3.5Pouvoir Pathogène
3.5.1Dysenterie bacillaire
C'est la forme la plus sévère des infections
à Shigella(Charles & Jean-Louis, 2007). Elle est due à S.
dysenteriae, sérotype 1. Après une brève incubation de 1
à 2 jours, elle se traduit pardes douleurs abdominales, de la
fièvre et l'émission de selles afécales faites de glaires
mucosanglantes(Charles & Jean-Louis, 2007). Des perforations coliques
peuvent se produire. La maladie peut se propager sur le mode
épidémique et entraîner une mortalité
appréciable sur des terrains fragiles(Charles & Jean-Louis,
2007).
3.5.2 Syndrome diarrhéique
Les infections à Shigella se traduisent plus
souvent par une diarrhée d'allure plus commune. Elles surviennent
surtout chez l'enfant(Charles & Jean-Louis, 2007). La diarrhée peut
être sanglante et suivie parfois d'un syndrome hémolytique et
urémique. Les infections à Shigella sont très
fréquentes dans les pays en voie de développement, mais
s'observent aussi dans nos régions, avec une incidence beaucoup plus
faible(Charles & Jean-Louis, 2007). Les shigelles sont responsables d'une
partie des diarrhées des voyageurs(Charles & Jean-Louis, 2007).
3.5.3Facteurs de
Pathogénicité
ü Pouvoir invasif
Les shigelles envahissent le côlon (surtout dans sa
partie distale) et provoquent une intense réaction inflammatoire au
niveau de la muqueuse et de la lamina propria, ainsi que des
ulcérations(Charles & Jean-Louis, 2007). Les bactéries n'ont
pas tendance à se propager au-delà du côlon. Les shigelles
ont la capacité d'envahir des cellules épithéliales
grâce à un groupe de gènes plasmidiques (Ipa)(Charles &
Jean-Louis, 2007). Elles provoquent au niveau de la cellule
épithéliale des remaniements du cytosquelette qui permettent leur
ingestion par un processus analogue à la phagocytose(Charles &
Jean-Louis, 2007). Les shigelles lysent ensuite la vacuole de phagocytose et se
multiplient activement dans le cytoplasme(Charles & Jean-Louis, 2007).
Elles peuvent se déplacer dans la cellule et même d'une cellule
à l'autre en provoquant une polymérisation de l'actine à
un de leur pôle (grâce à un autre gène plasmidique).
Lorsqu'elles sont phagocytées par des macrophages elles provoquent la
mort cellulaire par apoptose et la libération de cytokines
pro-inflammatoires, comme l'IL-1â. Les lésions semblent
résulter à la fois de la prolifération bactérienne
intracellulaire et de la réponse inflammatoire très
intense(Charles & Jean-Louis, 2007).
ü Toxines
S. dysenteriae produit une toxine de structure complexe, faite
d'une chaîne polypeptidique A et de 5 chaînes B. Les chaînes
B assurent la fixation de la toxine sur son récepteur cellulaire. La
chaîne A pénètre dans la cellule et clive un résidu
adénine au niveau d'un ARN ribosomal(Charles & Jean-Louis, 2007).
Cette altération entraîne l'arrêt des synthèses
protéiques et la mort cellulaire. La diffusion de la toxine de Shiga
semble impliquée dans le syndrome hémolytique et urémique.
Elle est très proche de la Shiga-like toxin des Escherichia
coli entérohémorragiques. Deux entérotoxines (1 et 2)
ont été décrites. Elles jouent un rôle dans la
diarrhée(Charles & Jean-Louis, 2007). L'entérotoxine 1 est
produite par S. flexneri, l'entérotoxine 2, codée par un
gène plasmidique, peut être produite par différentes
espèces de shigelles(Charles & Jean-Louis, 2007) .
3.5.4Surveillance
La détection et la notification rapides des cas de
diarrhée sanglante constituent la première étape,
capitale, de la surveillance de la shigellose endémique et de la lutte
contre la shigellose épidémique, et également des
flambées de cas de dysenterie dus à E. coli
entéro-hémorragique(World HealthOrganization, 2008). Le nombre de
cas de diarrhée sanglante et de décès associés doit
être déterminé et rapporté pour deux groupes
d'âge, les enfants de moins de cinq ans et les patients de cinq ans et
plus--'--'-(Ung et al., 2019). Tous les établissements de santé
doivent désigner un responsable qui sera chargé de la
notification exhaustive des cas de diarrhée sanglante et des
décès associés(World Health Organization, 2008). Les
rapports doivent être envoyés une fois par semaine au responsable
sanitaire de district chargé de la surveillance de l'apparition des cas
et de la détection des flambées épidémiques. Aux
fins de surveillance, la définition standard des cas de diarrhée
sanglante ou de dysenterie est « diarrhée avec présence de
sang visible dans les selles »(World Health Organization, 2008).
Shigella est fortement associée à la
dysenterie (McQuade et al., 2020).En conséquence, les lignes directrices
de l'OMS recommandent le traitement de tous les cas pédiatriques de
dysenterie avec de la ciprofloxacine ou de l'azithromycine pour une infection
présumée à Shigella (Williams, 2018).
|