1.3. Fondements théoriques
1.3.1. Théorie de la monnaie et
innovation monétaire
L'approche métalliste versus chartaliste
Deux grandes écoles de pensée s'affrontent sur
la question de l'origine de la monnaie. Pour les métallistes, avec
Menger (1892) et l'école autrichienne en tête, la monnaie
naît naturellement deséchanges. Face aux limites du troc, les
agents économiques finissent par adopter spontanément un bien
comme intermédiaire d'échange. Sa légitimité vient
de son acceptation collective et de sa valeur propre. Les chartalistes
racontent une histoire différente. Knapp (1905), repris plus tard par
les tenants de la Théorie Monétaire Moderne, insiste sur le
rôle central de l'État. C'est le pouvoir de lever l'impôt et
d'imposer un moyen de paiement qui donne sa valeur à la monnaie. La
confiance qu'on lui accorde dépend directement de la solidité de
l'institution qui l'émet.
L'innovation monétaire comme réponse
adaptative
Schumpeter (1934) a montré comment l'innovation
alimente la dynamique capitaliste. Dans le domaine monétaire, chaque
nouvelle forme répond à des besoins concrets. Silber (1983)
identifie trois moteurs principaux comme : diminuer les coûts de
transaction, rendre l'intermédiation financière plus efficace, et
parfois contourner des règles trop contraignantes. Les lettres de change
au Moyen Âge, puis les billets de banque, les chèques et les
cartes bancaires témoignent de cette évolution constante. Les
portefeuilles mobiles prolongent cette histoire. Ils émergent là
où le système financier traditionnel fonctionne mal, avec ses
coûts élevés et ses barrières à
l'entrée. Dans les pays en développement, ces innovations
contournent carrément les infrastructures bancaires classiques en
s'appuyant sur la téléphonie mobile, déjà
massivement répandue (Jack & Suri, 2011).
La théorie de l'endogénéité
de la monnaie
Les post-keynésiens, notamment Moore (1988) et Lavoie
(1992), ont développé une vision où la masse
monétaire dépend surtout de la demande de crédit. Les
banques commerciales créent de la monnaie scripturale quand elles
prêtent, un processus que la banque centrale ne contrôle
qu'indirectement par les taux d'intérêt. Cette perspective devient
cruciale quand on analyse les portefeuilles mobiles. En créant de
nouveaux circuits de circulation hors du système bancaire classique, ces
instruments changent potentiellement la façon dont la politique
monétaire se transmet à l'économie. Comment la banque
centrale maintient-elle son influence sur la masse monétaire quand une
partie circule ailleurs (Kamgnia, 2015) ?
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