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"patrimoine et musées; opportunités politiques, culturelles, économiques et touristiques au service des villes? Metz et l'arrivée du Centre Pompidou".

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par Mathilde Jannot
Paris Diderot-Paris 7 - Master 2 politiques culturelles 2011
  

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2. Rester conventionnel avec Chefs-d'f uvre ? ?

Toute exposition, qu'elle soit d'ailleurs permanente ou temporaire, nécessite de faire des choix, comme l'évoque Laurent Le Bon :

" Le problème du choix est au coeur du métier de conservateur : exposition, acquisition... (...) Eviter le piège l'exposition blockbuster, graal introuvable. »142

Pour Metz, il fallait pour l'ouverture, convaincre, autant les Lorrains que les Français et les pays limitrophes. Comme l'indique Coline Garre143, de nombreux Lorrains étaient sceptiques quant à l'arrivée du Centre Pompidou à Metz, dans la mesure où ils craignaient qu'il

" n'accueille que les « fonds de tiroir » des réserves de sa grande soeur parisienne, l'exposition d'ouverture, Chefs-d'oeuvre ? propose une réflexion sur la pertinence de cette notion ».

L'idée de se réinterroger sur la notion, son histoire et son actualité en proposant dans les quatre galeries un point de vue à adopter peut paraître judicieuse. Ainsi la Grande Nef présentait les « chefs-d'oeuvre dans l'histoire " en retraçant la nation à travers les siècles, la galerie 1 s'intitulait « histoires de chefs-d'oeuvre " en présentant ceux-ci à travers des histoires convergentes ; la galerie 2 dénommée « rêves de chefs-d'oeuvre " proposait de mettre en regard les musées et les oeuvres, enfin la galerie 3 questionne le chef d'oeuvre, à

141 HASKELL Francis, Le musée éphémère, Les maîtres anciens et l'essor des expositions, Paris, Nrf, Gallimard, 2002, p.188.

142 Laurent Le Bon, " Apostille ? " In Chefs-d'oeuvre ?, Editions du Centre Pompidou-Metz, Metz, 2010. p.533.

143 GARRE Coline, « Pour l'ouverture, la question des chefs-d'oeuvre ", La croix, 11 mai 2010, p.18

l'ère de la reproductibilité des images avec « chefs-d'oeuvre à l'infini ». L'exposition , si elle a d'abord bénéficié des préts du Centre Georges Pompidou avec 800 oeuvres144, constituant ainsi la plus grande opération de préts de l'histoire du Centre Pompidou, elle a pu disposer de nombreux prêts de musées régionaux et nationaux essentiellement et quelques-uns provenaient de l'étranger (Louvre-Abu Dhabi, MOMA de New York, Mudam Luxembourg et Fondation Gilles Caron en Suisse). Une vraie proximité avec les oeuvres, encouragée par la scénographie unique de chacune des galeries a été prônée. Laurent Wolf s'interroge avec justesse sur l'opportunité de l'exposition. 145

« Qu'est-ce qu'un chef-d'oeuvre? Le nouveau Centre Pompidou-Metz invite à réfléchir à cette notion à travers une exposition passionnante, mais pas totalement convaincante. Décrire l'histoire de l'art telle qu'elle se raconte à un moment donné? Adopter le point de vue des spécialistes qui voudraient entrer dans les détails ou celui de la plupart des amateurs qui souhaitent voir en vrai les peintures ou les sculptures les plus célèbres? Le Centre Pompidou-Metz a choisi de jouer cartes sur table avec le public et de le mettre face à ses propres inclinations. »

Un thème connu, reconnu facilement par le grand public, évoque déjà certaines images mentales.146 D'où peut-être une facilité du choix du thème que l'on pourrait reprocher aux organisateurs de l'exposition. S'agit-il d'une stratégie d'exposition que de redécouvrir un thème pour obtenir l'appui du public ? Peut on penser comme Laurent Wolf qu'il « s'agit d'amener le plus grand nombre de gens à la porte du musée et de leur signifier avant qu'ils ne la franchissent : vous avez raison d'aimer (...) » ? 147. Cela plaît d'autant plus aux visiteurs que la durée en est limitée - pour Chefs -d'oeuvre ?, l'exposition « 4 en 1 » était exceptionnellement et volontairement longue148- et qu'il « faut l'avoir vu » ou pouvoir dire « j'y étais ». Tout pousse ainsi les musées à investir pour des événements temporaires mais susceptibles d'exalter les foules.

144 Chefs d'oeuvres ?, dossier de presse, p.3

145 L.Wolf, « Chefs-d'oeuvre en stock », Le Temps, Samedi 15 mai 2010.

146 Cf. N.Drouguet, « Succès et revers des expositions-spectacles », Culture et musées n°5, juin 2005, pp.65- 88.

147 Cf. L. Wolf, « La vérité des grandes expositions. Critique et soumission à l'autorité », Etudes, 2003/2, tome 398, pp.229. Dans cet article Laurent Wolf fait référence à l'exposition Modigliani de 2003 au Musée du Luxembourg.

148 Presque un an et demi, de l'ouverture inaugurale le 10 mai 2010 à la fermeture de la galerie 2 le 12 septembre 2011 !

Laurent Le Bon s'interroge au fil de notre conversation :

" (...) il n'y a pas de collection permanente mais on a quand même la possibilité de puiser dans une collection permanente, je crois que c'est une formule qu'il ne faut pas jeter. Le rêve idéal serait d'avoir des visiteurs intéressés par les collections permanentes et que les musées soient pleins. L'époque fait que les gens préfèrent aller voir une oeuvre quand elle est dans une exposition temporaire que quand elle est à côté de chez soi, moi, je ne fais pas partie de ceux qui s'en plaignent ; je pense qu'il faut en tirer les conséquences pour faire des projets scientifiquement fiables et aller de l'avant. Ce qu'il faut, c'est être honnête et aller au bout de sa passion.»149

Contrairement aux années 1970 où parfois on profitait du public avec peu d'oeuvres et à la folie des expositions temporaires qui s'en est suivie, Laurent Le Bon établit un parallèle avec le cinéma, il y a des surprises : " Parfois il y a des expositions nulles avec un succès immense et des expositions géniales qui n'en ont pas. Une bonne exposition satisfait le public. Les gens ont été plutôt contents de Chefs-d'oeuvre ? »150

Le public a parfois été surpris de voir des chefs-d'oeuvre, proches de son lieu de vie, dont il ignorait l'existence ou qu'il ne pensait pas voir prétés au Centre Pompidou-Metz. Il fallait surprendre, ce qui a été fait, en montrant aussi de l'art ancien, exposé dans un lieu d'art contemporain. Une certaine façon de renverser la tendance actuelle avec l'art contemporain exhibé dans des lieux dits historiques ou anciens.

Selon Francis Haskell :

" L'impermanence de l'exposition suscite une excitation particulière, qui tient dans la conviction qu'il ne sera sans doute plus jamais possible de revoir ce qu'elle offre aux regards : une pièce venue des antipodes, une oeuvre d'une impénétrable collection privée, une comparaison entre tableaux ou la réunion

149 Interview Laurent Le Bon, réalisée le 16 février à Metz.

150 Ibid.

de diverses oeuvres. Peut-être est ce la dernière chance, qu'il n'est pas question de laisser échapper. »151

L'avant-propos du dossier de presse de l'exposition le manifeste très clairement :

« Chefs-d'oeuvre ?, en rassemblant une sélection rare et exceptionnelle d'oeuvres majeures, certaines très rarement prêtées, donne à voir le meilleur de cette extraordinaire collection. »152

Par ailleurs, on connaît l'enjeu de mise en oeuvre d'expositions. Elles ont un coüt de réalisation élevé de par la sécurité et les frais d'assurance nécessaires. De fait, il est préférable pour les institutions organisatrices de bénéficier d'un retour sur investissement, tout au moins de couvrir les frais engagés153. Cette stratégie peut infléchir sur les décisions politiques, budgétaires notamment en choisissant d'abord des thèmes classiques. D'où le phénomène d'expositions « blockbusters » évoqué, expositions aux titres suggestifs, faisant référence aux ages d'or et aux trésors qui vont capter l'attention du public, comme des financeurs qui veulent investir dans des valeurs sûres. Le déplacement exceptionnel d'une oeuvre constitue parfois à lui seul l'événement. 154 Pour Chefs-d'oeuvre ?, plusieurs oeuvres « valaient le déplacement » comme le Magasin de Ben, les décorations de Delaunay155 pour l'exposition internationale de 1937, La tristesse du roi de Matisse, Precious Liquids de Louise Bourgeois... par leurs dimensions, leurs formes, leur importance dans l'histoire du gout et de l'esthétique ; méme si l'on comptait plusieurs centaines de chefs d'oeuvres. En 2012, le Rideau pour le ballet « Parade » de Picasso datant de 1917156 ouvrira le bal et fera à lui seul l'événement, car il pourra contribuer à l'attraction de visiteurs. On peut en effet penser qu'il y a de la part de l'équipe un certain contentement en présentant des oeuvres de manière événementielle, au sens où nous l'avons défini plus haut.

151 HASKELL Francis, Le musée éphémère, Les maîtres anciens et l'essor des expositions, Paris, Nrf, Gallimard, 2002, p.212

152 Dossier de presse, Chefs-d'oeuvre ? , p.3

153 Cf. V. Patin, Tourisme et patrimoine, p.44.

154 Cf. R. Rapetti « L'exposition-événement », pp.55-65, GALARD Jean (dir.), L'avenir des musées, Editions de la RMN, Paris, 2001.

155 On invite le lecteur à regarder l'annexe 3, la photo 10 reflète les décorations de Delaunay.

156 Ce rideau de scène, oeuvre majeure de Pablo Picasso, n'a été exposé que dix fois ces cinquante dernières années. La toile monumentale, de 10,50 mètres sur 16,50 mètres, d'un poids de 45 kilos, fut peinte pour le Ballet Russe Parade, présenté au Théâtre du Châtelet en 1917.

Ainsi, d'une façon virulente, Alex Coles157, dénonce la facilité de l'exposition Chefsd'oeuvre ?

" In other words, the inaugural exhibition in the new Pompidou is nothing more than a redisplay of all the recognized masterpieces in their collection, with a few additions. (...) After all, it is a fantastically rich collection and the museum needs to attract visitors to put its new building on the map, but the present display does it a complete disservice. »158

On peut tout aussi bien penser qu'il s'agit de se ranger dans la lignée du grand frère parisien avec une volonté prospective de marquer les esprits, de faire date, comme l'indique l'avant propos du dossier de presse de l'exposition :

" Notre voeu le plus cher est que cette première exposition fasse date, dans l'histoire du Centre Pompidou-Metz, comme l'exposition Paris - New York marqua l'année d'ouverture du Centre Pompidou en 1977, mais aussi la vie de tout un territoire en offrant à une population transfrontalière une manifestation culturelle de la plus haute qualité. »159

Il nous semble intéressant, de nous pencher désormais sur les visiteurs du Centre Pompidou-Metz. En effet, ceux-ci sont dûment mentionnés à de nombreuses reprises dans la loi pour apparaître au coeur du dispositif muséal: "Lorsque la conservation et la présentation au public des collections cessent de revêtir un intérêt public, l'appellation "musée de France" peut être retirée par décision de l'autorité administrative, après avis conforme du Haut Conseil des musées de France. »160 En outre, un sous-titre est réservé, exclusivement à l'accueil des publics. 161

157 Alex Coles, Centre Pompidou-Metz, Art monthly, juin 2010, p.35.

158 Traduction personnelle proposée : « En d'autres termes, l'exposition inaugurale du nouveau Pompidou n'est ni plus ni moins qu'un réaccrochage des chefs d'oeuvre reconnus de sa collection, avec quelques additions. Après tout, c'est une collection exceptionnellement riche et le musée a besoin d'attirer des visiteurs pour inscrire son nouveau bâtiment sur la carte, mais l'accrochage actuel la dessert complètement. »

159 Dossier de presse de Chefs- d'oeuvre ?, p.3.

160 Code du patrimoine, Titre IV, Chapitre 2, article L.442-3.

161 Code du patrimoine, Titre IV, Chapitre 2, Section 3, sous-section 1, article L.442-6 et L.442-7.

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