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La couverture médiatique d'une zone de conflit armé: Cas de la Radio Okapi en Ituri (RDC)


par Jacques Yves MOLIMA
Institut facultaire des sciences de l'information et de la communication - Graduat 2007
  

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SECTION 3 : LA COMPETENCE ANALYTIQUE

Nous l'avons souligné dans notre introduction que la militarisation des rapports socio-humains entre les ethnies de l'Ituri, notamment les Hemas et les Lendus, a ouvert la voie à des atrocités graves, lesquelles se sont succédés au fil du temps et ont bloqué toute perspective de pacification rapide de cette partie du pays.

Et retenons que ce conflit entre communauté vivant en Ituri portait une dimension identitaire et stratégique de sorte que la couverture médiatique de celui-ci parait bien délicate. Dans cette perspective, la présente section traitera du travail des journalistes de Radio Okapi en Ituri. Eu égard à la délimitation de notre travail à savoir entre Mars 2004 et Décembre 2005 et par rapport à notre enquête au sein de la Radio Okapi nous avons répertorié dans les archives des reportages réalisés par les journalistes de Radio Okapi en Ituri ce qui suit :

TABLEAU N 3 : Tableau des reportages réalisés en 2004

MOIS

REPORTAGES

Mars

14

Avril

12

Mai

11

Juin

17

Juillet

14

Août

12

Septembre

11

Octobre

8

Novembre

7

Décembre

14

TOTAL

120

TABLEAU N 4 : Tableau des reportages réalisés en 2005

MOIS

REPORTAGES

Janvier

9

Février

8

Mars

11

Avril

10

Mai

6

Juin

12

Juillet

7

Août

10

Septembre

13

Octobre

6

Novembre

9

Décembre

12

TOTAL

113

De ce qui précède il se dégage qu'au moins 120 reportages ont été réalisés par les journalistes d'Okapi en 2004 tandis qu'en 2005 au moins 113 reportages ont été réalisés. A cet effet, on s'aperçoit qu'en 2004 il y avait plus de reportages juste pour dix mois alors que pendant toute l'année en 2005 le nombre de reportage est de 113 reportages d'où une chute d'au moins 7 reportages. Ceci s'explique par le fait que la situation était plus tendue en 2004 qu'en 2005.

A cet effet, toujours en considérant notre délimitation, nous avons retenus trois reportages des ces années.

Il s'agira d'analyser les compétences par rapport au traitement de l'information, quel a été l'angle pris par le journaliste ? Le pourquoi de cette prise de position ? Quels sont les mérites et les failles dans ces reportages par rapport aux objectifs ? Quelle analyse faire sur le plan de la forme et du fond de ce reportage.

Reportage N1.

Bunia 7h 12/03/04

Situation déplorable a Songolo dans la province orientale. Constat d' une première mission conjointe humanitaire et militaire de la Monuc qui s' est rendue dans ce village situé a 30 Km de Bunia. Des affrontements avaient opposé des éléments du FNI a ceux de l' UPC dans ce secteur.

Explication Sophie Baderha

A l'arrivée des blindés de la MONUC les habitants de Songolo sortent sur les pas de leurs portes. Il y a surtout des vieillards et des enfants, une bonne partie des adultes se cache toujours en brousse. A la sortie du village les miliciens lendu du FNI armés d'arc et de flèches, des lances des quelques kalachnikov redoutes encore une attaque des hema de l'Upc. Mais les combats se font beaucoup plus rare et les déplacés commencent à rentrer. Le village a beaucoup souffert des combats et de pillages mais une centaine de maison est toujours en cours de rénovation. Les habitants de songolo sourient à la délégation mais ils ont une mauvaise mine. Les routes qui mènent à Bunia sont toujours coupées, l'approvisionnement ne vient pas, les étales du marché sont vides, les cultures ont été dévastées et la réserve des semences a disparus.

La vie cachée en brousse par peur des combats et de pillages a laissé des traces, surtout des maladies de peau. Le nouvel ennemi principal, n'est peut être plus la milice d'en face mais la faim et la maladie. A songolo comme ailleurs en Ituri, il faut toujours lutter pour vivre.

De Bunia Sophie Baderha Radio Okapi.

L'analyse

Ce reportage est une description de la situation humanitaire d'une cité en Ituri après des affrontements entres les Hemas de l'UPC et les Lendus de FNI.

Du point de vue interne de l'information, le journaliste décrit l'aspect de la cité après les combats. Il souligne dans son reportage, les conséquences socio-économiques mais aussi psychologiques de la guerre. Il décrit les armes utilisées par les combattants Lendu à savoir des flèches, des lances et des quelques kalachnikov.

Le journaliste souligne par ailleurs, l'enclavement de la cité de Songolo. Les routes qui mènent vers la cité sont coupées et le ravitaillement n'est plus assuré, les cultures sont dévastées. Non seulement qu'on pourrait déplorer le fait que la situation humanitaire est beaucoup trop dégradante, mais aussi la vie sociale est instable.

Débarqué dans la zone quelques temps après les affrontements, le journaliste a pris soin de prendre pour angle ici l'intérêt public. C'est-à-dire, mettre à la lumière du public les conséquences sociales d'une guerre interethnique. Le but final étant de susciter le souci dans les uns et les autres de mettre un terme aux combats fratricides.

Cependant, le lancement même de ce reportage affiche quelques manquement eu égard aux questions de référence. Nulle part, le journaliste précise le temps. Quand est ce que le convoi s'est rendu dans cette cité. Ensuite, parlant des affrontements entre Lendu et Hema dans la cité de songolo, le reporter ne précise pas à quand remonte le dernier combat entre les deux factions.

Seulement, la descente sur terrain du reporter a été rendue possible grâce aux casques bleus de la MONUC. Ce qui met en exergue la question de la sécurité des journalistes. Une sécurité que le journaliste doit en principe être la première à se la garantir et cela par la rigueur dans le traitement de l'information.

A cet effet, le journaliste a décrit dans son reportage la position des combattants Lendu à la sortir de la cité prêt à toute attaque Hema. Ce qui ne nous paraît pas prudent. Il transparaît ici une mise en garde à l'autre partie c'est-à-dire aux combattants Hema de ne plus s'aventurer à revenir vers la cité Songolo de peur de tomber entre les mains de Lendu qui veille sur leur cité, surtout qu'il souligne à la fin de son reportage que le nouvel ennemi principal n'est peut être plus la milice d'en face... cela pourrait dans la mesure du possible n'être qu'une figure de style mais il laisse entrevoir en effet l'antagonisme qui existe entre les parties. En stipulant ainsi, le journaliste n'a pas donné la source de son information. Qu'est ce qui a dit que les Lendu redoutaient une attaque des Hema ? De qui tient-il ce sentiment des Lendu ? Peut-être que c'est juste son imagination eu égard à la tension qu'il présentait dans une cité presque déserte ?

Par ailleurs, ce que le reportage n'a pas bien développé c'est l'aspect maladie dans la population, en épinglant les maladies de peau le journaliste n'a pas donné des détails à ce sujet.

Quand bien même le reportage est basé sur l'intérêt public, le reporter a laissé ressortir de son reportage une contradiction dans ses dires. Il souligne que le village a beaucoup souffert des combats et de pillages mais une centaine de maison est toujours en cours de rénovation. C'est qui voudrait dire que ces combats n'ont pas eu d'impact profond.

Toutefois, le reportage retrace une situation réelle de condition de vie des habitants de l'ituri se trouvant dans les zones en proie aux combats.

Reportage N 2

Bunia 7h 27/07/04

La cité Ndrele dans un état lamentable. Un mois après les combats entre FAPC et FNI deux groupes armé de l'Ituri. Ndrele cette cité commerciale du territoire de Mahagi donne le spectacle d'apocalypse ; absence de vies humaines, magasins pillés, habitations détruites. Des précisions avec Charles Ntiricha qui a fait le déplacement de Ndrele cette cité commerciale.

Reportage

Personne ne passe la nuit à Ndrele, quand on y entre c'est la désolation, plusieurs magasins et boutiques ont été systématiquement pillés de même que certaines maisons. Seuls des miliciens de FAPC en tenue civile circulent dans quelques artères. Certains habitants ont fui les villages environnants. D'autres se sont réfugiés en Ouganda. Quelques habitants courageux viennent tout de même la journée voir si leurs maisons n'ont pas encore été pillées.

Difficile, on vient seulement passé de fois la journée voir l'état de la maison parce qu'il y a toujours d'infiltration de ces gens là, il est difficile de passer la nuit. Il faut qu'on puisse se retirer de à une ou deux kilomètres. Si on vient il faut arriver vers huit, neuf heure, comme ça 13 h 14 h on commence à vider aussi la cité.

Ndrele qui était habité par près de dix mil personnes est aujourd'hui une cité fantôme. Sa population déplacée ne sait à qui se vouer.

Maintenant on ne compte même pas sur ces membres de FNI FAPC on pense si peut être la MONUC arriverait ici, ça allait attirer ces gens là qui sont aux frontières

Il y a quelques la MONUC a exigé une démilitarisation de cette cité afin que la population soit sécurisée. Le FAPC et le FNI ont promis de se rencontrer très prochainement pour discuter de la question, mais reste que les deux factions accepter de céder la gestion des taxes dont elles se disputent les revenues.

Bunia Charles Ntirica Radio Okapi

L'analyse

Le reportage ici se base sur la destruction du tissu économique d'une cité commerciale par la guerre entre les groupes armés FAPC et FNI. Nous l'avions souligné que le FNI est d'obédience Lendu, tandis que le FAPC regroupait en son sein des combattants de différentes ethnies confondues. Seulement, au fur et à mesure que le conflit s'aggravait, les finalités divergeaient eu égard au profit que tirait l'une ou l'autre faction. La chute du reportage en témoigne lors que le journaliste souligne en disant que reste à savoir si les deux factions accepteront de céder la gestion des taxes dont elles disputent les revenues.

Le journaliste décrit une scène désolante d'une cité commerciale détruite. Il a tenu à préciser que son arrivée à Ndrele intervient un mois après les combats entre les deux groupes armés le FNI et le FAPC. La cité est vidée de sa population ; cette information le reporter la tire des témoignages de quelques hommes courageux qui reviennent au village pour vérifier leurs habitations. En leur donnant la parole, le journaliste se dédouane des critiques des uns et des autres sur sa source d'information.

Respectant les objectifs de la Radio Okapi en ituri, le journaliste se fait le porte parole d'une population en situation déplorable. En leur accordant la parole, la population a trouvé en Radio Okapi un canal pouvant lui permettre d'implorer une assistance internationale pour les sortir de cette situation.

Et le journaliste de chuter sur l'implication de la MONUC dans la pacification de cette partie du pays.

Bon reportage qui donne des éclaircissements sur les conséquences et les enjeux du conflit. Le journaliste semble maîtriser en amont les enjeux des combats entre les groupes armés. Il souligne que ces miliciens ont même prévu une rencontre entre eux pour discuter de la question de la gestion des taxes. Cela donne une impression que le reporter est mieux informé sur les deux factions et les motivations de leur lutte.

Reportage N3

Bunia 7h 7/10/05

CHAPO

En Ituri, le tribunal militaire de garnison de Bunia a condamné ce vendredi un ex-commandant de bataillon de la milice des Forces armées du peuple congolais, FAPC, à sept ans de prison. Il est également renvoyé des forces armées de la république démocratique du congo.

José des chartes Menga a suivi ce procès.

Reportage

Le major Ricky Mutakama ancien commandant de bataillon de FAPC à Aru était poursuivi par la justice militaire pour violation des consignes. Cet officier qui avait déjà intégré les FARDC à Kinshasa, avait évité de rejoindre le centre de brassage de Mushaki dans le nord Kivu pour se retrouver de nouveau à Aru en passant l'Ouganda. Selon le ministère public cet officier avait rejoint des ex chefs miliciens en Ouganda pour infiltrer les FARDC afin de déstabiliser l'Ituri à partir de Aru.

Le jugement a été prononcé dans une audience publique à la place dite la tribune. Major Innocent Mayembe président du tribunal de garnison///

Le tribunal militaire de garnison d'Isiro Bunia dit établi en fait comme en droit l'infraction mise à charge de Ricky Mutakama et le condamne par conséquent comme suit à sept ans de servitude pénale principale pour violation des consignes.

Prononce contre lui la destitution de FARDC. Voila, détachement bolongola ye tenue na bottine.

Le condamné estime que le jugement n'a pas été juste, bien qu'il ait été assisté par deux avocats. Ricky Mutakama entre les mains de soldats de la justice militaires qui l'amène en prison rejette la peine.

- On dit que dans cinq jours on peut toujours faire recours,

- alors qu'elle est votre point de vue, vous allez faire appel ?

- C'est la dernière chance.

- Vous allez donc faire recours,

- Oui !

- Vous n'acceptez pas ce jugement ?

- Non !

Quand bien même qu'il rejette la peine prononcé ce vendredi, Ricky Mutakama avait admis les griefs portés à sa charge par le ministère public lors de l'instruction du dossier.

Le condamné de ce jour avait même demandé pardon au tribunal lors de l'audition des parties.

Bunia José des chartes Menga Radio Okapi.

L'analyse

Il s'agit ici d'un procès contre un ancien commandant bataillon de FAPC basé à Aru qui pourtant avait intégré les FARDC se retranche encore en ouganda. Il faut signaler en passant que la force armée du peuple congolais est un groupe armé dissident de l'UPC. Il contrôlait la partie est de l'Ituri à la frontière avec l'Ouganda. Ce groupe regorgeait en son sein des combattants de différentes ethnies avec le soutien de l'Ouganda.

Le journaliste dans son traitement du point de vue interne de l'information a ressorti le fait que le passage de ce major en Ouganda était mal perçu par les autorités. Il est ainsi accusé d'être en connivence avec des chefs miliciens à l'étranger. Fallait-il que le journaliste souligne cet aspect dans son reportage ? En effet, cela est important car en 2005, la situation en Ituri devenait telle qu'il paraissant aussi flagrant l'implication des certaines puissances étrangères dans le conflit en Ituri. Elles tiraient profit de l'instabilité de la situation par des groupes armés interposés et déstabilisaient tout processus de pacification.

Le journaliste a, par ailleurs, indiqué que cette accusation est du ministère public et cela cadre bien entendu avec la politique éditoriale de Radio Okapi, celle de ne jamais prendre position mais de donner la paternité de l'information à qui de droit.

Le journaliste a également cherché à donner la parole au condamné quand bien même il était entre les mains des soldats en partance vers son lieu de détention. A ce point, nous soulignons l'équilibre qui se dégage dans ce reportage. La parole est accordée à toutes les deux parties.

Du point de vue externe de l'information, il se dégage des non dit qui d'ailleurs constituent la toile de fond quand à la compréhension de l'information. La condamnation sous entend qu'il y avait d'abord une décision d'un côté de FAPC d'intégrer les FARDC, chose qui ne figure pas dans ce reportage. Cela pourrait peut être se trouver dans un corpus de l'information et qu'il serait déjà traité dans un autre reportage. De l'autre côté, la décision prise par le gouvernement, de mettre un point final aux actions des ex-miliciens intégrés au sein de l'armée régulière n'est perçus ici qu'implicitement lorsque le journaliste souligne qu'il y a violation des consignes.

Le journaliste termine son reportage d'une manière fermée, c'est à dire que sa chute laisse entrevoir certains questionnements sans réponse. Le commandant arrêté était-il le seul à être arrêté ? Y avait-il d'autre éléments arrêtés avant lui ? Est-ce qu'il y aura d'autres qui seront arrêtés ? Cet aspect n'est pas perçu. Le journaliste dans ce cas pouvait, soit énumérer que celui qui venait d'être condamné était le premier ou le dernier d'une liste, soit laisser une ouverture pour d'autre procès qui pourrait surgir.

En guise d'une conclusion partielle en rapport avec la réalisation des reportages des journalistes, Il faut souligner que la Radio okapi avait mis en place une chaîne de production dans le seul but de procéder à chaque niveau à la vérification de l'information. Ainsi, toute descente du journaliste sur terrain a été préalablement cordonnée par le chef d'antenne Bunia et la rédaction centrale de kinshasa. De tel enseigne que en commençant par le reporter en passant par le chef d'antenne Bunia, le secrétaire de rédaction à Kinshasa et le rédacteur en chef jusqu'au présentateur du journal, l'information est peaufinée et vérifiée avant de passer à l'antenne.

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