SECTION 1 : L'INVENTAIRE DES OBSTACLES
Bien qu'en place existe une législation en
matière d'enfant : la loi n°09/011 du 10 Janvier 2009 et un cadre
institutionnel en la matière : le Tribunal pour Enfants, plusieurs
obstacles entravent la protection pénale des enfants accusés de
sorcellerie.
Paragraphe 1. Obstacles socio-culturels
a) Obstacles sociaux
- la stigmatisation sociale : la stigmatisation est le
processus de désignation négative de personne ou de groupe en
raison de caractéristiques spécifiques, entrainant exclusion et
discrimination. Les enfants accusés de sorcellerie subissent souvent une
stigmatisation qui peut conduire à leur exclusion sociale et à
des violences physiques ou psychologiques,
- Le manque d'éducation juridique : un déficit
sur l'éducation des droits de l'enfant, - La pauvreté et la
vulnérabilité économique : les familles pauvres peuvent
être moins
inclinées à contester les accusations par peur
des représailles ou en raison de leur
incapacité à engager des procédures
judiciaires,
- La pression communautaire.
b) Obstacles culturels
La protection pénale des enfants accusés de
sorcellerie rencontre plusieurs obstacles culturels :
- Les croyances traditionnelles : dans certaines
communautés congolaises, la sorcellerie est profondément
ancrée dans la culture et les croyances traditionnelles. Ces accusations
sont parfois perçues comme des vérités évidentes
plutôt que les allégations infondées, ce qui complique la
protection juridique des enfants,
84 " Le Recours à l'authenticité dans la
réforme du droit au Zaïre" Gérard CONAC (dir).
Dynamiques et finalités des droits africains, Paris, Economica 1980
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- L'influence des autorités traditionnelles : les chefs
traditionnels jouent un rôle important dans la résolution des
conflits au sein des communautés. Leur influence peut souvent primer sur
les lois formelles entravant l'application des protections légales pour
les enfants,
- Les pratiques de justice informelle : les mécanismes
de justice informelle, qui peuvent inclure des rituels ou des pratiques
traditionnelles, peuvent mener à des violations des droits des enfants
sans recours juridique approprié,
- Le manque des ressources : le système judiciaire, en
particulier dans les zones rurales, manque souvent des ressources, ce qui
limite leur capacité à traiter les affaires de manière
juste et équitable,
- Les attitudes envers le genre : si les filles en particulier
sont moins frappées par ce fléau, les garçons par contre
sont les plus touchés du fait qu'ils peuvent être un surpoids pour
les familles pauvres.
Paragraphe 2. Obstacles légaux et institutionnels
a) Obstacles légaux
- L'inadéquation des lois : les lois en vigueur n'ont
pas spécifiquement abordé les accusations de sorcellerie, rendant
difficile la protection des droits des enfants dans les accusations de
sorcellerie,
- Les définitions floues : la définition
juridique peut varier selon le contexte, ce qui entraîne des
interprétations subjectives et des abus dans l'application de la loi,
- L'inapplication de la loi : bien que la législation
sur la protection des enfants existe,
son application dans ce cas présent est presque morte,
insuffisante et peu claire,
- La faiblesse des mécanismes de signalement : le
mécanisme de signalement des abus et des accusations de sorcellerie ne
sont pas efficaces, ce qui ce qui empêche le cas
d'être traités correctement par les autorités
judiciaires et d'être signalé à temps,
- L'influence des pratiques traditionnelles sur la loi : dans
certains recoins, les pratiques traditionnelles peuvent parfois primer sur le
droit positif, ce qui complique l'application des lois visant à
protéger les enfants.
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b) Obstacles institutionnels
- L'insuffisance et l'inexistence des infrastructures
judiciaires : les tribunaux pour enfants, les maisons d'accueil, les
établissements de garde pour enfant, les établissements de
rééducation pour enfants, etc manquent des infrastructures
adéquates, ce qui nuit à l'efficacité du traitement des
affaires,85
- Les ressources limitées et le manque de budget
alloué à la justice pour enfants : les ressources
financières et humaines sont souvent insuffisantes, ce qui limite la
capacité des institutions à mener les enquêtes approfondies
et à fournir un soutien juridique approprié,86
- La formation inadéquate du personnel : les personnels
judiciaires, policiers et sociaux ne sont pas suffisamment formes pour traiter
les cas impliquant des accusations de sorcellerie et pour comprendre les droits
des enfants87,
- Les difficultés d'accès à la justice :
dans certaines régions, les enfants et leurs familles rencontrent les
obstacles pratiques pour accéder aux institutions judiciaires pour
enfants, notamment en raison de la distance géographique, de
l'enclavement des routes, du coup de transport88, etc.
SECTION 2 : SOLUTIONS POUR UNE PROTECTION
PÉNALE EFFECTIVE DES ENFANTS ACCUSÉS DE SORCELLERIE
Dans cette étude, nous nous sommes fixe comme objectif
d'élucider les différentes violences que subissent les enfants
accusés de sorcellerie en droit congolais, précisément
à Kinshasa, où il s'agit d'une protection pénale aux
enfants.
Le balisage méthodologique nous a amené à
situer le contexte de notre étude tout en présentant le
résultat de notre enquête en avant. Aussi, avons-nous
analysé certaines données sociodémographiques, culturelles
et juridiques disponibles y afférentes89.
85 Entretien avec monsieur Jean DJEMBA, directeur du
centre de placement pour enfant place à la prison centrale de Makala,
réalisée le 06 Mars 2025 a la prison centrale de Makala,
réalisé par MWAYOMO MPOLO Achille
86 Monsieur Jean DJEMBA, directeur de
l'établissement de garde pour enfant à la prison de Makala,
87 Observation directe faite par MWAYOMO MPOLO Achille
à la prison,
88 Propos soutenu par quelques échantillons
à la prison,
89 Balisages : poser des signaux, des marques
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Les résultats de l'enquête ont montré que
les enfants qualifiés des sorciers sont victimes de beaucoup de
violences faites à leur endroit dans leur vécu quotidien. Ces
violences ont pour première sources les mécanismes de "
dépistage de sorcellerie". Cette recherche de la sorcellerie est
menée sur ces innocents enfants par les responsables des églises,
qui les accusent à cet effet. Les autres violences et
sévices90subis les enfants sont par ordre d'importance :
l'abandon et la solitude, les propos injurieux, les moqueries, les coups et
blessures, la privation de repas et de liberté, et les brûlures
corporelles. Nous avons, en outre, remarqué sont exercées par les
membres même de la famille que par l'entourage de l'enfant et
l'école.
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