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Pour quelle(s ) histoire(s ) d'être(s ) ? Associations 1901, inter relations personnelles et interactions sociales, un art de faire

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par Jean- Marc Soulairol
Université Lumière Lyon 2  - Diplôme des hautes études des pratiques sociales D. H. E. P. S.  2002
  

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CONCLUSION GÉNÉRALE

Notre observation des adhérents-individus du Compu's Club, association informatique, nous a fait nous interroger sur le fait que certains parvenaient à changer. Dès lors qu'un adhérent créait, s'engageait ou participait à un projet de branche nous observions un mieux être, un mieux vivre que parfois il énonçait lui-même. Nous connaissions le fonctionnement de cette association informatique depuis sa création et ses adhérents depuis plusieurs années. Nous savions que l'organisation de cette association était axée sur l'autonomie de ses branches ; et ses fondements, sur la valorisation de l'individu. Néanmoins, pour une compréhension raisonnée du phénomène observé, il nous fallait identifier avec précision ces changements afin de les analyser et découvrir quelles en étaient les clefs et les mécanismes.

Nous souhaitions donc aborder les changements de l'individu-adhérent dans ses rapports aux autres dans une contingence. Pour y parvenir, nous avons fait l'examen de ce qu'on entend de l'individu pour éclairer les présupposés. Ainsi, nous avons procédé à une recherche bibliographique sur le sens de l'individu aujourd'hui, ce qu'il est, ce qu'il produit, ses particularités, ses caractéristiques, ses valeurs, son (ses) identité(s), ses représentations, ses façons de faire. Ce fut l'occasion de formuler des repères en abordant le concept de configuration (les interrelations, les interdépendances) et les processus de représentations, de présentations sociales, d'identification et de façons de faire ou d'être d'un individu au moment du changement observé. Nous avons retenu que les représentations sont des modalités de pensée intériorisées, la présentation de soi appelle aux jeux des apparences dans la relation aux autres, l'identification signifie une socialisation et les façons de faire ou d'être supposent l'existence d'un usage singulier du faire, être, penser.

Nous avons alors émis l'idée selon laquelle plus un individu use de manières de faire dans une configuration plus il change. Cette hypothèse pose l'individu dans ses relations à l'autre, avec les autres (configuration). Mais surtout elle met en jeu des possibles de jeux, de mise en scène de l'individu dans ces relations (usage de manières de faire) permettant sa singularité. Ce qui a orienté d'emblée le travail de compréhension du phénomène dans deux directions complémentaires : l'association vue en tant que configuration et l'adhérent vu en tant que producteur de manières de faire, d'être, de penser singulières. L'enjeu étant d'appréhender les mécanismes de ce qui joue, se joue ou a joué dans le changement apparent. Les termes clefs de cette hypothèse (individu, configuration, manières de faire) nous a permis de construire et définir un modèle d'analyse devant servir à notre enquête. Ainsi, le premier objectif de la première partie a consisté à dégager et à cerner la dynamique qui s'établissait entre l'adhérent et son changement, ainsi que ce qui le singularisait.

Pour appréhender les raisons du changement de certains adhérents nous avons tenté de décrire les relations et les dépendances qui pouvaient exister entre le parcours individuel du membre avant son adhésion et sa participation actuelle. C'est à dire, nous avons cherché à relever si la trajectoire sociale de l'adhérent, son histoire familiale, sa situation professionnelle pouvaient être des raisons de son changement. Les entretiens ont présenté le passage d'un état premier vers un autre état sous-entendant une amélioration, c'est-à-dire un changement mesurable dans le temps et la durée. Si nous avons pu analyser des parcours différents, particuliers d'un membre à l'autre, nous avons surtout pu repérer une raison commune à leur changement : la rupture sociale. Ce qui nous a permis de connaître ce qui les a poussé à adhérer et ce qui les fait rester ou démissionner, avec des possibles de comparaisons entre les participants. Deux aspects principaux se sont démarqués de l'ensemble des interviews : une similitude des comportements à la relation interpersonnelle et une perception individuelle de l'environnement de l'association.

Que peut-on toutefois retenir de leur changement ? Si le changement est le passage d'un état vers un autre, il est aussi le passage d'une situation présente, souvent insatisfaisante vers une situation future, désirée et espéré plus satisfaisante. Confronté à leurs situations de ruptures, les adhérents témoignent de plusieurs réactions possibles face au changement. En voici trois :

û Une première réaction consiste pour celui ayant perdu confiance en ses capacités de ne pas s'engager dans un projet de branche, évitant ainsi une nouvelle situation qui peut être appréhendée comme contenant un échec potentiel et représenter une nouvelle menace pour son équilibre personnel.

û Une deuxième réaction est pour l'adhérent de ne pas s'engager dans un projet de branche qui pourrait le placer dans une position d'ambivalence par rapport à des habitudes intériorisées de comportement, à des manières d'agir et de penser.

û Une troisième réaction est pour l'adhérent la mobilisation de ressources symboliques lui permettant de transgresser ses déterminismes antérieurs et de s'engager dans un projet de branche. Ces ressources symboliques se situent au niveau de l'identité et de l'image de soi. L'identité et l'image de soi ne sont pas figées mais évoluent au fil des interactions sociales et des expériences qu'il vit. Ce qui lui donne une dimension d'acteur. En usant de cette image de soi, l'adhérent peut dépasser ses représentations et les préoccupations de cette image de soi pour poser un acte qu'il juge important ; une manière de faire.

L'aspect dynamique du changement est donc l'idée d'un processus, d'un devenir, d'une progression qualitative de la vie. On peut donc voir le changement comme une amélioration continue d'un état d'être rendue possible par ce qui a joué, joue et se joue chez l'adhérent.

Par ailleurs, les configurations Compu's Club participent du développement de ses adhérents. En effet, en tant qu'équilibre de tensions, elles sont les « figures globales toujours changeantes que forment les joueurs ; elles incluent non seulement leur intellect, mais toute leur personne, les actions et les relations réciproques. »487(*) Ainsi, l'enquête nous a fourni ce que les configurations en questions avaient de particulier. C'est-à-dire, non seulement leur composante éthique, leurs incitations à la motivation et à l'engagement, mais aussi les dépendances réciproques des interactions et des relations interpersonnelles. En quelque sorte, les configurations Compu's Club sont des incitants au changement, à la transformation de soi à soi et de soi aux autres et visent l'obtention d'une qualité de vie meilleure. En d'autres termes, elles sont les cadres conformés d'une amélioration de l'état d'être de l'adhérent. Cette vue d'ensemble permet de prendre conscience de l'importance de chaque élément. C'est-à-dire, les adhérents se voient progresser ; le fait de trouver une structure et d'en user, donne l'impression que satisfaire des besoins-aspirations est réalisable. En effet, si la configuration peut servir de cadre de base aux interrelations, elle offre surtout la possibilité d'en user de manière singulière pour répondre aux attentes de chacun et de tous. Une configuration construite et modifiée par tous donne du sens aux comportements de chacun. Construit par tous et par chacun en une incessante interaction. Ici, chacun est quelque part obligé de fabriquer ses présentations de soi en adéquation de la configuration de telle sorte que l'image produite soit vue positive par le micro-groupe. Mêmes les adhérents les plus réservés jouaient de la configuration. La motivation se trouve chez chacun d'eux. Au début, certains adhérents ne s'investissaient pas, et puis, ils ont pris, petit à petit, confiance en eux et ont fini par s'impliquer et prendre des responsabilités. Bref, cela autorise l'appropriation de la configuration. Celle-ci a pris du sens pour eux. Ils la sentent, ils la vivent dans une ambiance de responsabilité et de satisfaction (sinon, il ne restent pas). Ici, la configuration donne les moyens, est le cadre pour y parvenir. Cela leur a permis une ouverture d'esprit, le développement d'une amitié bienveillante, une solidarité et une tolérance vis-à-vis de la compréhension de chacun. Ce n'était plus un adhérent qui se débat seul, mais ensemble, ils construisaient leur satisfaction de besoins-aspirations individuels. Si le produit est collectif, néanmoins chacun peut rester créatif et faire ce qu'il veut. Cela laisse une place à la différence. Chaque adhérent peut trouver cette place, sa place. Cela nous confirme que rien n'est jamais joué d'avance dans la trajectoire d'un individu et que l'homme n'est pas réductible à un groupe (ses appartenances), bien que sous certains aspects, il est conforme aux caractéristiques propres à ce groupe. Chaque individu progresse ou régresse selon son propre contexte particulier.

Dans ces configurations, lorsqu'un adhérent prend part aux dynamiques relationnelles, un ensemble de comportements interactifs caractéristiques a été noté. Ces comportements sont la conséquence de ses attentes et du sens qu'il leur donne. Il use alors, selon les circonstances, de tactiques ou de stratégies. Le comportement relevé en premier lieu chez les personnes interviewées est une stratégie d'adaptation par une présentation de soi circonstancielle afin d'attendre un but. En deuxième lieu, ils manifestent une série d'ajustements tactiques pour donner ou conserver une image positive de soi au regard des autres, sa place. L'analyse du processus d'interaction dévoile que tous les adhérents sont influencés par la présence des autres. Chacun d'eux ajuste son comportement et utilise des stratégies et des tactiques distinctes. En somme, lors des relations interpersonnelles, les interactions assurent les manières de faire interprétées. Quant à la forme de ces interactions, notre enquête établie que les situations sont configurationnelles. C'est-à-dire que les adhérents sont mutuellement dépendants les uns des autres pour répondre à leurs besoins-aspirations respectifs. L'usage singulier par un adhérent des circonstances créées par les dynamiques relationnelles est aussi semblable que pour n'importe quel autre adhérent. L'expression de cette singularité se développe dans un "tiers", un entre-deux. ; l'adhérent « y est toujours coincé dans le sort commun. appelé Chacun, cet anti-héros est donc aussi Personne, Nemo. »488(*) La configuration est ainsi d'un type particulier. Dans sa logique fondamentale, les adhérents en situation de face-à-face sont les participants principaux. L'entre-deux créé par le sens intentionnel des participations des adhérents est un troisième partenaire indissociable pour assurer la réussite des interactions. Il est le lieu propre et intermédiaire de négociation de la forme et du sens. De fait, le trialogue avec l'entre-deux est très fluctuant. Chaque adhérent tient une place mouvant en fonction des circonstances. En somme, les dynamiques relationnelles au sein d'une configuration possèdent une structure interactive complexe. D'autant plus complexe que l'adhérent ne s'engagera qu'après une analyse stratégique en termes de pouvoir et d'alliances. Il cherchera a avoir des assurances pour savoir comment s'engager et en évaluer les conséquences dans ses manières de se présenter. L'adhérent voit, ainsi, une proposition pour un accès au pouvoir. Chacun essaie d'imposer sa rationalité à l'autre, c'est-à-dire les règles du jeu qu'il est capable de jouer. Jeu qui se déroule à l'intérieur d'une marge de liberté définie par son interdépendance avec les autres même s'il « n'y a pas de formule générale permettant précisément de calculer [...] la largeur de la marge individuelle. »489(*)

Autrement dit, nous mesurons qu'il y a changement à partir de trois dimensions : la dimension configurationnelle, interpersonnelle et inter-relationnelle.

La dimension configurationnelle

Le contexte environnemental du Compu's Club intervient dans des configurations qui impliquent une interdépendance des relations interpersonnelles et des interactions selon des normes et des règles sociales. Pour chacune des situations, les participants ont des rôles et des attentes auxquels ils sont liés. Ainsi, des règles implicites indiquent comment agir selon les circonstances. Pour y parvenir, les adhérents créent de nouveaux systèmes de valeurs. En interaction avec les autres, ils s'efforcent alors d'établir des relations selon le contexte. C'est à partir des continuelles évolutions de ces règles que nous avons pu mesurer un changement chez l'adhérent.

* 487 Elias, N., La société..., op. cit., p.14.

* 488 Certeau, M. (de), L'invention..., op. cit. p.14.

* 489 Elias, N., La société..., op. cit., p.93.

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