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Le maintien du francais en contexte d expatriation


par Julie Horel
Universite de Rouen Normandie - Master Sciences du langage 2025
  

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5.2 Quelle exposition au français ?

Les recherches en acquisition des langues soulignent l'importance du temps et de la qualité d'exposition pour le développement et le maintien d'une langue. Pour les enfants francophones scolarisés dans des établissements anglophones, l'exposition au français repose principalement sur les initiatives mises en place par leur famille. Dans un contexte où l'anglais occupe une place prépondérante dans leur quotidien, il est essentiel de comprendre quand, où et comment ces enfants sont exposés au français. Cette section s'attache donc à analyser les différentes stratégies adoptées par les parents pour accroître cette exposition.

Dans cette section, nous analysons les activités extra-scolaires pratiquées par les enfants en anglais et en français afin de mieux comprendre les dynamiques d'exposition aux deux langues en dehors

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du cadre scolaire. Les activités extra-scolaires désignent ici toutes les pratiques menées en dehors du temps scolaire structuré, telles que la lecture, le sport, la culture ou encore la consommation de médias.

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Figure 10 et 11 : analyse comparative des activités extra scolaires comparative

Les données présentées dans les graphiques permettent d'examiner la répartition linguistique des activités extra-scolaires des enfants, en comparant leur usage de l'anglais et du français. Trois types d'activités ont été analysés : la lecture, les activités sportives ou culturelles et le visionnage de la télévision ou de films. Les résultats montrent une prédominance de l'anglais dans la plupart des activités extra-scolaires, ce qui soulève des interrogations sur la place du français dans le quotidien des enfants.

Le premier graphique indique que la lecture en anglais est une pratique largement répandue. La grande majorité des familles déclarent que leur(s) enfant(s) lisent au moins une fois par semaine en anglais, et une proportion significative le fait quotidiennement. En revanche, la lecture en français est bien moins fréquente : moins d'une dizaine de familles seulement affirme que leur(s) enfant lisent régulièrement en français, tandis qu'un nombre élevé (environ 12) déclarent ne jamais ou presque jamais lire en français et ceci malgré que les parents déclarent encourager leur(s) enfant(s) à lire en français, comme nous l'avons vu dans la section précédente.

Ce phénomène peut s'expliquer par plusieurs facteurs. D'une part, l'anglais est souvent la langue dominante du système scolaire, ce qui favorise l'accès aux livres en anglais, d'autant plus que la plupart des écoles ont une bibliothèque et permettent aux enfants d'emprunter un certain nombre de livres par semaine. D'autre part, les bibliothèques publiques et gratuites d'Abu Dhabi offrent une quantité bien plus importante de livres en anglais qu'en français, ce qui limite les opportunités de lecture en français.

Le graphique sur les activités en anglais montre que plus de 15 familles déclarent que leur(s)enfant(s) participent à des activités sportives ou culturelles au moins une fois par semaine en anglais, et plus de 10 déclarent qu'ils les pratiquent quotidiennement. En revanche, l'équivalent en français révèle une tendance opposée : la majorité des familles (plus de 20) déclarent ne jamais ou presque jamais prendre part à de telles activités en français.

Cette tendance peut être expliquée par plusieurs raisons : d'une part, la totalité des clubs sportifs et culturels fonctionne en anglais, ce qui limite l'accès à des alternatives francophones pour les familles souhaitant renforcer l'usage du français. D'autre part, les écoles proposent toutes des activités extra-scolaires au sein de l'établissement, lesquelles se déroulent également en anglais. Cette omniprésence i de l'anglais dans les loisirs et activités extra-scolaires renforce son statut de langue de communication dominante, y compris parmi les enfants francophones.

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Il existe des alternatives en français, notamment à travers les activités proposées par les Alliances françaises, mais celles-ci sont souvent plus coûteuses et peuvent poser un problème d'ordre pratique et logistique aux parents vivant loin de ces centres. En comparaison, les activités extra-scolaires proposées directement par les écoles sont plus accessibles, à la fois en termes de coût et de logistique, puisqu'elles ne nécessitent pas de transport supplémentaire. Cet aspect pratique peut également expliquer pourquoi les enfants sont davantage engagés dans des loisirs en anglais.

Le visionnage de la télévision et des films en anglais est très courant : plus de 10 familles déclarent que leur(s) enfant(s) regarde(nt) la télévision ou des films en anglais tous les jours, tandis que la majorité le fait au moins une fois par semaine. En revanche, l'exposition au français via ces mêmes médias est bien plus réduite : la plupart des enfants regardent rarement ou jamais du contenu en français, avec seulement quelques enfants le faisant au moins une fois par semaine.

Ce résultat peut être attribué à l'omniprésence des contenus audiovisuels en anglais, qui dominent les plateformes de streaming et la télévision par satellite. De plus, les habitudes familiales jouent un rôle clé : si les parents consomment majoritairement des contenus en anglais, il est probable que les enfants suivent cette tendance.

Aux E.A.U, les films diffusés au cinéma sont en anglais avec des sous-titres en arabe. Il y a quelques années, certains films étaient également sous-titrés en français, mais cette initiative n'a pas perduré. Les raisons pour lesquelles cette option a été mise en place puis abandonnée me sont inconnues, mais cela reflète sans doute une adaptation aux préférences du public majoritaire et aux dynamiques linguistiques locales.

En conclusion, ces résultats soulignent une prédominance marquée de l'anglais dans les activités extra-scolaires, ce qui pourrait avoir des conséquences sur le maintien du français parmi les enfants francophones. La faible présence du français dans ces activités limite les opportunités d'immersion et d'usage actif de la langue en dehors du cadre familial.

On peut penser que l'absence d'activités régulières en français pourrait à terme affaiblir la compétence des enfants dans cette langue, en particulier dans des compétences telles que la lecture et la compréhension orale. Notre hypothèse est que les familles souhaitant préserver la langue française devront mettre en place des stratégies conscientes et explicites pour enrichir l'environnement francophone de leurs enfants au quotidien.

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