonstances accompagnant la communication.

Dans la plupart des cas, les médias sont élaborés soit, au mieux, par des professionnels de la communication pour le développement, soit des agents de développement, des ONG, des centres de recherche et tout autre organisme ayant besoin de faire passer un message.

Or, même si une étude du terrain approfondie a été effectuée en amont, tous les paramètres du contexte seront très difficiles à cerner.

D'une part, dans les communications de masse, il est impossible d'adapter le message à toutes les cibles, puisque différentes.

D'autre part, même à l'échelle communautaire voire interpersonnelle, si on ne vit pas dans le même contexte que les cibles, il est très difficile d'adapter parfaitement son message a celle- ci.

Bien que cela ne soit pas impossible, les contraintes liées au temps ou au budget limitent souvent ce travail d'appropriation du contexte de communication.

Mais la difficulté se situe souvent à un autre niveau, non pas dans la manière de communiquer ou d'adapter le message, mais dans l'innovation même.

Les innovations, dans leur immense majorité, sont issues de recherches scientifiques. Les chercheurs ne connaissant pas toujours les applications concrètes de leurs recherches et surtout le contexte dans lequel elles seront appliquées, les résultats de recherche sont parfois inadaptés au terrain.

Les exemples foisonnent, notamment dans le domaine de la recherche agricole, comme le suivant, cité par Niels Röling 20.

Il nous explique qu'une agence de recherche agricole internationale s'est penchée sur la question de la gestion de la fertilité des sols en Afrique de l'Ouest. Au terme d'une recherche importante, elle a démontré qu'une l'amélioration de la fertilité des sols pouvait être obtenue par la culture sous la végétation du haricot de la Floride (Mucuma spec).

« Comme on pouvait s ?y attendre, lors de sa présentation au public, cette idée a quelque peu été critiquée. On a essayé le Mucuma plusieurs fois. Invariablement les agriculteurs se plaignent qu ?ils ne peuvent pas manger les haricots, et qu ?il est dur et fatigant d?incorporer les matières végétales au sol, que les haricots occupent la terre pendant deux saisons durant lesquelles la production alimentaire est impossible, etc. Le Mucuma, comme engrais vert, n ?a été adopté nulle part en Afrique de l?Ouest. Imperturbable, le représentant de l?agence proclama que ce n ?était pas son problème mais celui des agriculteurs et que s ?ils voulaient sortir du cercle vicieux de la dégradation des sols et de la pauvreté, ils devaient planter du Mucuma. C ?est une approche typiquement linéaire. Le chercheur a raison et son manque d?incidence est un problème qui concerne les agriculteurs. »

Cet exemple est typique et révélateur des obstacles que peuvent rencontrer la communication pour le développement.

Les modèles théoriques, aussi poussés soient-ils, sont confrontés à des obstacles dépassant le cadre de la communication (si on considère qu'il existe un cadre de la communication...). Certaines composantes difficiles à maîtriser doivent pourtant être prises en compte. Tel que le transfert de technologie, qui repose actuellement sur un modèle linéaire, comme celui proposé par Kline et Rosenberg, 1986, et Chambers et Jiggins, 1987.

Recherche fondamentale

4

Recherche appliquée

?

Recherche finalisée

9

Experts spécialisés

?

Agents de vulgarisation en première ligne

?

Agriculteurs progressistes
(diffusion)

?

Utilisateurs finaux

Figure 1: Transfert de technologie (appelé aussi `Modèle linéaire') 21

20 RÖL I NG N., La communication pour le développement dans la recherche, la vulgarisation et l?éducation, [en ligne] in 9ème Table ronde des Nations unies sur la communication pour le développement, FAO, Rome, septembre 2004, p.20 disponible sur http://www.fao.org/sd/dim_kn1/docs/kn1_040701a3_fr.doc (consulté le 04/08/2005).

21 ibid, p.13

Dans nombre de cas, ce schéma linéaire pourrait tout aussi bien être appliqué au transfert de connaissances. Cependant, la tendance est à l'implication des populations dans leur propre développement. Il existe un quasi consensus à ce niveau, même si ce n'est pas le cas sur le terrain.

C'est d'ailleurs ce que dénoncent certains chercheurs ou acteurs du développement. Ils vont jusqu'à remettre en cause la légitimité des pratiques de communication de développement, qui au-delà des discours apparemment consensuels sur leur caractère fondamental, seraient loin d'avoir cette reconnaissance sur le terrain.

Missè Missè est un exemple de ce courant de pensée très contemporain :

« La dimension symbolique qui se manifeste par les résistances observées s'explique probablement, du côté des populations africaines, par la contradiction perçue entre les pensées et les pratiques du développement. Ce décalage valide la thèse des arrière-pensées du développement, qui institue une relation de méfiance des "receveurs" vis-à-vis des "donneurs" ou des "donateurs"[...]. Au niveau de leur opérationnalisation, on observe un manque de cohérence, à l'échelle mondiale, des stratégies qui se donnent pour objectif de mettre la communication sociale au service du changement et du développement. Les stratégies de développement mises en oeuvre sont loin de donner aux professionnels de la communication du développement la reconnaissance nécessaire à leur action en faveur du développement à l'échelon national. On observe que la communication du développement n'est, ni plus ni moins, que la roue de secours de la bicyclette. » 22

Cette vision très critique de l'action des acteurs du développement reflète un trouble actuel dans les modèles de communication qui sont loin d'être parfaits. Les chercheurs, même s'ils ont conscience de ces lacunes, n'ont pas forcément de réponse à apporter. En particulier dans un contexte ou les changements politiques et sociaux vont de paire avec une vision du développement bien loin de celle de Ronald Reagan qui «inaugura» le terme en 1949.

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