5.2 Quelle exposition au français ?
Les recherches en acquisition des langues soulignent
l'importance du temps et de la qualité d'exposition pour le
développement et le maintien d'une langue. Pour les enfants francophones
scolarisés dans des établissements anglophones, l'exposition au
français repose principalement sur les initiatives mises en place par
leur famille. Dans un contexte où l'anglais occupe une place
prépondérante dans leur quotidien, il est essentiel de comprendre
quand, où et comment ces enfants sont exposés au français.
Cette section s'attache donc à analyser les différentes
stratégies adoptées par les parents pour accroître cette
exposition.
Dans cette section, nous analysons les activités
extra-scolaires pratiquées par les enfants en anglais et en
français afin de mieux comprendre les dynamiques d'exposition aux deux
langues en dehors
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du cadre scolaire. Les activités extra-scolaires
désignent ici toutes les pratiques menées en dehors du temps
scolaire structuré, telles que la lecture, le sport, la culture ou
encore la consommation de médias.

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Figure 10 et 11 : analyse comparative des activités
extra scolaires comparative
Les données présentées dans les
graphiques permettent d'examiner la répartition linguistique des
activités extra-scolaires des enfants, en comparant leur usage de
l'anglais et du français. Trois types d'activités ont
été analysés : la lecture, les activités sportives
ou culturelles et le visionnage de la télévision ou de films. Les
résultats montrent une prédominance de l'anglais dans la plupart
des activités extra-scolaires, ce qui soulève des interrogations
sur la place du français dans le quotidien des enfants.
Le premier graphique indique que la lecture en anglais est une
pratique largement répandue. La grande majorité des familles
déclarent que leur(s) enfant(s) lisent au moins une fois par semaine en
anglais, et une proportion significative le fait quotidiennement. En revanche,
la lecture en français est bien moins fréquente : moins d'une
dizaine de familles seulement affirme que leur(s) enfant lisent
régulièrement en français, tandis qu'un nombre
élevé (environ 12) déclarent ne jamais ou presque jamais
lire en français et ceci malgré que les parents déclarent
encourager leur(s) enfant(s) à lire en français, comme nous
l'avons vu dans la section précédente.
Ce phénomène peut s'expliquer par plusieurs
facteurs. D'une part, l'anglais est souvent la langue dominante du
système scolaire, ce qui favorise l'accès aux livres en anglais,
d'autant plus que la plupart des écoles ont une bibliothèque et
permettent aux enfants d'emprunter un certain nombre de livres par semaine.
D'autre part, les bibliothèques publiques et gratuites d'Abu Dhabi
offrent une quantité bien plus importante de livres en anglais qu'en
français, ce qui limite les opportunités de lecture en
français.
Le graphique sur les activités en anglais montre que
plus de 15 familles déclarent que leur(s)enfant(s) participent à
des activités sportives ou culturelles au moins une fois par semaine en
anglais, et plus de 10 déclarent qu'ils les pratiquent quotidiennement.
En revanche, l'équivalent en français révèle une
tendance opposée : la majorité des familles (plus de 20)
déclarent ne jamais ou presque jamais prendre part à de telles
activités en français.
Cette tendance peut être expliquée par plusieurs
raisons : d'une part, la totalité des clubs sportifs et culturels
fonctionne en anglais, ce qui limite l'accès à des alternatives
francophones pour les familles souhaitant renforcer l'usage du français.
D'autre part, les écoles proposent toutes des activités
extra-scolaires au sein de l'établissement, lesquelles se
déroulent également en anglais. Cette omniprésence i de
l'anglais dans les loisirs et activités extra-scolaires renforce son
statut de langue de communication dominante, y compris parmi les enfants
francophones.
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Il existe des alternatives en français, notamment
à travers les activités proposées par les Alliances
françaises, mais celles-ci sont souvent plus coûteuses et peuvent
poser un problème d'ordre pratique et logistique aux parents vivant loin
de ces centres. En comparaison, les activités extra-scolaires
proposées directement par les écoles sont plus accessibles,
à la fois en termes de coût et de logistique, puisqu'elles ne
nécessitent pas de transport supplémentaire. Cet aspect pratique
peut également expliquer pourquoi les enfants sont davantage
engagés dans des loisirs en anglais.
Le visionnage de la télévision et des films en
anglais est très courant : plus de 10 familles déclarent que
leur(s) enfant(s) regarde(nt) la télévision ou des films en
anglais tous les jours, tandis que la majorité le fait au moins une fois
par semaine. En revanche, l'exposition au français via ces mêmes
médias est bien plus réduite : la plupart des enfants regardent
rarement ou jamais du contenu en français, avec seulement quelques
enfants le faisant au moins une fois par semaine.
Ce résultat peut être attribué à
l'omniprésence des contenus audiovisuels en anglais, qui dominent les
plateformes de streaming et la télévision par satellite. De plus,
les habitudes familiales jouent un rôle clé : si les parents
consomment majoritairement des contenus en anglais, il est probable que les
enfants suivent cette tendance.
Aux E.A.U, les films diffusés au cinéma sont en
anglais avec des sous-titres en arabe. Il y a quelques années, certains
films étaient également sous-titrés en français,
mais cette initiative n'a pas perduré. Les raisons pour lesquelles cette
option a été mise en place puis abandonnée me sont
inconnues, mais cela reflète sans doute une adaptation aux
préférences du public majoritaire et aux dynamiques linguistiques
locales.
En conclusion, ces résultats soulignent une
prédominance marquée de l'anglais dans les activités
extra-scolaires, ce qui pourrait avoir des conséquences sur le maintien
du français parmi les enfants francophones. La faible présence du
français dans ces activités limite les opportunités
d'immersion et d'usage actif de la langue en dehors du cadre familial.
On peut penser que l'absence d'activités
régulières en français pourrait à terme affaiblir
la compétence des enfants dans cette langue, en particulier dans des
compétences telles que la lecture et la compréhension orale.
Notre hypothèse est que les familles souhaitant préserver la
langue française devront mettre en place des stratégies
conscientes et explicites pour enrichir l'environnement francophone de leurs
enfants au quotidien.
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