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Variabilité des espaces de d'évolution chez les personnes atteintes de maladies chroniques


par Paolo Danielis
Université de Bordeaux - Master Sciences de l'éducation 2020
  

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D. Un pouvoir d'agir relatif

Des patients acteurs de leur santé ?

Seul un patient issu du groupe des pathologies oncologiques pense avoir une maîtrise sur ce qui peut lui arriver contre deux pour l'autre. Si nous étendons les groupes avec Tom et Mme Danny, cela fait une personne (groupe oncologique) contre trois (groupe cardiovasculaire) qui ont un sentiment de maîtrise. Proportionnellement, il y a donc vraisemblablement une tendance qui se dessine.

Mme Lise, qui a eu un lymphome Hodgkinien, semble en effet être la seule dans ce groupe à ressentir un sentiment de maîtrise sur son avenir. Selon elle, il est nécessaire d'entretenir sa rémission :

« Parce que je considère qu'il faut que je prenne soin de moi maintenant et que ma rémission il faut que je l'entretienne [...] dans le moment présent et dans ma vie actuelle je considère que c'est à moi de mettre tout en oeuvre pour être au mieux quoi et pour plus passer par ces étapes là [...]Et que ça passe par la nourriture principalement ça passe par ma qualité de vie et ça c'est un tout, que ce soit au niveau de l'alimentaire, de suivre ce que pouvait dire Hippocrate, faire attention à ma santé mentale aussi par le sport, par la musique, par la danse, par le violon, c'est un tout que je considère aujourd'hui enfin qui est très important quoi. Et au niveau du travail aussi enfin je m'arrêtais pas avant, j'acceptais pas les arrêts de travail encore aujourd'hui ça me coûte mais là je me suis bloquée le dos il y a quinze jours, j'ai plus du tout la même réaction et je me stresse beaucoup moins au travail, enfin je mets les choses en place pour pas me stresser ».

Un sentiment qu'elle nuance cependant (« Après le pouvoir qu on a, c'est relatif mais en tout cas je fais de mon mieux pour être bien, voilà. Pour être bien et, on sait pas de quoi sera fait demain »). Il est intéressant de voir tous les changements qu'opèrent les patients atteints de maladie oncologique, alors même

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qu'aucune prescription non médicamenteuse leur a été donné, et qu'ils n'ont pas suivi d'ETP. Reprenons par exemple les déclarations de Flavien, atteint d'un cancer du testicule : « j'essaie de manger sainement [..] je fais quand même un peu attention à ce que je mange ». Ces changements ont notamment lieu dans les pratiques d'activité physique et l'alimentation, comme c'est le cas pour M. Indi : « l'alimentation j'essaie de manger mieux, j'essaie de diminuer tout ce qui est industriel, je prends plus de légumes [..] maintenant j'essaie de courir plus ». Mais c'est bien Mme Lise qui en a opéré le plus : « là maintenant ça a vraiment changé » (en parlant du sport), « là je fais deux fois plus à manger qu'avant. Je réduis tout ce qui est transformé », « j'ai changé vraiment mon mode de vie par rapport au sucre ».

Aussi, il y a une logique dans tous ces changements effectués puisque qu'elle déclare avoir un sentiment de maîtrise relatif. Nous nous posons alors une question : en sachant que le corps médical n'a pas prodigué de conseils non médicamenteux (ou très peu comme avec Mme Alex) sur le long terme aux patients atteints d'affections oncologiques et qu'il n'y a pas de moyens réels et objectifs de contrôler leur évolution, est-ce que ces derniers ont une réelle maîtrise ou est-ce une maîtrise que l'on pourrait qualifier d'illusoire ? Comme M. Flavien le laisse sous-entendre, la maîtrise reste très limitée et le doute est présent (« il y a toujours l'incertitude »).

Concernant le groupe des pathologies cardiovasculaires, nous avons recueilli des témoignages plus nombreux et plus denses. Ainsi, M. Roger, Mme Danny, M. Jean ainsi que M. Luc pensent exercer un contrôle sur leur maladie :

« Sur ma pathologie cardiaque il me semble que je la connais bien maintenant et quand elle se manifeste je sais la reconnaître donc ça me rassure finalement. Grâce à l'activité physique que je fais ici deux fois par semaine où je tutoie les limites j'arrive à savoir jusqu'où je ne dois pas aller. Ici j'y vais et après dans la vie quotidienne j'y vais plus » (M. Roger),

« Je pense. [..] j'espère. [..] Je gagne des années en plus » (M. Jean), « on ne voit pas ce qui se passe dedans mais on maîtrise quand même certaines choses » (Mme Danny), «je pourrais encore sûrement si je forçais un peu, ralentir l'évolution, un peu influer, dire que je la maîtrise non. [..] Bon après bon c'est vrai

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que les changements d'habitude ça aide au bien être, je ferais pas mes séances d'éducation je serais sûrement pas dans l'état où je suis aujourd'hui » (M. Luc).

Pour ce dernier, il s'agit donc d'une maîtrise très limitée. Ce dernier déclare également « demain je peux attraper un cancer j'aurais rien maîtrisé du tout », qui nous permet de faire un parallèle intéressant avec notre recherche et notre hypothèse principale selon laquelle il y a moins de part dévolue au patient chez les patients atteints de pathologie oncologique en raison de la nature même de ces affections (pas de facteurs régulables). En revanche, concernant ce public, il n'y a pas de corrélation évidente entre l'émergence de changements non médicamenteux et le sentiment de maîtrise puisque M. Noa, qui a déclaré avoir eu recours à beaucoup de ces changements ne ressent pas de sentiment de maîtrise, au contraire : « la maîtrise de mon avenir j'en ai aucune [...] Non je suis réaliste je vous réponds. Je suis candidat à la mort subite. Je peux avoir un truc à tout moment » (M. Noa).

En ce qui concerne la vision de leur avenir, nous n'observons pas de clivage notable entre les deux groupes, les réponses sont très hétérogènes, quelques-uns des patients atteints de maladie oncologiques l'envisagent positivement dans la mesure où la rémission se terminerait sans entraves, d'autres ne savent pas, les réponses ne sont pas tranchées. Concernant les patients atteints de pathologie cardiovasculaire, nous n'observons pas toujours de lien entre la vision de l'avenir et

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le sentiment de maîtrise, c'est un thème sur lequel généralement les patients ont eu du mal à se focaliser.

Profils

Lorsque nous croisons les changements de mode de vie et les prescriptions (ou recommandations) médicamenteuses, nous arrivons à en faire ressortir

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Prescriptions non

médicamenteuses

Changements non médicamenteux

Maîtrise

Profil

Lise

(Lymphome d'Hodgkin)

Non

3

Oui

Non

dévoluant

Indi

(Lymphome d'Hodgkin)

Non

2

Non

Non

dévoluant

Alex

(Leucémie)

Oui

2

Non

Peu

dévoluant

Flavien

(Cancer du

testicule)

Non

1

Non

Non

dévoluant

Jean

(Infarctus)

Oui

2

Oui

Dévoluant

Roger

(Infarctus)

Oui

2

Oui

Dévoluant

Luc

(Infarctus)

Oui

3

Oui

Dévoluant

Noa

(Insuffisance cardiaque)

Oui

3

Non

Dévoluant

Tableau 7 Profil des patients en fonction de leur implication dans le projet thérapeutique

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l'épaisseur de la part de responsabilité du patient dans le projet thérapeutique. Ainsi, Mme Alex (lymphome Hodgkinien) a suivi la recommandation de son médecin qui lui a dit de consommer une nourriture plus riche en fer, ce qui reste peu comparé aux part dévolues aux patients atteints de maladies cardiovasculaires. Dès lors que le médecin ne prodigue pas de conseils ou ne fait pas de recommandations au patient, nous avons considéré que le patient n'était pas dévoluant, et ce même s'ils opèrent des changements dans leur mode de vie. Et pour cause : ces changements n'auraient aucune incidence sur l'évolution de leur pathologie. Ils seraient alors plutôt induits par de nouvelles façons de voir les choses et de nouveaux schémas cognitifs (croyances et connaissances nouvelles) suite à l'apparition de la maladie.

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