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"patrimoine et musées; opportunités politiques, culturelles, économiques et touristiques au service des villes? Metz et l'arrivée du Centre Pompidou".

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par Mathilde Jannot
Paris Diderot-Paris 7 - Master 2 politiques culturelles 2011
  

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2. Une économie indirecte

La valorisation touristique du patrimoine favorise la croissance économique en développant des activités touristiques génératrices de recettes financières et d'emplois directs, indirects et induits.

Anne Picq214 relatait en mai 2010 qu'il y avait :

(...) D'ores et déjà, en plus des 60 personnes employées par le Centre Pompidou-Metz, les concessions et externalisations nécessaires au fonctionnement du musée pourraient créer à elles seules 200 à 300 emplois. »

Aujourd'hui, ce sont véritablement 60 personnes qui y travaillent215 et qui sont donc des emplois directs. En revanche, les emplois directs qui sont externalisés sont souvent précaires. Ainsi, Phone Régie, société employant les médiateurs ainsi que le personnel d'accueil procède quasiment uniquement par contrats à durée déterminée.216

Peut-on parler d'une classe créative 217 ou de cluster218 grâce à laquelle la force de la ville
découlerait de son dynamisme culturel et artistique, lequel deviendrait le moteur de son

l'exposition ! Enfin, il faut penser également aux boutiques, où l'on se retrouve parfois comme à Disneyland, obligé de passer par l'espace boutique soit en entrant soit en sortant. A titre d'exemple, on pense au Musée Jacquemart-André, possédant au demeurant un magnifique hôtel particulier ; à la Pinacothèque de la Madeleine qui annonce des collections permanentes qu'elle emprunte pour une durée déterminée ; au Musée Maillol qui devient un lieu d'exposition temporaire n'exposant quasi plus d'oeuvres de Maillol et jusqu'à sa réouverture le Musée du Luxembourg.

214 Cf. A. Picq, op. cit., p.46-49.

215 Cf. organigramme in Zoom n°4, l'agenda de septembre à décembre 2011.

216 Source inédite.

217 Conceptualisée par Richard Florida, The rise of the creative class : and how it's transforming work, leisure, community and everyday life, New York, Harper business, 2002.

218 On reprend la définition donnée par Fabrice Hatem in « Le rôle des clusters dans les politiques d'attractivité », L'attractivité des territoires : regards croisés, Actes des séminaires, février-juillet 2007, pp19-21 où le cluster est conçu comme « la présence, sur un même espace géographique de taille relativement limitée, de firmes, centres de recherche-développement, universités, organismes financiers très

développement économique ? En 2002, dans The Rise of the Creative Class, Richard Florida affirme que les dimensions économiques et sociales d'un territoire sont liées à la présence d'artistes (écrivains, acteurs, designers, architectes) et de scientifiques (ingénieurs et intellectuels). Par conséquent, les villes doivent se doter d'équipements et d'infrastructures permettant d'attirer des travailleurs ayant ces compétences. Peu à peu, d'autres ménages sont attirés par la présence des artistes et l'image bohème qu'ils confèrent au quartier. On parle alors de gentrification ou d'embourgeoisement d'un quartier lorsque celui se métamorphose socialement et sociologiquement. Dans cette phase d'embourgeoisement, on voit généralement se développer des cafés et restaurants branchés, des boutiques de designers locaux, des librairies spécialisées, des galeries. Pour Metz, il semble encore difficile d'évoquer un réel embourgeoisement d'un quartier spécifique. D'une façon générale, on a vu des galeries s'ouvrir récemment comme Toutouchic219 en septembre 2010, La Conserverie220 en janvier 2011, Modulab'221 en mars 2011, même si certaines existaient déjà comme Faux mouvement222 présente depuis 1983 ou encore Octave Cowbell223 depuis 2002. Quelques librairies spécialisées ont ouvert comme La cour des grands224 en 2006 ou Le carré des bulles225 en 2007. On peut aussi remarquer que dans l'une des principales rues commerçantes de Metz, de nouvelles boutiques plutôt haut de gamme ont ouvert leurs portes. On peut supposer que la construction du quartier de l'amphithéâtre permettra une revalorisation immobilière du quartier, puis l'installation de ménages plus aisés. Le président de la République a souhaité annoncer que :

« ~ » Ce qui se joue ici, avec l'inauguration de ce musée, ce n'est ni plus ni moins qu'une nouvelle renaissance lorraine.226 (...)La Lorraine a beaucoup souffert toutes ces dernières décennies des restructurations, des mutations, des changements, le textile, la sidérurgie, les mines, le militaire. Metz, Monsieur le Maire, on en parlait, une ville de garnison. C'était certainement un élément de

compétitifs appartenant au même domaine de spécialisation et organisés au sein de réseaux de collaboration à la dynamique autonome, caractérisés par une innovation continue et des transferts d'innovation aisés » 219www.letoutouchic.com/

220 www.cetaitoucetaitquand.fr/

221 http://modulab.fr/

222 www.faux-mouvement.com

223 www.octavecowbell.fr

224 http://lacourdesgrands.over-blog.fr/

225 www.aucarredesbulles.fr

226 Discours inaugural du président de la république.

fierté mais qui peut penser que dans un monde qui bouge comme le nôtre, nous pouvions garder la même organisation militaire. Il a fallu faire des choix. Des choix qui ont été douloureux pour votre département et pour votre ville, puisque c'est presque un tiers des effectifs, si mon souvenir est exact, qui seront transférés. Je dois dire que je veux rendre hommage aux élus, toute tendance confondue, et à la population. On a essayé de bâtir une réponse à cette restructuration. Cest tout à fait lié à ce que nous sommes en train d'inaugurer, parce que ce musée qui est un acte culturel fort, est en même temps un élément d'une politique stratégique de développement. »

Cependant, comme le préconise Fabrice Hatem227 :

« Il faut se garder, cependant, de l'illusion consistant à voir dans les clusters la solution définitive aux problèmes actuels de reconversion, de développement et d'attractivité des pays industrialisés. La croissance de l'économie ne se réduit pas à celle des activités à haute valeur ajoutée. Celles-ci ne sont pas toutes fondées sur l'innovation. Il existe des cas nombreux où cette innovation n'est pas réalisée au sein de réseaux de coopération, mais par une entreprise totalement isolée. Ces réseaux de partenariats peuvent relier des entreprises qui ne sont pas nécessairement proches géographiquement. A l'inverse, la proximité géographique, même au sein d'un cluster dynamique, ne garantit pas nécessairement le développement de relations de coopération étroites entre firmes. Toutes ces raisons expliquent sans doute pourquoi tant de clusters autoproclamés par les autorités de développement territorial, et soutenus par d'importants budgets publics, n'ont finalement pas fait preuve dynamisme escompté. »

Par ailleurs, il existe des retombées beaucoup plus importantes que les recettes directes de l'exploitation du musée. Elles concernent les recettes des dépenses effectuées à proximité de ce dernier, « la valeur d'usage directe »228du musée. Ces dépenses s'appliquent entre autre à l'hébergement, la restauration, aux commerces - excepté les ventes associées aux droits d'entrée - aux activités de loisirs, aux transports et aux services. Ce sont des retombées économiques induites par l'événement.

227 Fabrice Hatem, op.cit. p.21.

228 Cf. V. Patin, op.cit, p.135.

Sans oublier toutefois les répercussions économiques pour les finances locales de cette fréquentation touristique, à savoir les parkings, les taxes prélevées sur les opérateurs touristiques et les commerces (taxes de séjour, taxes professionnelles) dont les collectivités locales sont bénéficiaires. Il est évident que si la ville impulse un événement culturel générateur de recettes importantes pour l'économie locale, elle entend que commerçants et opérateurs du tourisme y participent. Ces derniers ont tout intérét à s'allier à la ville pour permettre ces chiffres d'affaires, dans leurs avantages propres et pour la ville, par effet dérivé.

L'importance des consommations connexes et des bénéfices indirects sur la ville croît d'autant plus si l'offre locale est adaptée à l'offre culturelle.229

D'où la nécessité pour les acteurs économiques de la ville de travailler en collaboration avec l'office de tourisme qui reste, souvent, le premier interlocuteur avec le touriste en lui fournissant à la fois la documentation sur les offres culturelles et les possibilités d'hébergement et de restauration.

Pour Alain Steinhoff, président de la fédération des commerçants de Metz, l'enjeu est d'inciter ceux qui iront visiter le Centre Pompidou à s'aventurer ensuite au centre-ville.230

Pour cela, la chambre de commerce et d'industrie de la Moselle a organisé des stages de langues pour les commerçants, des ateliers de traduction des menus pour les restaurateurs et lancé la création de guides et de répertoires touristiques. Cependant, on note toujours une difficulté des Français à parler une langue étrangère, qu'elle qu'elle soit. Globalement, ce sont assez peu de cartes qui sont à minima en 2 langues. Trop peu de serveurs font encore l'effort de parler dans la langue de leurs interlocuteurs. La ville compte beaucoup, il faut le dire, sur le tourisme pour redorer son image. En 2010, Thierry Dufossé, patron de l'Hôtel de la Citadelle (seul quatre-étoiles de la ville), estimait que le Centre allait lui permettre de « capter une nouvelle clientèle internationale». 231

Avec une surface d'exposition aussi importante et une proximité forte de l'euro-région, on
espère beaucoup de visiteurs étrangers. Metz- Francfort se fait désormais en 2h30 en

229 Cf. J.M Tobelem, Musées: gérer autrement. Un regard international, p.139.

230 Nicolas Bastuck et Claire Guillot « Le Centre sera-t-il une manne pour la région ? Les acteurs
économiques de Metz, et aussi les musées et les lieux de création de la grande région, espèrent profiter de l'arrivée de l'espace culturel », Le Monde Spécial Centre Pompidou-Metz, mardi, 11 mai 2010.

231 Ibid.

voiture, entre trois et quatre heures en train ; Metz- Sarrebruck nécessite environ une heure de trajet, la liaison ter liaison est régulière, de même que pour Metz - Luxembourg que l'on peut réaliser en quarante minutes. Bruxelles est à 2h30 de route. Comme le dit Laurent Le Bon, non sans humour,

« Metz n'est pas la Sibérie. Il faut seulement 84 min de Paris en TGV. D'ailleurs le reproche inverse peut être fait, d'être trop bien placé car trop proche de la gare et finalement l'aller-retour se fait dans la journée et les visiteurs n'iraient pas voir la ville de Metz. On a là un cas assez rare en Europe d'une institution aussi proche de la gare. Une des raisons de ce succès est la chance d'avoir cette disponibilité. »232

D'ailleurs, contrairement à ce que l'on aurait pu penser, 61% des visiteurs en provenance de la région parisienne passent une nuit à Metz et 55% de la totalité des visiteurs du Centre Pompidou-Metz se rendent en centre-ville pour consommer. 233 En outre, si les attentes des politiques et des conservateurs ambitionnaient d'accueillir des touristes étrangers, on peut s'étonner, car la fréquentation est française à 85%234,15% de visiteurs sont étrangers dont 32% viennent du Luxembourg, 21% de la Belgique et 20% d'Allemagne235.

Par nos observations physiques au cours de notre stage pour préparer la Nuit Blanche à Metz, on constate la présence, certes minoritaire, de quelques asiatiques et de quelques russes. En écoutant les gens parler, si l'on est peu étonné d'entendre parler l'allemand qui a toujours été une seconde langue avec le luxembourgeois à Metz, on peut noter la présence de plus en plus d'anglophones.

L'office de tourisme enregistre une progression des demandes de 62%, une hausse des visites guidées de 25%, La hausse de consultation du site web de l'office de tourisme s'élève à 72% et les produits de séjour (excursions, weekend) se sont vus multiplier par deux. 236 Le chiffre d'affaire des restaurants de la ville augmente de 5 à 30%. Comme l'annonce le site de la Chambre de Commerce et d'Industrie, il faut rester prudent car la restauration bénéficie plus que l'hôtellerie de l' « effet Pompidou ».

232 Interview Laurent Le Bon , réalisée le 16 février 2011, à Metz.

233 Centre Pompidou-Metz, Première bougie et nouveau souffle, Le journal des entreprises, vendredi 6 mai 2011.

234 Interview Laurent Le Bon, réalisée le 16 février, à Metz.

235 Marion Weber, « Centre Pompidou-Metz, un an déjà... »La plume culturelle, mardi 21 juin 2011.

236 Philippe Marque, « Metz tient son effet Pompidou », mercredi 11 mai 2011.

Le directeur de Novotel se dit par exemple satisfait :

« Nous avons ici une clientèle d'affaires très importante en semaine, mais depuis un an on voit une clientèle « loisirs » arriver dès le mercredi. »

Il constate également une hausse de rassemblements annuels de grandes sociétés. 237 Certains, estiment que tout le monde doit en faire plus :

« Quand Laurent Le Bon annonce 250 000 visiteurs pour la deuxième année, je trouve que ce n'est pas assez ambitieux par rapport aux 800 000 de la première année. Nous devons tous nous donner les moyens d'y croire pour que Metz soit à la fois une ville touristique et une ville d'affaires. »238

Metz pourra, à terme, devenir une ville d'affaires lorsque la construction de son palais des congrès sera achevée. Nous pouvons après ces considérations, tirer quelques conséquences en termes de symboles pour la ville.

237 Pascal Chauveau, directeur de l'hôtel Novotel interrogé par La Semaine, jeudi 19 mai 2011.

238 Christophe Duffosé, chef du restaurant Le Magasin aux vivres interrogé par La Semaine, jeudi 19 mai 2011.

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