6.1 Le défi du maintien linguistique dans la
durée
Si la volonté de maintenir la langue familiale est
souvent affirmée dans les premières années d'expatriation,
cette motivation tend à s'éroder au fil du temps. Le quotidien,
les ajustements liés à la vie à l'étranger, ainsi
que les multiples sollicitations extérieures contribuent progressivement
à affaiblir la rigueur initialement mise en place au sein du foyer.
Plusieurs témoignages recueillis dans le cadre de cette
recherche soulignent ce phénomène : des parents qui, dans un
premier temps, avaient instauré des règles claires visant
à favoriser l'usage du français à la maison, reconnaissent
qu'après quelques années, ces règles sont devenues plus
souples, voire ont été partiellement abandonnées. En
effet, l'analyse des familles interrogées révèle
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plusieurs tendances significatives dans la relation entre la
durée de résidence aux Émirats et les stratégies de
maintien du français. Une première observation concerne la
difficulté croissante à maintenir une instruction formelle en
français à mesure que les années passent. Les familles
installées depuis plus de dix ans (Famille 1 et Famille 3) ont, au
départ, tenté d'introduire un enseignement formel via le CNED ou
des cours en ligne, mais ont progressivement arrêté, souvent faute
de temps ou en raison des tensions engendrées par cette exigence. Cette
tendance suggère que l'investissement initial dans l'enseignement du
français peut s'éroder avec le temps, sous l'effet des
contraintes quotidiennes et de l'adaptation progressive au contexte anglophone
dominant.
Dans le cadre de nos entretiens, une corrélation
intéressante apparaît entre la durée de résidence et
la fréquence du mélange des langues. Les familles
installées depuis plus de dix ans rapportent un mélange plus
important entre le français et l'anglais au sein du foyer, comme
l'illustrent les cas de la Famille 1 et de la Famille 3, où les parents
observent une tendance marquée à l'alternance codique et une
difficulté à maintenir le français comme langue principale
au sein du foyer. Ce phénomène peut s'expliquer par le fait que,
sur le long terme, les enfants sont exposés à un environnement
majoritairement anglophone, d'abord à l'école, dans les
interactions sociales et parfois même au sein de la fratrie, ce qui
conduit à un renforcement progressif de l'anglais dans leur
répertoire linguistique. À l'inverse, les
familles résidant depuis une période plus courte, comme la
Famille 2, rapportent un contrôle plus strict du langage
à la maison, ce qui limite le mélange des langues.
Cette usure de l'engagement linguistique peut également
s'expliquer par la fatigue psychologique qu'implique une vigilance constante,
notamment lorsqu'elle s'exerce dans un cadre familial où les enjeux
affectifs interagissent avec les enjeux éducatifs. À
long terme, maintenir une politique linguistique familiale rigoureuse
peut générer des tensions, voire un sentiment de fatigue ou de
culpabilité chez les parents, qui n'arrivent plus à faire
respecter les règles qu'ils avaient définies.
Dans le même sens, une corrélation
intéressante apparaît entre la durée de résidence et
la fréquence du mélange des langues. Les familles
installées depuis plus de dix ans rapportent un mélange plus
important entre le français et l'anglais au sein du foyer, comme
l'illustrent les cas de la Famille 1 et de la Famille 3, où les parents
observent une tendance marquée à l'alternance des langues et une
difficulté à maintenir le français comme langue
principale. Ce phénomène peut s'expliquer par le fait que, sur le
long terme, les enfants sont exposés à un environnement
majoritairement anglophone à l'école, dans les interactions
sociales et parfois même au sein de la fratrie, ce qui conduit à
un renforcement progressif de l'anglais dans leur répertoire
linguistique. À l'inverse, les familles résidant
depuis une période plus courte, comme la Famille 2,
rapportent un contrôle plus strict du langage à la
maison, ce qui limite le mélange des langues.
Ainsi, le défi ne réside pas uniquement dans la
mise en place initiale d'un environnement propice à la langue familiale,
mais surtout dans la capacité à maintenir cet engagement dans la
durée, malgré les obstacles, les fluctuations de motivation, et
l'évolution naturelle des dynamiques familiales et sociales.
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