ANNEXE
JG : Qu'est-ce qui caractérise l'amitié
entre l'homme et l'animal, et, plus particulièrement, l'amitié
entre un enfant - ou un adolescent - et un animal, selon vous ?
ÉB : « La terre a une peau et
cette peau a des maladies ; une de ces maladies s'appelle l'homme. » Cette
citation de Friedrich Nietzsche claque comme un coup d'aile de pélican.
Hélas, elle est toujours d'actualité. L'homme est le
super-prédateur de notre planète agonisante. Il a pour victime de
prédilection l'animal, qui représente l'état de nature
virginale. Quand un enfant noue une relation avec une bête, il entre en
contact avec la part sauvage et pure de lui même. Un spectateur me disait
ceci à la sortie du film : « Le pélican est très peu
expressif et c'est justement pour cela qu'il est bien choisi : le père
de Yannis est-il plus expressif envers son fils que ne l'est Nicostratos ? Et,
au travers de cet animal inexpressif au possible, n'est-ce pas aussi l'image de
son père que Yannis apprivoise ? Qui plus est, Yannis accorde à
ce jeune animal l'attention qu'il aimerait recevoir de la part de son
père, ce qui lui donne l'impression de réussir à où
ce dernier a échoué. » Très pertinent ! J'avoue que
je n'y avais pas pensé en écrivant le roman. Je crois que les
animaux nous renvoient à la meilleure part de nous-mêmes.
JG : Que signifie le choix d'écrire des romans
pour la jeunesse ? Est-ce une partie de vous-même que vous continuez de
vivre à travers la fiction ?
ÉB : Cette distinction entre roman
destiné à la jeunesse et roman pour adultes m'a toujours paru un
peu artificielle. Je ne songe jamais à mes lecteurs quand
j'écris. J'essaie simplement d'agencer mes phrases aussi harmonieusement
que possible. Comme la clarté n'est pas ma langue maternelle, il me faut
déployer des trésors de patience et d'astuce pour parvenir mes
fins. Et c'est précisément ce qui me plaît dans
l'écriture : parvenir à mettre de l'ordre dans le chaos de la
pensée. Qu'on ne se méprenne pas : je ne suis pas un vieil enfant
emmailloté d'oripeaux adultes. Rien n'est plus pathétique
à mes yeux qu'une grande personne affligée du complexe de Peter
Pan ! Mais nul ne peut échapper à sa part d'enfance. Un adulte
chimiquement pur, ça n'existe pas. Comment pourrait-on vivre
amputé de ce qui nous a construits ?
JG : Vous êtes co-scénariste du film
Nicostratos le pélican d'Olivier Horlait. Qu'avez-vous découvert
du cinéma ? Pour vous, qu'est-ce qu'une bonne adaptation
cinématographique de roman ?
ÉB : Je connaissais le travail
d'Olivier et mon postulat a été le suivant :
cinématographiquement, il sait et j'ignore. Pour le reste, on discute.
Adapter un roman, c'est rendre cinématographique ce qui est
littéraire. Nous avons dû entièrement
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