Paragraphe 2: Mécanismes de répression
En droit, le mécanisme de répression est souvent
lié à la régulation et à la sanction des
comportements illégaux, ou contraires à l'ordre socio-public,
bref infractions. Il fait référence à l'ensemble des
dispositifs juridiques et des procédures qui visent à sanctionner
les infractions à protéger la société et à
maintenir l'ordre public, c'est-à-dire il dissuade les comportements
criminels par la menace de la sanction en offrant des recours aux victimes
d'infractions.
Cependant, en RDC la protection pénale des enfants
accusés de sorcellerie est faible. Les enfants accusés de
sorcellerie sont affectés par la défaillance ou même
l'absence des mécanismes, y compris l'impunité quasi-totale pour
les auteurs de ces abus. Les accusations de sorcellerie à l'égard
des enfants persistent dans la plupart des communautés, souvent en
raison des croyances traditionnelles profondément ancrées
malgré les mécanismes de répression.
a) Mécanisme normatif
Dans ce module, nous allons essayer d'analyser la norme
nationale majeure, c'est-à-dire nous allons aborder les orientations
fondamentales de la législation congolaise concernant l'administration
de la justice pour mineurs. Aussi sans oublier certaines normes internationales
de protection de l'enfant : en l'occurrence la Convention relative aux droits
des enfants.
Il convient de noter qu'avant l'adoption de la loi
n°09/001 du 10 Janvier 2009 portant protection de l'enfant, les
orientations fondamentales congolaises sur l'administration de la justice pour
enfants étaient traduites par le décret du 06 Décembre
1950 relative à l'enfance délinquante36
? Norme internationale : Convention relative aux droits de
l'enfant du 20 Novembre
1989
La Convention relative aux droits de l'enfant est un document
important qui a transformé la situation juridique de l'enfant : d'objet
de protection, il est devenu sujet et titulaire des droits. Dans le
préambule de cette convention, on réaffirme que les enfants ont
besoin d'une protection et d'une assistance particulières en raison de
leur vulnérabilité :
36 Le Décret du 06 Décembre 1950 relatif
à l'enfance délinquante
16
"l'enfant, en raison de son manque de maturité
physique et intellectuelle, a besoin d'une protection spéciale et des
soins spéciaux, notamment d'une protection juridique appropriée,
avant comme après sa naissance."37
? Norme Nationale: La loi n°09/001 du 10 Janvier 2009
portant protection de l'enfant
L'ordonnance-loi du 4 Juillet 1978, avait abaissé
l'âge de la majorité pénale à 16 ans en 1950.
Cependant, ce décret a créé un problème car il fut
contraire à la Convention relative aux droits des enfants et à la
Charte africaine du droit et du bien-être de l'enfant38,qui
définissent par enfant: toute personne de moins de dix-huit
ans39. Et même dans la pratique judiciaire, les magistrats du
parquet exerçaient des poursuites pénales contre les enfants
âgés de moins de seize ans considérés comme majeur
sur le plan pénal, les plaçaient en détention notamment
sous mandat d'arrêt provisoire dans les cachots et amigos et dans ses
mêmes conditions que les adultes. Les Tribunaux pénaux ordinaires
prononçaient notamment des peines de servitude pénale contre les
enfants âgés de moins de seize ans. Ces derniers se retrouvaient
ainsi en prison.40
En même temps, la société congolaise s'est
soulevée où plusieurs enfants se trouvent dans des situations
difficiles et qui ont plus besoin des mesures de protection sociale. C'est
ainsi qu'il avait des enfants qui vivaient dans la rue qualifiés des
shegués ou phaseurs (enfants dans la
rue )41.
Par ailleurs, la constitution du 18 Février 2006
prévoit des dispositions spécifiques sur l'enfant, notamment en
son Article 41 Alinéa 1 disposant: "L'enfant mineur est toute personne
sans distinction de sexe, qui n'a pas encore atteint 18 ans révolus.
Tout enfant à droit de connaître le nom de son père et de
sa mère. Il a également le droit de jouir de la protection de sa
famille, de la société et des pouvoirs publics. L'abandon et la
maltraitance des enfants, notamment la pédophilie, les abus sexuels,
ainsi que l'accusation de sorcellerie sont prohibée et punis par la loi,
Les parents ont le devoir de prendre soin de leurs enfants et d'assurer leur
protection contre tout acte de violence tant à l'intérieur
qu'à l'extérieur du foyer. Les pouvoirs publics ont l'obligation
d'assurer une protection aux enfants en situation
37 Préambule de la Convention relative aux
droits de l'enfant de 1989
38 La Charte africaine du droit et bien être de
l'enfant : adoptée lors de la 26eme Conférence des chefs d'Etats
et de gouvernements de l'Organisation de L'Unité Africaine en juillet
1990. Entrée en vigueur le 29 Novembre 1999.
39 R. KIENGE-KIENGE INTUDI, Droit de protection de
l'enfant, note de cours pg109
40 Idem, P110
41 Ibidem, p.110.
17
difficile et de déférer devant la justice les
auteurs et les complices des actes de violence à l'égard des
enfants. Toutes les autres formes d'exploitation d'enfants mineurs sont punies
par la loi."42
Pour harmoniser la législation congolaise avec ces
standards internationaux et éviter de stigmatiser l'enfant, que la loi
de 2009 fut adoptée.
Contrairement au décret du 6 Décembre 1950 sur
l'enfance délinquante, la loi de 2009 organisé en outre la
protection judiciaire (titre 3), la protection sociale (titre 2) et la
protection pénale (titre 4) et des dispositions générales
(titre 1). Le titre 5 de la loi est consacré aux dispositions
transitoires, abrogatoires et finales.
Comme défini à son Art 2 point 1, l'enfant est
toute personne âgée de moins de dix-huit ans. Cette loi a pour
objet de déterminer les principes fondamentaux relatifs à la
protection et à la promotion de l'enfant en République
Dominicaine du Congo. (Cfr Art 1).
Les principes généraux de la protection de
l'enfant déterminés par cette loi sont de l'article 4 de cette
loi jusqu'à l'article 11 de cette loi et aussi de l'interdiction
d'autres pratiques inhumaines comme la torture et les traitements cruels ou
dégradants dans les articles 9 et 151 de ladite loi.
La loi portant protection de l'enfant a apporté.
D'innombrables innovations ont vu le jour à l'avènement de cette
loi, dite loi n 09/001 du 10 Janvier 2009 portant protection de l'enfant.
La protection sociale de l'enfant est organisée en plus
de la protection judiciaire (titre2), la mendicité et le vagabondage
sont passés des faits de délinquance juvénile ou infantile
à des situations difficiles dans lesquelles se trouvent les enfants et
qui nécessitent des mesures spécifiques de la protection de la
part de l'Etat de type social et non plus judicaire (art62).
Le placement social de l'enfant est institué et
organisé dans sa famille élargie, dans la famille d'accueil ou
dans un foyer autonome (art63,64,65 et 66), la création d'une assistance
par l'Etat aux parents incapables d'assurer la survie de leur enfant (art69),
et l'institution du devoir de l'Etat de subvenir aux besoins sanitaires et
alimentaires de l'enfant
42 Art 41 Alinéa 1 de la Constitution du 18
Février 2006.
18
vivant avec son ou ses parents emprisonnés(art70).
Aussi la création du corps des assistants sociaux parmi les organes de
protection sociale de l'enfant en tant que structure technique du
ministère des affaires sociales (art74 et 76).
Cette loi a créé une brigade spéciale de
protection de l'enfant parmi les organes de protection spéciale de
l'enfant (art74), et a fixé de la majorité pénale à
dix-huit ans, contrairement au décret du 06 Décembre 1950 sur
l'enfance délinquante qui la prévoyait, après sa
modification du 04 Juillet 1978, à 16 ans.
Elle dote à chaque territoire, à chaque ville
d'au moins d'un Tribunal pour enfants qui, entant que juridiction
spécialisée, ne traitera que les affaires des enfants,
contrairement aux Tribunaux de Paix qui sont des juridictions ordinaires (art84
et 200) ; elle institue la présomption irréfragable de l'absence
de discernement de l'enfant à 14ans(art95), et une procédure
extrajudiciaire en l'occurrence : la médiation pour les faits
bénins afin d'éviter à l'enfant des inconvénients
d'une procédure judiciaire (art 132 et 142). Elle interdit et incrimine
l'enrôlement et l'utilisation des enfants dans des groupes et forces
armés, ainsi que dans la police (art71 et 187). Et enfin, cette pose un
tas d'incriminations et d'interdictions dans l'idée de protéger
et de promouvoir les droits des enfants à partir (articles 41, 51, 54,
60, 77, 90, 92, 93, 97).
b) Mécanisme institutionnel
1. Du Tribunal pour enfants
Aux termes de l'art 84 Al 1 de la loi n°09/001 du 10
Janvier 2009 portant protection de l'enfant, est prévue la
création d'un Tribunal pour Enfant dans chaque territoire et dans chaque
ville. Et ce même article indique que le Tribunal pour enfants est une
juridiction spécialisée. 43
Le Tribunal pour enfants est une juridiction
spécialisée chargée de traiter exclusivement les affaires
des enfants aussi bien lorsqu'ils doivent faire l'objet d'un placement social
(cas des enfants en situation difficile),que lorsqu'ils accusés d'avoir
commis un manquement qualifié d'infraction à la loi
pénale.
L'alinéa suivant de l'art 84 qui fixe le siège
ordinaire et le ressort du Tribunal pour Enfants par décret du Premier
Ministre. Additionner que dans le ressort d'un Tribunal pour
43 Art 84 Ali 1 de la Loi portant protection de
l'enfant
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enfants, il peut être créé un ou plusieurs
sièges secondaires dont les ressorts sont fixés par
arrêté du Ministre de la justice.
L'institution du Tribunal pour enfants, comme juridiction
spécialisée exclusivement pour les enfants, est l'une des grandes
innovations apportées par la loi de 2009. Cependant, la Ville ayant
statut de province de Kinshasa compte à ses jours cinq Tribunaux pour
enfants : (Kinkole, Matete, Kalamu, Kinshasa, et Ngaliema).
2. Composition du Tribunal pour enfants
Contrairement aux juridictions ordinaires, le principe de
double degré de juridiction connait son application au sein de la
même juridiction. Le Tribunal pour enfants a une composition
bicamérale en ce sens qu'il est composé d'une part d'une chambre
de première instance et d'une chambre d'appel d'autre part. Ces deux
chambres fonctionnent dans une indépendance totale l'une de l'autre
(art87).
La chambre de première instance siège à
juge unique, alors que la chambre d'appel siège à trois juges
(principe de collégialité, art90)44.
3. Organisation du tribunal pour enfants
Il est composé d'un président et des juges pour
enfants, tous affectés par le Conseil Supérieur de la
Magistrature et le président est chargé de la répartition
des tâches (art88, et 89).
L'article 91 de la loi portant protection de l'enfant nous
renseigne que le Tribunal pour enfant compte un greffier assisté d'un ou
plusieurs adjoints, et il est aussi doté d'un parquet près cette
juridiction et d'au moins d'un assistant social affecté par les services
provinciaux ayant les affaires sociales dans leurs attributions. Le Tribunal
siège avec le concourt du Ministère public du ressort et
l'assistance du greffier45.
? Compétences du Tribunal pour enfants
La compétence au sens administratif du mot signifie le
pouvoir reconnu aux préposés de l'Etat pour accomplir des actes
valides. Le Tribunal soulève 3 compétences : personnelle,
matérielle et territoriale.
44 Art 90 de la Loi portant protection de l'enfant
45 Art 91 de la Loi portant protection de l'enfant
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- La compétence personnelle : est
celle déterminée par la qualité du justiciable. Et
l'article 94 de la loi stipule que: «le Tribunal pour enfants n'est
compétent qu'à l'égard des personnes âgées de
moins de dix-huit ans". Il s'agit bien ici de la compétence
déterminée par l'âge de l'enfant, c'est-à-dire, tous
conflit dans lequel se retrouve être impliqué une personne de
moins de dix ans est dans la compétence personnelle du Tribunal pour
enfants : qu'il soit victime d'une infraction ou auteur de
celle-ci46.
Signalons que dans l'accusation de sorcellerie mise en
évidence par l'art160 de la loi portant protection de l'enfant, c'est
l'enfant : personne âgée de moins de dix-huit ans qui en est la
victime et non l'auteur. En effet, dans cette infraction c'est l'adulte: auteur
de l'infraction, qui accuse l'enfant de sorcellerie.
Cette compétence personnelle a pour corollaire
l'exigence de la spécialisation des juges, des magistrats du parquet et
des avocats qui interviennent au niveau du Tribunal.47
- La compétence matérielle
Comme spécifié dans les deux alinéas de
l'article la loi sous examen, la compétence matérielle du
Tribunal pour enfants est bifacette:48
1) D'une part, le Tribunal pour enfants est seul
compétent pour connaître des affaires dans lesquelles se retrouve
l'enfant (victime ou auteur),
2) Et d'autre part, il connaît également des
affaires se rapportant à l'identité, la capacité, la
filiation, l'adoption et la parenté telles que prévues par la
loi.
- La compétence territoriale
Territorialement, le Tribunal pour enfants est
compétent suivant les conditions de l'art101 de la loi:
- le lieu de la résidence du Tribunal (le ressort), - le
lieu de la résidence habituelle de l'enfant,
- le lieu de la résidence de ses parents ou tuteurs,
46 Art 94 de la Loi portant protection de l'enfant
47 La compétence dévolue au Tribunal
pour enfant nécessite un corps judiciaire aussi spécialisé
en matière d'enfance.
48 Bifacette: qui a deux faces, deux
côtés opposés.
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- le lieu de la commission des faits,
- le lieu où l'enfant aura été
trouvé, et
- le lieu où l'enfant a été placé.
4. Saisine et procédure d'avant le Tribunal pour
enfants
Le tribunal pour enfants est saisi de 3 manières, voir
article 102 49de la loi: par la requête, par la
déclaration spontanée de l'enfant ; et par saisie d'office du
juge. L'alinéa 2 de l'art102 veut que si le Tribunal est saisi par
l'officier de police judiciaire (OPJ), celui-ci en informe immédiatement
l'officier du Ministère public du ressort50
Tout au long de la procédure, l'enfant victime des
allégations sorcelleries bénéficie, sous peine de
nullité de la procédure, les garanties
ci-après(art10451): le droit à la présomption
d'innocence et à un procès équitable, le droit
d'être informé, dans le plus bref délai, dans la langue
qu'il comprend et de manière détaillée de la nature et des
motifs portés contre lui, le droit à l'assistance par un conseil
de son choix ou désigné d'office par le juge, le droit de voir
son affaire être jugée dans un délai raisonnable, le droit
à un interprète, le droit d'être entendu en présence
des parents, du tuteur, de la personne qui en a la garde ou l'assistant social,
le droit au respect de sa vie privée à toutes les étapes
de la procédure.
Le Tribunal pour enfants constitue le premier cadre
institutionnel pour la protection judiciaire et pénale des enfants
accus6de sorcellerie. Cependant, malgré ce mécanisme de
répression tel qu'explicité avant, la protection pénale
des enfants accusés de sorcellerie rencontre des grandes
réalités et des grands défis à survolés.
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