SECTION 2. FAIBLESSES ET
CADRE NORMATIF DE LA PROTECTION DE L'ENFANCE
1. LES FAIBLESSES DE LA PROTECTION PAR LES ONG
Les faiblesses liées à la protection de l'enfant
par les ONG sont à rechercher dans la nature de leur intervention et
dans leur organisation sur le terrain.
a. La nature de l'intervention
L'intervention des organisations non gouvernementales,
nationales ou internationales, en faveur de la protection de l'enfant consiste
en des actions de caractère social ou des plaidoyers afin que les
situations de violation prennent fin.
v Le caractère essentiellement social de
l'intervention
Un large volet de l'intervention des ONG est de
caractère social et caritatif et consiste en des dons en faveur de
l'enfance malheureuse ou en difficulté notamment en conflit avec la
loi. Ce volet consiste aussi en la prise en charge des enfants
infectés ou affectés par le VIH/SIDA. Mais limitée
à ce volet, la protection ne vise là que les effets d'une
situation sans en rechercher les causes.A titre, il s'agit notamment :
Ø Des facteurs conjoncturels (facteurs politiques et
militaires et leurs impacts d'une part, absence ou mauvais fonctionnement de
l'appareil étatique et leurs conséquences d'autre part) : le
contexte de crise a créé des conditions favorables ou aggravantes
pour la violation des droits de l'enfant ;
Ø Des facteurs structurels c'est-à-dire d'un
côté le contexte historique, socio-économique et culturel
et de l'autre la faiblesse du cadre normatif interne et de l'engagement de
l'Etat dans les instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme.
Tous ces facteurs favorisent les violations faites aux droits
de l'enfant, que ce soit le droit à la non-discrimination, le droit
à la vie , à l'identité et à la nationalité,
le droit à la protection sociale et contre les pires formes de travail
et les autres exploitations, les droits aux libertés, le droit à
l'éducation, à la santé, tous ces droits qui ont
amené les Nations à faire de l'enfant « un sujet de
droit...reconnu dans ses capacités » et dont
l'« avis est davantage pris en compte à différents
niveaux...». (Françoise Martinetti,
2007)
S'attaquer aux effets pour soulager les enfants est vital,
mais cibler les racines pour enrayer les causes semble plus apte à
engendrer des solutions durables. C'est pourquoi les actions de plaidoyer des
ONG sur le terrain sont indispensables mais sont en bute à des
difficultés liées au contexte politique.
v Les difficultés
du plaidoyer des ONG
Les ONG qui s'investissent dans le plaidoyer ne disposent pas
d'un réel moyen de pression supplémentaire en dehors des rapports
circonstanciés, périodiques ou des rapports alternatifs devant
les organes de garantie du système international ou du système
régional. Ces ONG disposent de peu de moyens de contrainte juridique et
politique face à des acteurs insensibles et insuffisamment imbus de
valeurs de la personne humaine. Or un plaidoyer efficace pour la défense
des droits humain suppose la mise en jeu d'actions à intensité
graduelle, allant des campagnes de sensibilisation et d'information aux marches
et sit-in en passant par les négociations, des communiqués de
presse, des déclarations ou toutes autres actions visant à
obtenir la cessation des violations des droits humains ou empêcher leur
commission.
b. L'organisation des ONG sur le terrain
Les ONG sont inégalement réparties sur le
territoire. Elles manquent de coordination entre elles relativement à
leurs activités, ce qui là aussi crée des chevauchements
à l'instar de la répartition dans les zones couvertes.
v L'inégale couverture du
territoire
Les ONG choisissent leurs zones de couverture en fonction de
l'intérêt et de l'évaluation de la situation faite par
chacune d'elles. C'est ainsi que certaines régions ont pu
bénéficier de l'afflux massif d'ONG qui s'y sont
installées et opèrent depuis ou même avant le
déclenchement de la crise. Avant de s'installer les ONG opèrent
des découpages territoriaux et des rattachements de localités.
Seules sont bénéficiaires de leurs actions, les localités
qui se retrouvent dans les délimitations par elles faites. Ces
délimitations ne se soucient pas de la couverture du territoire entier
du pays et les critères varient en fonction de leurs domaines
d'intervention.
v Le manque de coordination et le chevauchement des
activités liées à la protection
Ce manque de coordination existe au niveau du choix des zones
de couverture et des activités que mènent ces ONG.
S'agissant du manque de coordination au moment du choix des
zones de couverture, chaque ONG ne tient pas compte de l'existence sur place
d'autres organisations avant de se décider à couvrir telle ou
telle zone. En conséquence, plusieurs ONG intervenant sur le même
plan se retrouvent concentrées dans les mêmes régions sans
nécessairement que cette concentration soit justifiée par des
besoins particulièrement énormes et pressants de protection.
Par ailleurs, les activités relatives à la
protection étant multiformes, il y aurait plus d'efficacité dans
la couverture des mêmes régions par des organisations intervenant
sur des volets différents de sorte que leurs activités soient
complémentaires les unes des autres. Or sur le terrain, il est
remarqué que ces activités se chevauchent et donnent des
résultats qualitativement et quantitativement insuffisants.
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