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Echos faunistiques et liens sacrés dans nicostratos d'Eric Boisset


par Sarra Halim
Université de Jijel - Master 2 Littérature  2023
  

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ANNEXE

méthodiquement égorgé les prétendants au trône, et ce, afin d'éviter une épidémie. Notez cette astuce, elle peut être utile aux jaloux rancuniers. Chaque fois que je vais en Grèce, il me semble que j'entre dans ces légendes. Elles ont à mes yeux la réalité de faits historiques. Au coeur de chaque forêt d'oliviers, je m'attends à croiser Pan ou le Minotaure.

JG : Racontez-nous les circonstances curieuses dans lesquelles est née l'idée de ce roman. Le hasard des routes que vous empruntez est-il, pour vous, source de création romanesque ?

ÉB : Je ne voyage pas pour trouver l'inspiration, à laquelle je ne crois guère, sans doute parce qu'elle ne m'a jamais visité. Étant d'un naturel contemplatif (le synonyme élégant de fainéant), je me contente de flâner au hasard des rues, le nez au vent. À Mykonos, j'étais assis à une terrasse de café et je savourais un ouzo bien frais lorsqu'un garçon âgé d'une douzaine d'années est venu se planter devant moi. Il portait une chemise blanche dont il avait retroussé les manches sur ses avant-bras hâlés. Son pantalon usé jusqu'à la corde s'effilochait sur ses pieds nus. Il avait un visage mince de jeune corsaire. Ses yeux noirs brillaient d'une malice frondeuse. Quant à sa tignasse, dont une boucle épaisse retombait sur son front, c'était la plus embrouillée que j'aie vue de ma vie. Comme il ne parlait que le grec, j'ai renoncé à lui demander ce qu'il voulait. Je n'en ai d'ailleurs pas eu le temps puisque, tout à coup, il a sifflé entre ses doigts, faisant sursauter les touristes assis aux tables voisines. D'une terrasse, s'est envolé un pélican qui est venu se poser devant moi. Pile dans l'axe de mon regard, à moins d'un mètre. J'avoue avec honte que j'en ai avalé mon ouzo de travers. Les pélicans blancs sont vraiment de très gros oiseaux. Le spécimen qui me toisait était un monstre d'un mètre soixante de haut, aux yeux en boutons de bottines, au bec arc-en-ciel prolongé d'un crochet rouge sang et aux larges pattes palmées pourvues de griffes. Je m'apprêtais à empoigner la carafe pour me défendre lorsque, sur un ordre de son maître, il écarta les ailes. Titubant comme un ivrogne, il s'avança entre les tables pour y dérober des paquets de cigarettes et des briquets qu'il mit dans la drôle de poche pendouillant sous son bec. Les touristes poussaient des cris d'enthousiasme et le mitraillaient. Le cabotin, qui se prénommait Petros, prenait la pose, ravi de son petit succès. J'étais totalement interloqué par ce retournement de situation. Le monstre ne songeait ni à m'ouvrir la gorge d'un coup de bec, ni à me crever les yeux, ni à me lacérer le visage avec ses palmes. Tout au contraire, il s'est dandiné jusqu'à moi d'une démarche pataude pour me pincer tendrement le bras en signe d'amitié. Son maître a aussitôt aboyé un ordre sec. Le pélican a écarté les ailes, couru trois pas et bondi vers la nue. Tout en lâchant une poignée de piécettes tintinnabulantes dans la casquette de l'oiseleur, je me suis dit que je tenais les deux héros de mon prochain roman.

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