1.3.2. Théorie de la substitution
monétaire (Currency Substitution)
Fondements théoriques de la substitution
monétaire
La substitution monétaire se produit quand les
résidents d'un pays utilisent systématiquement une devise
étrangère à la place ou en complément de leur
monnaie nationale (Calvo & Végh, 1992). Le phénomène a
d'abord été étudié avec la dollarisation en
Amérique latine, mais il s'applique maintenant aux monnaies
électroniques. Alesina et Barro (2001) pointent plusieurs facteurs
déclencheurs. L'inflation chronique mine la capacité de la
monnaie locale à conserver sa valeur. Une banque centrale peu
crédible affaiblit la confiance. L'ouverture commerciale rend les
devises étrangères plus utiles. Même les coûts de
conversion entre monnaies jouent un rôle.
Hysteresis (Latence) et persistance de la
substitution
Un aspect fascinant, c'est la persistance du
phénomène. Guidotti et Rodriguez (1992) ont observé qu'une
fois installée, la substitution monétaire continue souvent
même quand les causes initiales ont disparu. Les coûts
d'apprentissage, les effets de réseau (une monnaie devient plus utile si
tout le monde l'utilise) et la méfiance durablement installée
expliquent cette inertie. En Haïti, la gourde cohabite déjà
avec le dollar dans beaucoup de transactions. L'arrivée des
portefeuilles mobiles ajoute une troisième couche, la monnaie
électronique, qui peut se substituer à la fois aux gourdes
physiques et aux dollars en espèces.
Implications pour la politique monétaire
Quand une part importante des transactions se fait dans une
devise étrangère ou via des instruments alternatifs, la politique
monétaire nationale perd de son mordant (Savastano, 1996). Les
décisions de la banque centrale sur les taux ou la base monétaire
ont moins d'impact sur l'économie réelle. Pour les portefeuilles
mobiles, la situation diffère légèrement. Même s'ils
utilisent généralement la monnaie nationale comme unité de
compte, ils créent des circuits parallèles au système
bancaire formel. La banque centrale doit adapter sa supervision pour garder
prise sur la masse monétaire et la liquidité
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