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Le maintien du francais en contexte d expatriation


par Julie Horel
Universite de Rouen Normandie - Master Sciences du langage 2025
  

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6.2 Le maintien linguistique à l'épreuve des contraintes du quotidien

Parmi les différents éléments qui ressortent des entretiens menés auprès des familles francophones, le manque de temps apparaît de manière particulièrement récurrente. Il constitue même, pour beaucoup de parents, l'un des principaux freins à la transmission active du français à la maison. Cette contrainte est systématiquement évoquée, qu'elle soit liée à l'organisation familiale, aux obligations scolaires des enfants ou à la charge professionnelle des parents.

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Ces enfants sont scolarisés dans des établissements anglophones où l'ensemble des apprentissages se fait en anglais. Après leurs journées d'école, ils doivent souvent faire des devoirs dans cette même langue, ce qui réduit considérablement le temps disponible pour pratiquer le français à la maison. À cela s'ajoutent les activités extrascolaires (sport, musique, clubs...), très présentes dans la vie des enfants interrogés, et qui se déroulent elles aussi, presque toujours, en anglais.

Les parents eux-mêmes soulignent qu'à la fin de la journée, ils manquent d'énergie pour instaurer des moments d'échange en français. Lire une histoire, discuter en famille ou simplement jouer avec les enfants dans la langue minoritaire demande non seulement du temps, mais aussi une disponibilité mentale difficile à mobiliser en fin de journée.

Certaines familles, bien qu'ayant mis en place des stratégies au départ, reconnaissent avoir progressivement relâché leurs efforts face aux contraintes du quotidien ou au manque d'adhésion des enfants. Comme en témoigne une mère : « On a arrêté les cours de français parce qu'il n'aimait pas ça, et on n'a pas vraiment repris autre chose depuis. » Ce type de témoignage illustre une dynamique fréquente, où la transmission linguistique, bien qu'intentionnelle, se heurte à la fatigue parentale, au manque de temps ou au rejet de l'enfant.

Les témoignages que nous avons recueillis illustrent bien l'écart entre l'intention éducative (maintenir le français comme langue vivante au sein du foyer) et la réalité quotidienne, marquée par la fatigue et la pression des emplois du temps. Pour certains parents, ces contraintes ne laissent que les week-ends comme espace potentiel pour "retrouver" le français, mais ces moments sont eux aussi souvent accaparés par les sorties et les activités en extérieur. Plusieurs parents expriment un sentiment de frustration, voire d'échec, face à cette difficulté à créer un environnement propice à l'usage régulier du français. Le manque de temps n'est pas simplement une excuse ou un prétexte, mais bien une contrainte structurelle, vécue de manière concrète et un peu pesante. Il ne s'agit pas seulement d'une mauvaise organisation individuelle, mais d'un phénomène lié à un mode de vie plutôt intense, caractéristique de nombreux foyers expatriés dans des contextes comme celui d'Abu Dhabi.

Ce constat rejoint les travaux d'Annick De Houwer, qui insiste sur le fait que la transmission d'une langue minoritaire n'est jamais un processus spontané : elle demande des efforts soutenus, un environnement favorable et surtout, un climat émotionnel positif autour de la langue1. Or, lorsque le français devient un objectif parmi d'autres dans un quotidien déjà surchargé, il peut se transformer en source de stress plutôt qu'en plaisir partagé. La contrainte de temps pèse alors directement sur la qualité de l'exposition à la langue.

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