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Milieu familial et reussite scolaire


par Jimmy CALIXTE
Université d'Etat D'Haiti/Faculte des Sciences Humaines - Psychologie 2007
  

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Problématique

 

Le bouleversement qu'a connu le monde occidental depuis la Révolution industrielle, a sans doute conféré à l'école une place de choix dans la lutte contre l'inégalité des chances pour la vie. L'école représente l'une des institutions sociales de base, responsable du mécanisme de production et de reproduction sociales. L'école représente l'institution sociale par excellence de vulgarisation de connaissances et de savoirs. Elle est le noyau de production de ressources intellectuelles qui ont pour tâche de créer les différents outils qui vont favoriser le développement et l'évolution culturelle et technologique de la société.

 

Le rôle central que la société d'aujourd'hui confère à l'école, fait d'elle l'élément central de mobilité et-ou d'insertion sociale. En effet, l'individu contemporain pour pouvoir s'intégrer pleinement dans la sphère sociale doit passer par l'école, et encore faut-il réussir. Comme le souligne Boudon (1973), la société moderne est basée sur un système méritocratique.  Ce constat sous-entend théoriquement, que l'accès à la position sociale est largement déterminé par le niveau scolaire. De ce point de vue, plus on a un niveau d'instruction élevé, plus la société nous offre la possibilité d'avoir un statut social élevé.

 

Cette conception de l'école si elle est générale, prend un sens tout à fait particulier dans des pays en voie de développement comme Haïti, plus spécifiquement dans les classes sociales les moins favorisées culturellement et économiquement. « Envoyer un enfant à l'école » dans ces milieux est perçu par les parents comme un investissement qui assurera à la fois leur ascension sociale et celle de l'enfant lui-même. La maîtrise de l'écriture et de la lecture représente un moyen de mobilité socio-économique et pour les parents et pour l'enfant. Laguerre (1982 pg 90) soutient que :

« La stratégie de mobilité socio-économique à travers l'école est vue par la plupart des habitants (des quartiers urbains) comme la meilleure voie ouverte pour leurs enfants et ils font tout ce qu'ils peuvent pour faciliter l'accès à l'éducation »

 

La formation formelle représente et pour l'individu haïtien et pour son entourage familial un enjeu majeur. Cependant, en dépit du fait que les parents traduisent une forte volonté d'instruire leurs enfants, les recherches réalisées dans le milieu haïtien révèle que le pourcentage d'échec augmente d'un cycle fondamental à un autre. Nous pouvons prendre pour illustration, une étude réalisée récemment par le Ministère de l'Économie et des Finances (MEF) et l'Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique (IHSI) en 2005 sur les conditions de vie en Haïti. Cette étude révèle que le pourcentage de réussite passe de 84% en 1ère  Année fondamentale, à 50% à l'école primaire et atteint le quart au niveau des trois cycles de l'école fondamentale (9ème année fondamentale).

Plusieurs recherches réalisées dans le milieu haïtien ont abordé la problématique de l'échec scolaire dans le système éducatif haïtien. Des chercheurs (Jean Jacques 1995 ; Latortue 1998) ont posé le problème en rapport avec le bilinguisme. D'autres recherches (FONHEP, 1999) ont abordé la question en rapport avec le climat interne de l'école, les pratiques scolaires, les attitudes des enseignants, etc. En dépit de la pertinence de ces recherches des questions demeurent ; notamment, la question de l'implication du milieu familial dans la formation des enfants. Quelle influence exerce le milieu familial sur la réussite (ou l'échec) scolaire de l'enfant haïtien ? Si la réussite scolaire de l'enfant haïtien est déterminante pour l'avenir socio-économique de ses parents, l'enjeu est de savoir comment les parents participent-ils à la construction de cette réussite ?  Telles ont été nos premières interrogations.

 

Pour aborder ce problème, nous avons retenu le point de vue des sociologues de l'éducation sur la question. Dans cette perspective, ce problème a été abordé en rapport avec l'origine sociale des parents. Des auteurs d'horizons divers ont soutenu que l'origine sociale demeure l'élément essentiel à la réussite scolaire de l'enfant. En Amérique du Nord, Coleman (1966); de Jencks et al. (1972) soutiennent que la réussite scolaire des élèves est tributaire de l'origine sociale de ces derniers. En France, Bourdieu (1985) révèle le fait similaire. Il conclut que l'école, en reproduisant la culture de la classe dominante, place l'enfant issu de la classe dominée dans un contexte scolaire où il a plus de chance d'échouer que de réussir.

 

D'autres auteurs, tels Scott Jones (1995) et Bronkhart (1998) rapportent que le niveau d'étude des parents est étroitement lié à la réussite des élèves. Carron et Châu (1998) ont rapporté le même fait dans une étude réalisée dans quatre pays en voie de développement (Mexique (Puebla); Chine (Zhejiang); Inde (Madhyapradesh) et en Guinée).

En dépit de la pertinence de cette thèse, elle semble laisser pas mal de questions sans réponses. Selon cette thèse, les enfants qui devraient normalement réussir à l'école sont ceux qui proviennent d'un milieu favorisé culturellement et économiquement. Des auteurs comme Diallo (2001) ; Deslandes et Cloutier (2005) ont souligné les limites de cette conception. Selon ces auteurs, cette thèse ne peut expliquer la réussite scolaire des enfants issus des milieux défavorisés, de même que, l'échec des enfants issus des milieux favorisés.

 

Ces auteurs ont donc mentionné de leur coté, l'importance des facteurs internes propres au milieu familial. Selon ces auteurs, la façon dont les parents exercent leur métier de parent influe sur la réussite scolaire. Ces pratiques selon qu'elles sont autoritaires, démocratiques ou permissives orientent la performance scolaire des enfants. Mais que dire des interactions entre parents et adolescents axées sur l'école ? Ou plus explicitement, quelle incidence a l'encadrement des activités académiques des enfants par les parents sur la réussite scolaire de ces derniers (enfants) ?

 Pour explorer d'autres pistes d'explication, nous avons retenu la conception écologique, développée par des auteurs comme : Epstein et al. (1993) ; Potvin et al. (1996); Deslandes et Cloutier, (2005). Ces auteurs ont souligné le rôle de la participation parentale dans le suivi scolaire des enfants comme étant un élément fondamental dans la réussite scolaire de ces derniers.

 

Lahire (1998) de son coté mentionne que dans des contextes sociaux bien spécifiques, certaines dimensions de la participation parentale semblent plus importantes que d'autres. Dans le cas des milieux populaires par exemple, ce dernier dans un article intitulé : « La réussite scolaire en milieux populaires où les conditions sociales d'une schizophrénie heureuse » présente une analyse qui vise à montrer le rôle de la participation parentale à travers la communication entre parent et enfant dans la réussite scolaire de l'enfant.

 

À partir d'une relation entre l'école et la famille, Lahire explique que l'échec scolaire en milieux populaires est lié à une double solitude que vit l'élève. La première est due au fait que l'élève transporte à l'école un capital culturel familial qui n'a pas de valeur. La seconde, est due au fait que l'élève en revenant de l'école transporte un savoir qui n'a pas de valeur dans l'univers familial (puisque généralement les parents sont analphabètes). Dans les deux cas, l'enfant se retrouve seul.

Lahire soutient que les enfants qui réussissent sont ceux dont les parents ont brisé cette seconde solitude, en créant un espace d'écoute, de réalisation de soi au sein de la configuration familiale. Il mentionne que cet espace peut se créer sur une base affective (écoute attentive des parents, communication axée sur l'école) et utilitaire (écrire et lire des lettres pour les parents).

Ryan et Adams (1995) et Deslandes (1996 ; 2001 ; 2003) dans une perspective interactionniste voient la question sur un angle plus large. Ces derniers mettent l'emphase sur les différents éléments d'interaction entre parents et adolescents axés sur l'école. À part la communication que Lahire  a souligné, ces derniers soulignent : le support et l'aide dans les devoirs, la communication axée sur les difficultés rencontrées à l'école et sur les aspirations scolaires des enfants. Les auteurs soulignent que les interactions entre parents et adolescents axées sur l'école représentent les dimensions verbales et non verbales de la participation parentale qui influent sur la performance scolaire de l'enfant. De cette conception théorique, nous avons clarifié notre question de recherche comme suit : comment les interactions parents-adolescents axés sur l'école peuvent elles influencer la réussite scolaire des jeunes vivants en milieu défavorisé ?  Comment l'engagement, le contrôle, l'encadrement et la supervision des activités scolaires par les parents peuvent-ils influencer la réussite scolaire du jeune ?

En relation à ce questionnement, nous inférons l'hypothèse suivante :

Hypothèse générale :

Plus le niveau d'interactions constructives entre parents/adolescents axé sur l'école est élevé plus la réussite scolaire de l'apprenant sera élevée

Chapitre IV : CADRE MÉTHODOLOGIQUE

Dans ce chapitre nous allons présenter les grandes lignes qui guideront notre travail de recherche. Il présentera les démarches méthodologiques qui nous permettront de vérifier dans la réalité notre hypothèse de recherche.

 

4.1- Objectif de la recherche.

Nous rappelons que cette recherche vise à saisir le lien qui existe entre les interactions parents-adolescents axées sur l'école et la réussite scolaire de ces jeunes. Elle consistera plus spécifiquement à évaluer le rapport qui existe entre les interactions constructives axées sur l'école et la réussite scolaire de l'adolescent vivant en milieu défavorisé.

 

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