B. Comment se soigne-t-on ? Observance
médicamenteuse
Lorsque nous nous penchons sur les prescriptions
médicamenteuses, nous constatons sans surprise que les produits
pharmaceutiques sont largement plus nombreux et avec une posologie plus
complexe chez les patients atteints de pathologie cardiovasculaire : «
oui ça a été assez intense surtout au début parce
que quand on pose des stents il faut éviter qu'il y ait une
sténose à l'intérieur de ces stents donc on a des
antiagrégants plaquettaires [...] j'ai encore cinq molécules par
jour » (M. Roger), « Je suis très dépendant de
la chimie, je suis à quatorze cachets par jour, sept le matin, sept le
soir et pas les mêmes » (M. Noa). Aussi, les traitements
médicamenteux auront lieu pendant tout le reste de leur vie pour les
patients atteints de maladie cardiovasculaire alors que ce n'est pas le cas
pour ceux qui sont atteints par une affection oncologique. En effet, si ces
derniers doivent souvent respecter la prise de médicaments pendant leurs
thérapies (chimiothérapie, hormonothérapie ou
radiothérapie) ces traitements s'arrêtent en général
après la fin du protocole de soins comme nous le décrit Mme Alex
:
« Oui, tous les jours. Du matin au soir comme je
voulais et tous les jours pendant deux ans. Enfin pendant les six premiers mois
j'en avais aussi mais c'était à l'hôpital surtout on m'en
donnait donc je n'avais pas à y penser. Après pendant deux ans
c'était aussi cachés tous les jours, c'était deux chimio
à prendre par prise oral il y en a une c'était tous les jours et
une tous les mardis. Mais genre là j'en étais à douze
cachets par jour le mardi c'est douze cachets d'un truc et tous les autres
jours j'avais un cachet d'un autre truc et le lundi jeudi c'était deux
voilà était une embrouille ».
48
relativement puissantes et comportant des effets secondaires
qui nécessitent la prise de médicaments en complément.
Quelques fois, ils peuvent prendre des substances qui ne sont pas directement
liées à la prise en charge de leur pathologie, comme c'est le cas
pour ceux qui prennent des antis dépresseurs, en témoignent Mme
Lise et M. Flavien, tous deux atteints d'un cancer. Nous avons par ailleurs
remarqué une certaine difficulté d'un point de vue psychologique
chez le public atteint de maladie oncologique, qui décrit notamment
l'expérience après-traitements et le retour à la vie
« normale » plus compliqués que la période des
traitements, d'où le lien avec la prise d'antidépresseurs que
nous retrouvons seulement chez ce public précisément. Il en est
de même pour le sentiment de solitude que l'on retrouve plus dans ce
groupe. Venons-en maintenant à la prise en charge non
médicamenteuse, c'est-à-dire ce qui implique davantage les
patients dans la prise
49
en charge de leur maladie (part dévolue par le
médecin qui va donner les clés à ces derniers afin qu'ils
guérissent ou se stabilisent).
Observance non médicamenteuse
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|
Patients
|
Changements non
|
Total
|
|
médicamenteux
|
|
|
|
Mme Lise (Lymphome
d'Hodgkin)
|
- Alimentation
- Tabac
- Activité physique
|
3
|
|
M. Indi (Lymphome d'Hodgkin)
|
- Activité physique
- Alimentation
|
2
|
|
Mme Alex (Leucémie)
|
- Alimentation
- Activité physique
|
2
|
|
M. Flavien (Cancer du
testicule)
|
- Alimentation
|
1
|
|
M. Jean (Infarctus)
|
- Activité physique
- Alimentation
|
2
|
|
M. Roger (Infarctus)
|
- Alimentation
- Activité physique
|
2
|
|
M. Luc (Infarctus)
|
- Tabac
- Activité physique
- Alimentation
|
3
|
|
M. Noa (Incapacité cardiaque)
|
- Alcool
- Alimentation
- Tabac
|
3
|
Tableau 5 Différentes prises en charges non
médicamenteuses
51
Concernant les types de changements, nous les avons
regroupés en plusieurs classifications : alimentation, activité
physique, alcool, tabac (nous avons fait le choix de séparer l'alcool et
l'alimentation). Comme nous pouvons le voir ci-dessus, les patients atteints de
maladies cardiovasculaire opèrent à première vue
légèrement plus de changements que le deuxième groupe.
Mais, si nous regardons d'un peu plus près, la nature même des
changements diffère énormément.
Lorsque nous nous focalisons sur les patients atteints de
maladies cardiovasculaires, les changements concernant l'alimentation sont
beaucoup plus précis et demandent probablement plus d'efforts : «
on a pris l'habitude de scanner certains produits pour savoir s'ils sont
bons ou mauvais nutritionnellement et tous ceux qui sont mauvais on les a
supprimés de l'alimentation » (M. Luc), « Donc je
fais attention à l'équilibre, les cinq fruits et légumes
par jour. Bon c'est des petits trucs comme ça mais sur la bouffe non,
ça a été surtout sur l'organisation de la journée
[...] il y a eu des coupes sombres comme la charcuterie qui a été
faite » (M. Noa). Les témoignages que nous ont livré
les patients du second groupe sont plus évasifs : «
l'alimentation j'essaie de manger mieux, j'essaie de diminuer tout ce qui
est grand industriel, je prends un peu plus de légumes » (M.
Indi), « j'essaie de manger sainement. Charcuterie par exemple c'est
un truc que j'aime bien je ne me prive pas mais par contre fast food etc c'est
pas ce que je préfère. Mais je fais quand même un peu
attention à ce que je mange sans me prendre trop la tête par
rapport à ça » (M. Flavien).
Cependant, ce qui est le plus étonnant réside
dans le fait que les patients atteints de maladie oncologique ne
reçoivent pas d'injonctions concernant leur façon de se nourrir
(mis à part Mme Alex pendant les traitements). C'est une volonté
qui leur est personnelle tandis que ceux du groupe distinct reçoivent
des conseils, et même des cours de cuisine quelques fois pour bien
comprendre comment modifier leur alimentation. Ainsi, il s'agit d'une
prescription plus ou moins formelle liée à leur pathologie et sa
prise en charge : « Alors après l'équilibre j'essaie de
suivre les conseils de la diététicienne quand faire se peut
» (M. Noa), « j'ai eu un entretien avec une
diététicienne et on a eu une séance d'activité
cuisine pour faire attention aux graisses et à la façon de
cuisiner » (M. Luc), « j'ai suivi des ateliers à haut
Lévêque pour la cuisine. On apprend à cuisiner, à
faire à manger sans matières
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grasses évidemment » (M. Jean). Et il en
est de même pour la pratique d'activité physique, cette
dernière étant un maillon essentiel de la prise en charge des
pathologies cardiovasculaires, les patients doivent s'y conformer et ils en
sont conscients, même si certains présentent quelques
résistances, comme M. Roger : « le plus compliqué c'est
de lutter contre la sédentarité. Il faut que je me fasse violence
parfois ». Cela va dans le sens de notre hypothèse selon
laquelle le patient atteint d'une maladie cardiovasculaire aurait une plus
grande part de responsabilité dans la prise en charge de sa santé
que celui atteint de maladie oncologique. Il est question pour lui de « ne
plus être agit mais de pouvoir agir » « (Revillot &
Eymard-Simonian, 2016). De même, la suppression de l'alcool dans
l'alimentation concerne seulement ce type de pathologie : « l'alcool
j'en bois plus, je me réserve quelques vins quand on est en famille le
week-end. Il y a eu des coupes sombres comme la charcuterie qui a
été faite » (M. Noa).
Les seules recommandations médicamenteuses des
médecins concernant les pathologies oncologiques étaient en fait
le tabac et, lors de traitements chimiothérapiques seulement,
l'activité physique : « Il y avait un coach sportif à
l'hôpital qui était venu me voir et qui me donnait des exercices
et après je suis allé dans sa salle. Donc oui c'est le
médecin qui m'a... En fait c'est le coach sportif qui était dans
les locaux, enfin il travaillait à l'hôpital et en fait il demande
au médecin une liste de patients à aller voir » (M.
Alex). Aussi, cette dernière a eu pour conseil de manger des aliments
avec plus de fer (telles que les viandes).
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