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La dynamique du discours nationaliste au Gabon.

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par ADIELA BOUSSOUGOU KASSA
Université Omar Bongo - Master de sociologie 2016
  

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2. La fonction classificatoire des ethnonymes

Traditionnellement, l'étude des noms est une discipline philologique, linguistique : l'onomastique. Elle étudie le choix des noms de famille et des prénoms, en mesurant leur fréquence et en les classant selon leur origine.

148 Gastronomie gabonaise : mets constitué de petits morceaux de manioc cuit et conservés dans un récipient d'eau.

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La gestation des « names studies » dans les sciences sociales francophones peut-être associée aux années 80 et 90, au cours desquelles, l'étude des dénominations des individus est devenue une branche de l'histoire sociale. Il s'est agi dans cette genèse d'appréhender l'essence du nom, de chercher comment et si possible, pourquoi les hommes choisissent-ils des noms spécifiques, et d'autre part de se demander, si les désignations, leurs différences, pouvaient être utilisées comme document d'archéologie sociale. Sur ces entrefaites, nous devons une première référence à J. Berque qui en fut certainement le précurseur, en 1974, à penser les ethnonymes, ces « emblèmes onomastiques », comme des différents systèmes de classement ou des stratégies de domination149.

L'intérêt pour nous d'étudier l'usage du nom consiste à entrevoir par ce biais l'essence de l'ethnie. Nous distinguons à travers le nom, deux fonctions dans l'appréhension de l'ethnie: une fonction d'individuation inter ethnique et une fonction de catégorisation de l'altérité (l'ethnocentrisme).

Toutefois, si la façon de nommer les gens peut en effet donner des indications sur les représentations de la société, plus qu'une ethnonymie, nous traiterons plutôt d'onomastique, pour évoquer le choix des noms personnels notamment par transmission héréditaire, c'est-à-dire dans ses fonctions de distinction et de classement.

Il est acquis que la fonction du nom est d'abord d'essence distinctive. Le nom est toujours en relation avec un capital qui révèle l'origine des agents sociaux. Une journée passée en compagnie des camarades de nationalité malienne a conforté l'analyse que nous menons aujourd'hui. En effet, deux de nos compagnons revendiquaient ardemment le nom « Diop », en réfutant simultanément cette filiation à l'autre. Ce n'est que bien plus tard, que nous comprîmes, le capital « pouvoir » en enjeux dans ce débat d'apparence prosaïque.

Les travaux de Le Testu rapportent les logiques distinctives à travers l'essence des noms dans la précolonie au Gabon. En effet, en dehors des noms des tribus que nous avons classés dont la section précédente, d'autres formes concernant les esclaves entre autres, procèdent du classement via la distinction qui demeure vide en dehors de cet enjeu. Pour parler des Punu par exemple, Le Testu établit la subordination d'une tribu d'esclave par rapport à celle « à laquelle appartenait le père, auteur de la descendance, selon le sang »150. Parfois on y retrouve, « les

149 J. Berque, « qu'est-ce-que la «tribu« », in Maghreb, Histoire et sociétés, Gembloux et Duclos (dir.), Alger, SNED, 1974, p.26.

150 Le Testu, op.cit, p. 516.

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sentiments de celui qui appartenait l'esclave, soit encore la cause de la mise en servitude, s'il s'agit d'un esclave judiciaire »151.

Voyons à travers la structure des noms chez les « Bayaka », selon la lecture de Le Testu : « ces noms commencent généralement(...), par le mot « dibourou », où nous retrouvons le radical « boura », enfanter (bouta en Vili). Ainsi : Dibouroupakho (Liaba), Dibouroumiviévié (Mizoumba), Dibouroubidigha (Dibamba), etc., etc., la liste serait aussi longue, sinon plus longue que celle des familles d'origine libre.»152

Aussi, le nom des individus procède de la forme, un tel, fils de tel, le vocable « fils » étant la plupart de temps sous-entendu. Dans les noms Bantu, le régime est relié au substantif par la répétition du préfixe de ce nom. Encore une fois, observons les récits de Le Testu à ce propos. « Exemple : soit un individu nommé Bou-Soukou, fils d'un père appelé Mikala, son nom sera normalement : Bou-Soukou Bou Mikala. »153

Cependant, Le Testu fait bien de souligner à cette époque déjà la tendance à la suppression de la répétition en vogue chez les interprètes. Ainsi, pour nous qui nous nommons Boussougou Kassa, la logique originelle aurait voulu que nous nous appelassions Boussougou Bou Kassa. Toutefois, les enjeux de classement à travers le nom, qui sont en réalité l'objet de cette section, ne sont pas exclus ici. Le nom que nous portons, c'est-à-dire Boussougou, retrace la « lignée d'illustres pêcheurs que furent nos aïeuls »154. Le choix de nous nommer n'est pas nihiliste, il s'est agi de façon stratégique de la référence à ce passé glorieux, donc à l'autorité et autres caractères qui distingue notre lignée des autres et qui, in finum confère notre position dans la stratification sociale.

Une forme moderne de l'usage stratégique est aisément observable dans le Gabon. L'optique en jeu consiste à préserver les capitaux acquis depuis les indépendances par les « évolués », une oligarchie qui pour la majeure partie de l'Afrique a su conserver le pouvoir. Depuis, pour ce qui concerne le Gabon, l'observation de la sphère politique et économique conforte cette hypothèse de l'hérédité du pouvoir par la filiation non sans analogie au modèle successorale en exergue dans la précolonie. Le renouvellement du personnel politique au Gabon est consubstantiel à la reproduction de l'élite nègre coloniale, déjà majoritairement issue des

151 Ibid.

152 Ibid.

153 Ibidem, p. 519

154 Discussions avec notre grand-mère.

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chefferies précoloniales. « Depuis toujours, ceux qui dirige le Gabon, sont les mêmes. Le Président est fils de son père, le premier ministre aussi, on dit qu'il est le petit-fils du père de l'indépendance ». D'ailleurs les informations que cet enquêté nous donnent ne peuvent pas être totalement exploitées ici, sans en cité les noms des protagonistes, puisque c'est le nom qui en effet, est à l'honneur autant dans notre travail que dans la gestion de l'Etat au Gabon. Adrien Ondo Essono, dans un travail récent à analyser, avec beaucoup de rigueur cette pratique155.

Toutefois, cette concession sur les fondements précoloniaux du discours nationalitaire, sa dynamique intègre, également, avec des nuances tantôt substantielles, tantôt contrastées, d'autres éléments dans la construction dudit discours, notamment, l'évolutionnisme social et son idéologie de la race.

155 Adrien Ondo Essono, Onomastique et lutte de classement, thèse de doctorat N.R., Libreville, UOB, 2014.

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