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Analyse du rôle des portefeuilles mobiles dans le développement de la digitalisation et de la modernisation de la circulation monétaire en Haà¯ti: le cas de Moncash (2018-2025)


par Sebastien DUVERSEAU
Université INUKA - Licence en sciences économiques 2026
  

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2.4. Impact des crises politico-sociales sur le système financier (2018-2025)

De 2018 à nos jours, le pays ne cesse d'enregistrer des moments tumultueux, qui fort malheureusement impactent le fonctionnement de l'économie dans son ensemble et plus particulièrement le système financier.

Chronologie des crises majeures

2018-2019 : Crise PetroCaribe et soulèvement populaire

En juillet 2018, des manifestations éclatent suite à une hausse de 50% des prix du carburant, conséquence de l'effondrement du programme PetroCaribe. Le mouvement #KotKòbPetwoKaribea, lancé par Gilbert Mirambeau Jr. en août 2018, devient viral et déclenche une protestation nationale. Environ 1,3 milliard de dollars auraient disparu durant l'administration Martelly (2011-2016), avec 75% des fonds PetroCaribe évaporés.

Les manifestations de novembre 2018 font 10 morts, celles de février 2019 causent 34 décès et 102 blessés. Le journaliste Rospide Petion est assassiné en juin 2019 après avoir critiqué le gouvernement. Ces événements paralysent régulièrement l'activité économique et bloquent les principales artères routières.

Le système bancaire subit directement ces perturbations : fermetures temporaires d'agences, réduction des heures d'ouverture, ruptures de stock aux distributeurs automatiques. La circulation physique de l'argent devient problématique, les convois de fonds étant souvent impossibles à organiser.

2019-2020 : Instabilité politique et pandémie

En janvier 2020, le Parlement cesse de fonctionner. Le président Moïse gouverne par décrets pendant plus d'un an. La pandémie de COVID-19 atteint le pays en mars 2020. Les restrictions de déplacement et la crainte de contagion poussent la population à éviter les lieux publics, dont les agences bancaires.

2021 : Assassinat présidentiel et séisme

Le 7 juillet 2021, le président Jovenel Moïse est assassiné à son domicile par 28 mercenaires étrangers. Il reçoit 12 balles et son oeil gauche est arraché. Les assaillants tentent de s'emparer de documents et d'espèces (entre 18 et 45 millions de dollars selon les sources). L'absence de blessés parmi les gardes présidentiels soulève des questions sur une complicité interne.

Le 14 août 2021, un séisme de magnitude 7,2 frappe le Sud, causant 2 248 décès et 12 763 blessés. Les dommages économiques atteignent 1,5 à 1,7 milliard de dollars (9,6% du PIB). Environ 800 000 personnes sont affectées. Le lendemain, un séisme de magnitude 5,8 frappe la même zone, suivi de plus de 900 répliques et de la tempête tropicale Grace.

2022-2025 : Emprise des gangs et violence généralisée

La situation sécuritaire se dégrade drastiquement. Environ 200 gangs opèrent dans le pays, dont la moitié à Port-au-Prince. En 2023, les gangs contrôlent plus de 80% de la capitale ; en 2025, les Nations Unies estiment ce contrôle à 90%. Au moins 5 600 personnes ont été tuées en 2024, contre 4 600 en 2023. En 2024, Haïti connaît une multiplication par dix de la violence sexuelle contre les enfants.

Le nombre de policiers en service actif chute de 15 000 en 2020 à 9 000 en 2024 pour une population de plus de 11 millions d'habitants. En 2023, 1 663 policiers quittent leurs fonctions et 22 sont tués. En 2025, 1,4 million de personnes sont déplacées à l'intérieur du pays (+36% depuis fin 2024), dont deux tiers hors de Port-au-Prince.

Conséquences sur l'accès aux services bancaires

Ces crises ont drastiquement réduit l'accessibilité des services bancaires. De nombreuses agences ferment temporairement ou définitivement, particulièrement dans les zones touchées par l'insécurité. Les agences encore opérationnelles fonctionnent avec des horaires réduits et des mesures de sécurité renforcées qui ralentissent le service.

Les files d'attente s'allongent devant les agences et distributeurs, les clients cherchant à retirer suffisamment d'argent pour éviter de revenir fréquemment. Se rendre en ville pour accéder à une agence devient parfois impossible pendant des jours ou des semaines en raison des barrages routiers.

Pénuries de liquidités et ruée vers le cash

Chaque épisode de crise provoque des ruées vers les banques et les guichets automatiques. Ces mouvements de panique entraînent des ruptures de liquidités durant plusieurs jours et paralysent l'activité économique.

La BRH peine à assurer une répartition équilibrée des billets sur tout le territoire. L'insécurité routière entrave le transport de fonds vers les zones éloignées. Le manque persistant de petites coupures ralentit le commerce de détail dans certaines régions.

Dans ce contexte, les acteurs économiques se tournent vers des moyens de paiement alternatifs : chèques postdatés, crédit informel, et surtout services de paiement mobile. Cette évolution contrainte a contribué à familiariser une partie de la population avec les portefeuilles électroniques.

Défis de bancarisation et d'inclusion financière

État de l'exclusion financière

Selon la BRH (2024), seulement 12% de la population possède un compte dans une institution financière formelle, plaçant Haïti parmi les pays les moins bancarisés au monde. Cette exclusion touche particulièrement les femmes, les jeunes, les populations rurales et les travailleurs du secteur informel.

L'enquête FinScope Haiti (2018) révèle que si 18,9% des adultes possèdent un compte bancaire, environ 30% utilisent au moins un produit ou service financier formel ou semi-formel (microfinance, solutions mobiles).

Barrières à l'accès

Obstacles géographiques : Le réseau d'agences se concentre dans les villes. Les populations rurales se trouvent à des heures, voire des jours de trajet de la banque la plus proche, créant un coût réel en temps et en argent.

Obstacles financiers : Les banques imposent des montants minimums pour l'ouverture et le maintien d'un compte, souvent équivalents à plusieurs semaines de revenu pour un travailleur pauvre. Les frais de tenue de compte et les commissions créent une barrière infranchissable pour les ménages modestes.

Obstacles documentaires : L'ouverture d'un compte exige une carte d'identification nationale, des justificatifs de domicile et parfois des preuves de revenus réguliers. Une large part de la population ne possède pas ces documents, vit dans des arrangements informels et tire ses revenus d'activités non documentées.

Obstacles culturels et psychologiques : Le langage bancaire, perçu comme complexe et intimidant, décourage les personnes peu éduquées. L'impression que les banques ne s'intéressent qu'aux riches crée une distance sociale qui renforce l'auto-exclusion.

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