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Contribution à  l'étude de la niche écologique de la Cigogne blanche Ciconia ciconia L. , 1758 (Aves, Ciconiidae ) et du Héron garde- boeufs Bubulcus ibis L. , 1758 (Aves, Ardeidae ) dans la région de Batna


par Naoual BOUKHTACHE
Université El Hadj Lakhdar Batna Algérie - Magister en agronomie 2008
  

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5.2- Statut bioécologique du Héron garde-boeufs

Depuis le début du XXème siècle, le Héron garde-boeufs est une espèce en pleine expansion tant par l'évolution de son aire de répartition ou par l'augmentation locale de ses effectifs (SIEGFRIED, 1978 ; BREDIN, 1983 ; KUSHLAN et HANCOCK, 2005).

Selon SI BACHIR (2007), le Héron garde-boeufs est une espèce en pleine expansion en Algérie, tant par son aire de répartition que par la dynamique de ses populations. Ce dernier auteur rajoute qu'en moins de 30 années, l'aire de nidification de l'espèce a connu une expansion de près de 2° de longitude vers le sud.

Le Héron garde-boeufs, est à installation récente dans la région de Batna. L'enquête que nous avons mené sur l'historique d'installation du garde-boeufs dans cette région, révèle que l'espèce est sédentaire et se reproduit dans cette région depuis l'an 1995. Les premières régions colonisées sont celles d'Ain Touta en 1995, de Ras Layoun en 2000, de Merouana, d'El Madher et de Tazoult en 2002 et de N' Gaous en 2003. Le Héron garde-boeufs se manifeste dans la région par deux populations, l'une migratrice hivernante qui séjourne d'octobre jusqu'en mars et l'autre sédentaire nicheuse.

L'importance des effectifs tant hivernants que nicheurs de B. ibis durant ces dernières années est révélée par le nombre important de dortoirs et de colonies recensés, qui est actuellement estimé à 16 dortoirs et à 10 colonies.

La période de reproduction de B. ibis dans la région de Batna s'étale sur un peu plus de 4 mois. Sa reproduction est fortement conditionnée par les conditions climatiques et les différentes phases de nidification connaissent des variations locales.

Une multitude de milieux d'alimentation est fréquentée par l'espèce : les bordures d'eaux usées, les prairies, les friches, les labours, les cultures basses, les immondices, les prairies inondées, les dépôts de fumier, les déchets d'aviculteurs et les milieux fauchés.

Le bol alimentaire du héron garde-boeufs est très diversifié, composé par une grande variété de proies tant invertébrées que vertébrées. Son alimentation est composée essentiellement de coléoptères, d'orthoptères, d'hyménoptères et de dermaptères. Les familles de proies les plus prisées par l'espèce sont les Formicidae, les Caelifera ind., les Acrididae, les Carabidae, Labiduridae, les Harpalidae, les Pterostichidae, les Scarabaeidae et les Gryllidae.

5.3- Facteurs de menace et de mortalité des deux modèles biologiques étudiés

La Cigogne blanche et le Héron garde-boeufs sont exposés à plusieurs facteurs de menace qui aboutissent parfois même à la mortalité des deux espèces pendant les différentes étapes de leur développement (oeufs, poussins, adultes). Ces facteurs sont principalement de deux types : naturels et anthropiques.

Parmi les facteurs dus à l'homme, nous citons :

- Risques de brûlures dans les décharges publiques (Annexe, photo 5) ;

- Risques d'intoxications lors des prises d'eau ou de l'alimentation dans les cours d'eaux polluées par les déversements des eaux usées industrielles et urbaines ;

- Collision et électrocution après contact avec des câbles électriques de haute et moyenne tension (Annexe, photos 11 et 12) ;

- Risques d'intoxications par les produits phytosanitaires, notamment que les deux espèces étudiées fréquentent les milieux agricoles par prédilection.

- Perte des habitats favorables à cause de l'aménagement des zones humides par drainage, ce qui a pour conséquence une réduction des ressources en alimentation dans les milieux naturels pour les deux échassiers étudiés (exemple chott Djendli).

- Remplacement des toitures traditionnelles en tuiles par des dalles et abattage des grands et vieux arbres servant de supports aux nids de la Cigogne blanche.

Parmi les facteurs naturels, nous citons :

- L'effet des conditions climatiques notamment les périodes de sécheresse prolongées et qui coïncident majoritairement avec la période de reproduction des deux échassiers étudiés.

- Les maladies liées à des agents pathogènes différents (Annexe, photos 14 et 15). Des ectoparasites hématophages sont signalés sur des poussins de cigognes et de hérons (FERRAH, 2007 ; BEGHORA et DJEBIR, 2008).

- Prédateurs des oeufs et des poussins aux nids (chats, reptiles). 5.4- Intérêt environnemental de C. ciconia et B. ibis

Les oiseaux ont un intérêt particulier par leur situation dans le sommet des pyramides trophiques. Connaître l'écologie trophique de deux échassiers de la région de Batna contribuera à une mise en évidence de biocénoses notamment celles des insectes apportant un intérêt agro-écologique pour la région.

De point de vue agronomique, nous distinguons trois catégories de familles d'insectes consommés par la Cigogne blanche et le Héron garde-boeufs. Il s'agit des insectes phytophages nuisibles, des insectes prédateurs utiles et des insectes qui paraissent indifférents, mais qui ont un intérêt écologique dans les agrosystèmes.

Parmi les familles d'insectes nuisibles, nous citons des hétéroptères suceurs de sève telles les Pentatomidae et les Geocoridae. Nous avons identifié le genre Aelia dans le régime alimentaire de la Cigogne blanche, à qui appartiennent certaines punaises ravageuses de céréales qui piquent les feuilles et les grains laiteux notamment ceux du blé.

Il y a lieu également de noter la prédation des deux échassiers sur des proies insectes ravageurs des céréales et des cultures maraîchères tels les Tettigonidae, les Gryllotalpidae et les Gryllidae. Mais ces familles sont d'une importance économique secondaire comparées aux familles appartenant au sous ordre des Caelifera, telle les Acrididae qui causent des dégâts considérables aux diverses cultures.

Parmi les proies appartenant à la famille des Formicidae, nous notons l'espèce Cataglyphis bicolor qui est une espèce protégée. Nous signalons aussi Messor barbara, fourmi des moissons et Tapinoma simroti. Cette dernière espèce cause des dégâts aux cultures indirectement en défendant les colonies des pucerons dont elle utilise le miellat et en dissuadant, à cet effet, les coccinelles, meilleures prédateurs des pucerons.

Les familles des Cicindellidae, des Carabidae, des Nebriidae, des Scaritidae, des Licinidae, des Harpalidae et des Pterostichidae appartiennent toutes à la super famille des Caraboidea et entre en partie dans la composition du régime alimentaire des deux oiseaux

étudiés. En sus des Mantidae, et des Coccinellidae, toutes les espèces appartenant aux familles citées plus haut sont carnassières et sont d'une grande utilité agricole. Les adultes et les larves des ces groupes se nourrissent de larves, de chenilles et même des adultes d'insectes nuisibles.

Parmi les familles considérées indifférentes à l'agriculture, nous citons les Labiduridae et les Forficulidae de l'ordre des dermaptères, les Dytiscidae, les Hydrophilodae et les Histeridae de l'ordre des coléoptères. Par exemple, de la famille des Scarabaeidae, les insectes appartenant aux genres : Copris, Gymnopleurus, Scarabaeus, Onitis, Bubas, Onthophagus, Geotrupes et Aphodius sont des coprophages et ont, de ce fait, un rôle important dans le recyclage des bouses et des crottes, ce qui enrichit le sol agricole en matières organique. Cependant, au stade larvaire, certains Scarabaeidae ont des larves phytophages qui vivent aux dépens des racines de divers végétaux et sont, a cet effet, parfois très nuisibles aux cultures maraîchères et aux pépinières.

Il est utile de signaler aussi que l'inventaire réaliser pour avoir une idée sur les proies potentielles dans trois types de gagnages, comporte des espèces qui ne sont pas détectées dans le régime alimentaire des deux échassiers, exemple des annélides et de larves de lépidoptères et de diptères. Beaucoup d'espèces échappant aux pièges installés, n'échappent pas aux becs de C. ciconia et de B. ibis comme les Dytiscidae, les Hydrophilodae et les Staphilinidae. Ceci met l'accent sur l'importance des études concernant les régimes alimentaires des oiseaux insectivores dans l'approfondissement des connaissances sur la biodiversité.

La Cigogne blanche et le Héron garde-boeufs sont, de ce fait, d'un intérêt agroécologique certain. Chacune occupe une place importante dans les maillons trophiques et a des fonctions dans les cycles biogéochimiques. Elles permettent à la fois de maintenir l'équilibre de la dynamique de certaines espèces et de limiter la pullulation de certains groupes ravageurs de cultures.

Outre cet intérêt agronomique et écologique que présentent les deux espèces étudiées, il est à signaler l'importance des deux échassiers en tant qu'indicateurs biologiques des écosystèmes fréquentés :

- Les variations apparaissant dans le cycle biologique et la dynamique des populations de ces deux échassiers, pourraient se révéler comme des témoins des changements globaux de l'environnement, les changements climatiques en particulier.

- La fréquentation de plus en plus importante des milieux anthropiques créés par l'homme révèle de nouvelles adaptations des deux espèces qui exploitent ces milieux mais avec des

risques de véhiculer des maladies et leurs agents pathogènes, risques pour l'Homme et pour d'autres espèces.

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