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La Constitution à  l'épreuve des accords politiques dans le nouveau constitutionnalisme africain


par Pihame BARBAKOUA
Université de Lomé Togo - Diplôme d'études approfondies en droit public fondamental 2008
  

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CHAPITRE II : UN COMPLEMENT JUSTIFIE

Acte de souveraineté fondateur d'un nouveau régime, la constitution couronne en Afrique, une transition politique plus ou moins radicale. Son mode de fabrication qui privilégie souvent la recherche d'un large consensus, reflète la configuration du moment. Teintée d'une si grande libéralité, elle présente un aspect poreux qui laisse échapper, à l'analyse, des vices profondément cachés et qui ne laissent guère indifférent, lorsqu'on envisage une analyse sur les crises en Afrique.

La justification du complément de la constitution par les accords politiques semble justement y trouver ses racines. En effet, ayant pour origine les résultats des élections, ou du moins la contestation de la gestion des affaires publiques, ces crises semblent révéler de fort belle manière, une certaine déficience, une incapacité presque notoire desdites constitutions à s'adapter aux nécessités du moment. Par ailleurs, il faut rappeler que tout ceci n'est que le fruit d'un long processus de diabolisation constitutionnelle, matérialisée par des « révisions réactions ». Il devient donc impérieux, à côté de la nécessité de compléter la constitution, de songer dans une démarche concomitante, de la débarrasser des virus qui la handicapent.

En d'autres termes, ce qui justifie fondamentalement la floraison et le rayonnement des accords politiques, c'est en réalité l'impuissance de la constitution vis-à-vis des crises (Section I). Cette déficience qui a pour soubassement les lacunes inhérentes aux constitutions africaines semble exhiber la nécessité d'une refonte (Section II).

SECTION I : UN DROIT CONSTITUTIONNEL IMPUISSANT

Le droit constitutionnel classique a démontré son impuissance vis-à-vis du continent africain, et ceci, depuis bien longtemps. Tant d'éléments l'attestent. Un coup d'éclat des coups d'Etat, une inflation des révisions constitutionnelles, une pandémie de crises politiques, des mascarades électorales, des violations flagrantes des droits de l'homme, la patrimonialisation de l'Etat, des rébellions ici et là. Tous ces éléments stigmatisent une véritable inadéquation de la constitution à la réalité,

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conduisant nolens volens, à un délestage drastique entre la théorie constitutionnelle et la pratique qui en découle.

En d'autres termes, l'ineffectivité du droit constitutionnel classique en Afrique, du moins en ce qui concerne les mécanismes de résolution des crises, dérivent d'une faiblesse congénitale206 (Paragraphe I), qui lui est malheureusement fatale207 (Paragraphe II).

Paragraphe I : Les faiblesses congénitales

La déficience du nouveau constitutionalisme africain se retrouve fondamentalement dans les textes. Ces textes ont un caractère particulier qui dérive des conditions qui ont conduit à leur adoption(A). Par ailleurs, il faut relever que tout ceci a été aggravé par des révisions pirates(B).

A : Les lacunes originelles

Soutenir que les constitutions du nouveau constitutionalisme ont des lacunes originelles ne signifient pas fondamentalement qu'elles ne sont pas par nature efficientes. Il s'agit de soutenir tout simplement qu'elles semblent en déphasage avec les réalités, sinon les aspirations du moment. Ceci émane d'un ensemble de facteurs pouvant être scindés en facteurs extérieurs(1) et en facteurs intérieurs(2).

1 : Les facteurs extérieurs

Le nouveau constitutionalisme africain a été conçu dans un tourbillon d'ampleur universelle. Il est essentiellement le fruit de la chute du mur de Berlin qui consacre le surplomb et l'expansion du capitalisme libéral. Arrivée en Afrique par le biais du discours de La Baule prononcé en 1990 par le Président François Mitterrand, la démocratie libérale a désormais trouvé sa voie: la conditionnalité démocratique. Seul système légitime de gestion des affaires publiques, elle postule un ensemble de principes : les libertés publiques et droits de l'homme, les élections libres et transparentes sensées garantir l'alternance, bref la soumission de l'Etat au droit ou à la constitution.

206 DU BOIS DE GAUDUSSON « Constitution sans culture constitutionnelle n'est que ruine du

constitutionnalisme », in Mélanges en l'honneur de Slobodan Milacic, Bruxelles, Bruylant, 2008, p.339 207Idem .

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Sur le plan international « le principe de légitimité » fait place au « principe de légitimité démocratique »208. Hubert Thierry fait observer que le « principe d'égale légitimité des régimes politiques, envisagé comme un corolaire de la souveraineté, tend à céder le pas à un principe de légitimité démocratique, soit que les Etats affaiblis dans le tiers monde et à l'Est, aient pris conscience de l'échec des régimes non démocratiques et du lien entre exigence du développement et celle des droits de l'homme, soit qu'ils cèdent à la pression exercée par les puissances démocratiques »209.

Dans les faits, la dogmatique de la conditionnalité démocratique s'appuie sur une pratique presque conformiste, de conditionner « le sésame de l'aide publique au développement »210, à l'adhésion presque platonique à l'idéologie en vogue c'est-à-dire « le prêt à porter démocratique ». Par ailleurs, les institutions de Breton Wood à savoir la Banque Mondiale et le FMI, ont eu beaucoup à faire dans l'exportation de la nouvelle idéologie. Mais, il ne faut pas minimiser les facteurs intérieurs.

2 : Les facteurs intérieurs

A la pratique de la conditionnalité démocratique, les Etats africains répondent par une politique de séduction. Bousculés de l'extérieur par les bailleurs de fonds et de l'intérieur par les revendications des peuples, atteints du vertige de liberté et projetés dans la rue par une élite issue de la diaspora, exigeant une démocratisation dont les tenants et les aboutissants sont bien entendu et malheureusement mal maitrisés, les gouvernants décident de jouer le jeu. C'est le point de départ du séisme des conférences nationales souvent qualifiées de souveraines, qui ont secoué le continent à partir des années 1990. On assiste alors à une prolifération de constitutions adoptées sous contrainte, ironiquement qualifiées de « constitutions de compromis ou de consensus » et dont l'effectivité n'avait d'égard pour personne. Charles DEBBASCH ne l'avait-il pas soutenu à propos de la constitution togolaise de 1992 ? Pour lui en effet, « fruit d'un compromis entre influences diverses, elle contient des dispositions souvent contradictoires inspirées des constitutions

208 Avec à la clé l'observation des élections.

209 KOKOROKO (D.), « Régimes politiques... » op.cit., p.1010.

210 KOKOROKO (D.), Contribution à l'observation... op.cit., p.222.

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étrangères et peu compatibles... A ce titre la constitution mériterait une refonte générale qui ne saurait être accomplie qu'après une réflexion nationale »211 .

Si ce constat peu facilement être versé dans les « debbascheries »212 , il n'est en réalité que le porte flambeau des constitutions réactions que connaît, depuis un certain temps, le continent. La constitution originaire a été conçue dans la douleur. Elle traduit la volonté de la nouvelle classe politique de reléguer à la périphérie du régime, le chef de l'Etat, cheville ouvrière de la troisième République togolaise. Encore au pouvoir celui-ci ne reste pas inactif. C'est le point de départ des lacunes acquises.

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"Entre deux mots il faut choisir le moindre"   Paul Valery