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Pour quelle(s ) histoire(s ) d'être(s ) ? Associations 1901, inter relations personnelles et interactions sociales, un art de faire

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par Jean- Marc Soulairol
Université Lumière Lyon 2  - Diplôme des hautes études des pratiques sociales D. H. E. P. S.  2002
  

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2.2.3 Du rapport à la relation sociale

Il nous paraît utile, ici, d'apporter quelques précisions méthodologiques en notant que la relation de face-à-face que nous venons d'analyser était désignée par nos interlocuteurs avec des mots peu clairs et précis lors des entretiens. Elle a été essentiellement caractérisée par l'emploi d'expressions périphériques : "tout le monde amène des idées, défendre son idée, le ton monte, le lendemain c'est fini, on laisse débattre"295(*), etc. Ces expressions semblent indiquer des valeurs : le débat démocratique ("on laisse débattre"), la liberté d'expression ("Je peux exprimer soit mon accord, soit mon désaccord"). Dans un même temps, elles semblent indiquer des possibles de projets296(*) ("amène des idées") et de communications sociales ("on laisse débattre", "ça a été entendu") ; quelquefois créatives de liens et de motivation ("le désir de construire ensemble a toujours été là").

9è entretien « Y'a tout un foisonnement... et une ouverture je sens qui est prête, quelqu'un viendrait dirait, moi j'ai envie de créer un Club comme çà, et de réunir des gens, bon, euh... ce serait accepté. Alors, cette ouverture me plaît beaucoup... » (l.372)

De même, le recours à certains mots communs (l'amitié, l'ambiance, la convivialité, ...) semblent traduire la manière d'être avec, d'agir avec, de se tenir dans, d'appartenir au "système" en tant qu'acteur social. Par exemple :

1er entretien « Justement parce-que il y a une bonne ambiance, une bonne entente, il s'y passe de bonne amitiés. » (l.148)

7è entretien « Pour moi, convivialité, donc déjà donc, on s'connaît, on va dire pratiquement tous, ben, ceux qui viennent souvent, donc on se connaît tous. Euh... ben convivialité c'est quoi ? Donc, c'est se rencontrer, discuter, ch'ais pas, donc, euh...bavarder un p'tit peu » (l.122)

Quelquefois, un membre explique ces mots par des faits :

9è entretien « L'amitié, c'est au-delà... d'un service, par exemple sur l'informatique, [...] ou d'un échange de service, c'est arriver... à des liens beaucoup plus profonds où on se parle... on se confie mutuellement les problèmes qu'on peut avoir et où on essaie de mieux comprendre, de mieux, [...] se comprendre mutuellement. s'entraider, c'est créer un lien unique ! » (l.101)

En relevant ces mots et expressions nous avons pu sonder deux manières dont les membres semblent être en relations et interagir :

Ø le membre en relation avec les autres, dans l'association,

Ø le membre en relation avec les membres de sa branche (du micro-groupe),

2.2.3.1 Je suis en relation avec les autres hors de ma branche :

L'instant cigarette ou café semble servir de cadre privilégié et de support à l'échange d'informations, au partage d'expériences, à la confrontation interpersonnelle, comme support à la détente, à la rencontre et à l'équilibre relationnel des membres :

7è entretien « On raconte des blagues, on boit un petit café, on fume une cigarette, [...] ...On se chambre un p'tit peu, on... » (l.685)

Plus que l'instant cigarette ou café, c'est l'ensemble du temps passé au Compu's Club qui peut-être salutaire pour certaines personnes. Par exemple répondre à une solitude...

7è entretien « au tout début, donc quand j'étais marié, j'étais venu [...] ma femme, elle était pas là, [...] ça permettait, donc, en fait de, de soulager la solitude. » (l.1045)

...voire une ré-appropriation de la capacité à s'exprimer. Ainsi, JK (57 ans) connu pour ses problèmes de communications (il est introverti) restait très secret sur sa vie personnelle. Le membre interviewé au cours du neuvième entretien nous informe avoir réussi à "enclencher" une relation :

9è entretien « Quand j'arrive, on se fait la bise, et puis j'ai L. (7è entretien) qui m'embarque pour me dire que lui, il a fait des expériences, qu'il voudrait bien m'entraîner avec lui, donc, il y a quand même quelque chose qui passe... Euh... y'a JK, qui, qui est arrivé à me dire où il habitait, (rires) à travers milles circonvolutions parce-que c'est son problème. » (l.291)

Ce temps semble constituer, aussi, un "sas de décompression"...

3è entretien « Alors moi au Club la première chose que je fais en rentrant c'est boire un café. Etant donné que j'ai pas eu le temps de prendre le temps de m'asseoir et de souffler un peu, de discuter avec des gens qui me parlent pas tout le temps boulot. Et pi, euh, et pi voir des gens, surtout avec le sourire en rentrant ça fait tellement plaisir. » (l.474)

8è entretien « Aujourd'hui, le Club, pour moi, ce serait des instants [...] de détente... [...] des récréations, en fait. (silence) Ouais, pour moi, ce serait plutôt, voilà, des récréations. » (l.138) « Ben, j'aime, j'aime beaucoup le Club parce-que comme je dis c'est de la récréation et pour, pour moi la récréation ça a toujours été très important parce-que... enfin... je sais pas si tu te rends compte, au, au, au bahut... mouais, c'est vrai que c'est, peut-être, un peu trop fort. parce-que quand on est au bahut, tu vois, les récréations c'est peut-être ce qu'on attend le plus. Finalement. » (l.150)

...facilitant la coupure avec la vie professionnelle pour doucement basculer dans un autre espace, d'autres relations de camaraderie, d'amitié, ... :

9è entretien « Comment définir l'amitié à travers ce que je vis ? C'est toute cette chaleur, ce lien de plus en plus étroit, qui nous unit à l'autre. » (l.111) « Je crois que c'est à travers le déménagement. [...] j'étais absente... mais... lorsque j'ai vu tout le travail pour aménager le nouveau local, tout ce foisonnement de personnes que je ne connaissais pas... je vois Jc (5è entretien, ndlr) arriver pour une réunion, et on lui a dit : « Dis tu branches », bon, allez pof, il a quitté là le blouson, il est monté sur la table, il a fait un branchement électrique. Y avait A. (1er entretien), par exemple, que je ne connais pas du tout, tout souriant, qui était là, enfin, quand j'ai vu tout ce travail... cette ruche... ça m'a quand même beaucoup impressionnée. J'ai vu qu'à travers les différentes activités, il y avait un lien... » (l.247)

Quelle relation entre cohésion de l'association et communication ? Il semble exister un minimum de règles tacites néanmoins non transgressées comme le civisme :

1er entretien « ...moi je pense que tant qu'il y a justement la correction et le civisme entre les personnes y aura aucun problème... » (l.433)

9è entretien « ...Y'en a beaucoup d'autres qui sont véhiculés : d'honnêteté, de justice, de sens social. » (l.481)

Cette intégration du membre au sein de l'association par un code d'action commun semble se faire simplement, progressivement, avec beaucoup de patience :

1er entretien « Chacun a son caractère. Donc déjà, euh, pour faire partie d'une association il faut mettre un peu d'eau dans son vin. » (l.166) « le bon point à mon avis la tolérance, y a le contact, les discussions qui sont vraiment possibles. » (l.451)

3è entretien « Au Club c'est justement [...] un petit nombre de personnes qui fait preuve de la plus grande amabilité et qui essaye d'oublier... on peut dire leur phobie ou leur répugnance à voir des gens qui sont pas comme eux, pas normaux [...] on fait appel au coeur des gens au Compu's. » (l.439)

La valorisation de l'individu paraissant croître avec la centralité de sa position.

6è entretien « Je me sens écouté. [...]Mais bon le Club en rajoute. » (l.755)

9è entretien « J'ai proposé d'être un lien à l'intérieur du Club. » (l.160)

C'est dans ces situations de valorisation de l'individu qui s'expriment par des participations et des prises de responsabilités que semblent pouvoir émerger de nouveaux rôles sociaux.

7è entretien « J'ai une fonction, je suis secrétaire adjoint. j'ai une responsabilité en fait... [...] au début, j'étais administrateur, [...] y'a deux ans. [...] c'était pas évident, parce-que moi je pensais que, en étant administrateur, [...] y'avais des contraintes, en fait, y'en avait pas, [...] j'avais peur que ça me prenne, que ça me, que ça présente des contraintes.[...] après, je me suis dit : « Bon, ben tant pis, je me lance, on va voir ce que ça va donner ». (l.244)

3è entretien « Ce qui m'a fait prendre des fonctions c'est de dire, euh, "y a des choses qui méritent qu'on y fasse un peu plus attention" et euh, il faut aussi donner un coup de main à ceux qui s'investissent beaucoup. Ça permet, en fait, de pas se reposer mais de prendre un peu de recul et puis de mieux comprendre. C'est vrai que quand on regarde les choses d'un point de vue extérieur on comprend les choses de suite. On voit tout de suite là où est problème mais quand on est dedans on a des fois la vue obturée par des problèmes de fonctionnement et on voit pas l'essentiel, c'est-à-dire le problème des gens, c'est pas instantané, quoi. » (l.420)

C'est par le rôle acquis que ses relations prennent du sens.

3è entretien « L'association, pour moi, c'est presque un monde parfait en fait parce-que y a pas de contrainte [..]Personne impose sa volonté. Bon, on a quand même des dirigeants mais... c'est la liberté ! » (l.161)

5è entretien « Je pense, que si les gens veulent créer une branche, y a pas de problème au niveau du Club. Puisque nous on l'a fait au niveau de la Bourse, d'autres personnes peuvent le faire pour d'autres branches. » (l.809)

7è entretien « Y'a une bonne ambiance, [...] on rigole, [...] on s'fait plaisir, [...] on fait les réunions, [...] on vient, on est cool, tranquille, et puis voilà. » (l.232)

Sens, qui quelquefois exprime une contradiction : l'autonomie de la branche et en même temps la dépendance à l'association.

3è entretien « La plupart du temps la Branche essaye de devenir autonome, étant donné qu'elle veut pas astreindre le noyau de l'association avec des frais inutiles. » (l.334)

7è entretien « Oui, autonomes [...] et non, bon c'est vrai que ça reste toujours Compu's Club. » (l.298)

9è entretien « Elle est autonome, oui ! [...] Et ben, quand on est dans le, d'abord on dispose d'une, d'une salle. On se réunit. Nous, nous créons nos objectifs, euh... nous nous sommes structurés lors de la dernière réunion... On défini un travail, on le suit pas toujours, mais enfin, on essaie... » (l.394)

* 295 Voir p. 90 les propos du premier entretien.

* 296 Pour Jean-Pierre Boutinet le projet pourrait se réduire au terme de préoccupation. « Cette préoccupation a trait à l'effort perpétuellement recommencé par les individus et les institutions pour échapper à la fatalité en conférant un sens à leurs entreprises » Boutinet, Jean-Pierre, Psychologie des conduites à projet, Puf, coll. Que sais-je, 1999, p.3.

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