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"patrimoine et musées; opportunités politiques, culturelles, économiques et touristiques au service des villes? Metz et l'arrivée du Centre Pompidou".

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par Mathilde Jannot
Paris Diderot-Paris 7 - Master 2 politiques culturelles 2011
  

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C. La ville carte-postale, effacer les stéréotypes pour en recréer
d'autres

Le patrimoine et les musées ont une valeur de contemporanéité239 (Gegenwartswerte) qui correspond au présent, aux valeurs d'usage et artistiques qui en sont faites. Un monument constitue l'emblème, ou l'un des emblèmes, de l'identité locale, l'image dominante dans la représentation de la destination. Si la cathédrale St Etienne de Metz était déjà l'un de ceux-ci, le Centre Pompidou-Metz en devient un. Mais le Centre Pompidou-Metz met également le riche patrimoine de la ville en avant. C'est un élément investi par la population qui lui procure un « sentiment d'appartenance "240, qui fait qu'elle se reconnaît comme telle, au travers de ce patrimoine identitaire. L'équipe du Centre Pompidou-Metz a d'ailleurs bien compris cette nécessité d'appropriation du patrimoine en venant faire chercher aux habitants une flèche « Centre Pompidou-Metz, c'est par là " et aux commerçants des autocollants : « Bienvenue au Centre Pompidou-Metz ". A ce titre Jean-Christophe Castelain en faisait état avant méme l'ouverture du site :

« Sur place, on se rend compte à quel point un tel équipement culturel peut avoir un effet d'entrainement sur l'image de la ville et, en retour, sur la fierté des Messins. Déjà ces derniers viennent le dimanche en famille observer l'architecture, très identifiable, sans être révolutionnaire, du bâtiment. »241

Certains habitants ont attribué des sobriquets au Centre Pompidou-Metz, le plus célèbre restant celui de la maison des Schtroumpfs. Ce n'est pas forcément mauvais signe, souvent les surnoms sont le premier signe d'adoption par les habitants.

On peut percevoir une certaine conscience du phénomène pour l'équipe du Centre
Pompidou-Metz qui, dans le cadre de Constellation, a fait des commandes
photographiques. La photo du « touriste " de Nicolas Pinier 242 illustre bel et bien

239 A.Riegl, Le culte moderne des monuments, Le Seuil, 1984.

240 Cf. M. Gellereau, « Mutations et stratégies de valorisation patrimoniale : les identités multiples des territoires ", p.26.

241 CASTELAIN, Jean-Christophe, « Centre Pompidou-Metz: Mise en bouche avant ouverture. ", L'OEil no. 616, Septembre 2009.

242 Cf. annexe 6.

l'appropriation préalable des habitants ainsi que la réussite touristique quasi assurée avant l'heure.

Ce patrimoine est constitué par sa valeur d'existence, c'est-à-dire la valeur symbolique que lui attribue la population (en termes d'identité, d'embellissement des lieux et de sens de l'histoire) 243. Une des caractéristiques du monument est qu'il a une action sur la mémoire. Cette mémoire est collective. La mémoire a besoin de repères spatiaux pour nous rattacher aux autres et par la même, retrouver des éléments du passé. Cette mémoire est aussi créatrice :

« [Elle] ne conserve pas le passé, mais elle le reconstruit à l'aide des traces matérielles, des rites, des traditions qu'il a laissés, et aussi à l'aide des données psychologiques et sociales récentes, c'est-à-dire avec le présent ».244

Il y a une « valeur de non-usage " attribuée au patrimoine à savoir la transmission du bien aux générations futures.245 Ce qu'Henri-Pierre Jeudy246 déplore car, on ne rêverait plus à l'époque suivante qu'en s'obsédant à lui léguer un patrimoine

La rentabilité d'un monument est objectivement mesurable par les chiffres, mais aussi par des retombées plus immatérielles, difficilement quantifiables. Il existe des « bénéfices non financiers " à savoir les bénéfices en termes d'image. 247 L'image est à la fois véhiculée par les médias mais aussi grâce au tourisme. Les hebdomadaires et les magazines de loisirs peuvent également être profitables à ce genre d'événements dans la mesure où ils peuvent, par une rubrique ou un supplément « voyage " inciter à des séjours autour des expositions.248 Désormais même Elle, Marie-France mais aussi des journaux plus sérieux parlent de Metz avec des articles comportant « 5 bonnes raisons d'aller à Metz ".

Par les flux qu'il va entraîner, l'arrivée de ce nouveau bâtiment va nécessairement avoir un impact sur les habitants. Outre leur participation endogène à l'événement que

243 Cf. V .Patin, op.cit, p.135.

244 Maurice Halbwachs, Les cadres sociaux de la mémoire, Paris, Félix Alcan, 1925. Collection Les Travaux de l'Année sociologique. P.160

245 Cf. V. Patin, op.cit, p.135.

246 Cf. La machine patrimoniale.

247 Cf. C. Origet Du Cluzeau, « Le patrimoine comme détonateur du développement local ", p.20-22

248 Cf. J.M Tobelem, Musées: gérer autrement. Un regard international, p. 138.

constitue l'ouverture qui peut leur conférer une certaine fierté confortée par un sentiment identitaire qui les fédère ; le métissage et les échanges résultant du tourisme peut leur donner (ou redonner) un regard neuf sur la ville et sur eux-mêmes. Ni le regard des touristes, ni celui des habitants ne sont neutres. Pourtant, là où le touriste découvre un élément spécial auquel il appose une valeur249, l'habitant y voit un élément anodin de son quotidien. Le touriste arrive chargé d'un imaginaire250 qui le conditionne par des représentations collectives - souvent idéalisées - ou personnelles du lieu. On pense ainsi à ce passage des villes invisibles, d'Italo Calvino :

« Pour ne pas décevoir les habitants, il convient de faire l'éloge de la ville telle qu'elle est sur les cartes postales et de la préférer à celle d'à présent, mais en ayant soin de contenir son regret des changements dans des limites précises : le voyageur doit reconnaître la magnificence et la prospérité de Maurillia251 maintenant qu'elle est devenue une métropole, si on les compare à ce qu'était la vieille Maurillia provinciale, ne compensent pas une certaine grâce perdue, laquelle cependant ne peut se goliter qu'à présent sur les vieilles cartes postales, tandis qu'auparavant, avec sous les yeux la Maurillia provinciale, on ne voyait qu'à vrai dire rien de cette grace, et on en verrait aujourd'hui moins que rien, si Maurillia était restée telle quelle, et en tout état de cause la métropole a cet attrait supplémentaire qu'au travers de ce qu'elle est devenue on peut repenser avec nostalgie à ce qu'elle était. »

En tout cas, une chose est sûre :

« Aujourd'hui, le Parisien sait que Metz existe, autrement que par son club de football. Dans cinq ans, il prononcera correctement le nom de la ville. Et dans dix ans, il l'aura visitée. »252

249 Ce que Nathalie Heinich (article « exposition dans Encyclopédie Universaelis) dénomme pour les expositions, la fonction esthétique.

250 Cf. J-Paul Seloudre, « Les fonctions du regard touristique. Peut-on parler d'une « médiation touristique » ? » pp.67-82

251 Calvino Italo, Les villes invisibles, Points, 1984, p.39.

252 Marion Weber, « Centre Pompidou-Metz, un an déjà... »La plume culturelle, mardi 21 juin.

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