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Variabilité des espaces de d'évolution chez les personnes atteintes de maladies chroniques


par Paolo Danielis
Université de Bordeaux - Master Sciences de l'éducation 2020
  

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A. Education thérapeutique du patient

« L'homme est capable de se perfectionner, de se transformer, et d'acquérir de nouvelles pratiques. Il est perfectible, ce qui le distingue de l'animal. » (Rousseau, cité par Walker, 2018, p. 191)

Détour Historique

Bien que la notion d'ETP soit récente, son origine pourrait dater de la Grèce Antique. En effet, on pensait déjà que la participation du malade était nécessaire au traitement de sa maladie. Hippocrate disait « la vie est courte, l'art est long, l'occasion fugitive, l'expérience trompeuse, le jugement difficile. Or, il faut non seulement se montrer soi-même accomplissant son devoir, mais aussi faire que le malade, les assistants et les éléments extérieurs accomplissent le leur » (Walker, 2018, p. 175). Cette aphorisme marque les prémices de l'ETP. En parlant des « assistants », Hippocrate désigne le malade, la famille, et son entourage qui sont tous impliqués dans le traitement de la maladie. Pour le père de la médecine moderne, elle est le dérèglement de l'une ou de plusieurs des quatre humeurs (sang, bile noire, bile jaune, lymphe) par l'alimentation et le climat (ibid.). Par conséquent, le patient peut avoir un pouvoir sur sa maladie en changeant son alimentation. Pour Lui, l'art de la médecine reposait sur la maladie, le malade et le médecin, ce dernier servant l'art de la médecine et le malade l'aidant à la servir. Selon un de ses disciples (Xénophon), Socrate demandait aux malades de s'observer afin de « se maintenir en parfaite santé » (Walker, 2018, p. 176), ce qui est comparable au journal alimentaire que nous connaissons aujourd'hui : le but étant d'y inscrire notre comportement afin de pouvoir le modifier plus facilement.

« Eduquer » viendrait du latin « educere » et « educare » (Walker, 2018, p. 129). « Educare » signifie « qui permet de nourrir, de maintenir en vie, élever » (ibid.). « Educere » signifie quant à lui « conduire vers, diriger l'action » (ibid.). Par

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conséquent, ce terme renvoie à une double signification : « le maintien de la vie en l'accompagnant, et la conduire en la dirigeant » (ibid.). Cependant, Reboul conteste cette signification. Pour lui, le terme vient seulement « d'educare » et il définit l'éducation comme suit : « l'ensemble des processus et des procédés qui permettent à tout enfant humain d'accéder progressivement à la culture, l'accès à la culture étant ce qui distingue l'homme de l'animal » (Walker, 2018, p. 130). Dans le cadre de la maladie chronique, il est question d'une éducation nouvelle, le patient doit apprendre de nouvelles façons de vivre, d'être, d'agir, de se comporter, au sens Bourdieusien du terme (incorporation).

Etat des lieux

En 1998-1999, les états généraux de la santé ont mis en exergue trois points à développer (Walker, 2018, p. 181) : information, éducation et prévention. Cette injonction répond alors à un vieillissement de la population qui a pour conséquence un accroissement du nombre de malades chroniques. Il y a une certaine remise en cause du pouvoir médical corrélée à l'émergence de plusieurs études montrant que l'éducation à la santé pouvait améliorer la qualité de vie des patients et réduire le coût de leur prise en charge (un des objectifs sous-jacents de l'ETP). L'homme moderne étant de mieux en mieux guéri, les maladies dites aiguës se transforment en maladies chroniques (VIH) et le corps médical souhaite une approche plus « humaniste » du malade (ibid.). La notion d'empowerment (Walker, 2018, p. 260) apparaît pour désigner le pouvoir que peut avoir le patient sur sa santé. Cette notion de pouvoir est très importante car elle enlève une partie de la responsabilité qui incombait au corps médical en la déléguant sur le patient.

En d'autres termes, toute la responsabilité de l'évolution de la maladie dépend désormais aussi du patient (autonomie, autogestion, motivation à se traiter). Ce dernier doit prendre conscience du pouvoir qu'il peut exercer sur sa pathologie, le contrôle qu'il peut avoir sur elle, il est question de ne plus être agit mais de pouvoir agir sur les choses qui nous entourent (Revillot & Eymard-Simonian, 2016, p. 26).

« Selon l'OMS, l'éducation thérapeutique du patient vise à aider les patients à acquérir ou maintenir les compétences dont ils ont besoin pour gérer au mieux leur maladie chronique » (Éducation thérapeutique du patient Définition, finalités et

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organisation, 2007, p. 1). C'est une composante qui fait partie intégrante de la prise en charge de la maladie, au point que certains patients sont dans l'obligation de suivre des séances d'éducation thérapeutique afin de pouvoir être remboursé par leur complémentaire santé. L'objectif est de maintenir et d'améliorer leur qualité de vie en acquérant des compétences d'auto soins et compétences d'adaptation1. Il est véritablement question de la sauvegarde de la vie du patient. Selon le rapport de la Haute Autorité de Santé (Éducation thérapeutique du patient Définition, finalités et organisation, 2007), les compétences d'auto soins comprennent de nombreuses formes : soulager les symptômes, prendre en compte les résultats d'auto surveillance et d'auto mesure, savoir adapter les doses de médicaments et s'initier un auto traitement, savoir réaliser les gestes techniques et de soins, mettre en oeuvre les modifications de son mode de vie, prévenir des complications, faire face aux problèmes de la maladie, et enfin, impliquer l'entourage dans la gestion de la maladie en question et des traitements.

Les compétences d'adaptations sont les suivantes : se connaître soi-même, savoir confiance en soi, savoir gérer ses émotions et maîtriser son stress, développer un raisonnement créatif et avoir une réflexion critique, développer les compétences en matière de communication et de relation interpersonnelles, se fixer des buts à atteindre, faire des choix, s'observer, s'évader et se renforcer. Il est important de rappeler que le statut économique, le niveau culturel et d'éducation ainsi que le lieu de vie du patient ne doivent en aucun cas empêcher une bonne éducation thérapeutique. Par conséquent, il convient également d'adapter les programmes d'ETP au niveau de littératie des patients. Les programmes d'ETP sont proposés pendant des moments clés tels que l'annonce du diagnostic de la maladie, durant les hospitalisations et consultations, les difficultés d'autogestion de la maladie, les complications, les changements du contexte de vie (adolescence, passage dans les différents âges, projet professionnel, grossesse), ainsi que les consultations de suivi de la maladie chronique. En effet, la personne atteinte de la maladie chronique doit faire les ajustements nécessaires dans sa façon de vivre

1 « Permettent aux patients de maitriser et de diriger leur existence et d'acquérir la capacité à vivre avec leur maladie dans leur environnement » (Évaluation de l'efficacité et de l'efficience dans les maladies chroniques, 2018, p. 25)

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pendant le reste de sa vie. Aussi, il ne faut pas négliger les environnements dans lesquels ont lieu l'ETP qui sont aussi importants que cette dernière (besoin d'un contexte propice). Or, les études qui mesurent l'efficacité des éducations thérapeutiques le font au travers de « critères quantitatifs centrés sur des variables cliniques » (Évaluation de l'efficacité et de l'efficience dans les maladies chroniques, 2018, p. 24) et ne prennent pas en compte la capacité d'agir et l'environnement. La promotion de l'ETP a aussi lieu dans le domaine des maladies oncologiques, notamment avec le plan cancer 2014-2019 (2015) : « les types de programmes sont très variés en terme de type de cancer ou en type d'approche (douleurs, traitements, stomies, compétences psychosociales pour mieux vivre, réhabilitation post-cancer...) » (id.).

L'ETP a pour objectifs principaux d'améliorer la santé publique, réduire les dépenses de santé, ainsi qu'accroître la santé du patient. « La plupart des pays cherchent à réduire la durée moyenne des séjours » (OCDE, cité par Le Helloco-Moy Gaïta, 2016, p. 308). Néanmoins, selon la pathologie, l'ETP va présenter des spécificités différentes en ce qui concerne les attendus éducatifs. Par exemple ; dans la plupart des maladies oncologiques, l'accompagnement va primer sur les apprentissages. A l'inverse ; dans le cas des maladies cardiovasculaires, ils tiendront une place prépondérante. Ainsi, selon la maladie chronique qui est à l'oeuvre, la modification du comportement et l'engagement du patient diffère.

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