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Les Modes et Les Moyens de Formation Des Termes Biochimiques

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par Houssam Abu Mussallam Houssam El-Yafi
Université Lumière Lyon 2 - DEA en Langues et Cultures étrangères (LTMT) 2004
  

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Sixième chapitre

LA FORMATION DE TERMES ARABES DE BIOCHIMIE PAR RECOURS À L'EMPRUNT

I. Introduction

La possibilité croissante des échanges entre les communautés linguistiques - la communication linguistique - a certainement une conséquence : l'emprunt linguistique.

L'emprunt constitue néanmoins une caractéristique commune à toutes les langues, et devrait donc être un possédant de certains mécanismes linguistiques.

Cependant, il existe relativement peu d'études théoriques sur le sujet ; la plupart des travaux s'intéressent essentiellement, en effet, au mode d'assimilation de l'emprunt dans la langue d'accueil - le cas de l'arabe au moins-. Il ressort que 1'emprunt est considéré comme un nouvel élément de la langue emprunteuse, généralement étudié à la lumière de celle-ci sans observer 1'emprunt relativement à son système linguistique d'origine.

Notre corpus récolté contient beaucoup d'emprunts. Ceux qui sera le fond d'une études axée sur 1'aspect linguistique, Mais il n'est probablement pas inutile de décrire brièvement quelques-uns des aspects extralinguistiques.

Il apparaît clairement dans le domaine de le la biochimie en particulier qu'il y a des création de beaucoup de termes basés sur l'emprunt externe. A noter que les termes relatifs à Biochimie ont été, presque tous, transférés à l'arabe à partir d'anglais ou de français; notre corpus contient une grande quantité d'unités terminologiques (UT) empruntées à ces deux langues.

II. L'emprunt linguistique

L'emprunt n'est ni un phénomène nouveau, ni une spécificité de l'arabe. L'histoire semble en effet démontrer qu'aucun système linguistique (langue, dialecte, patois ou langue de spécialité) ne peut survivre en complète autonomie et faire face aux progrès de l'humanité, sans se communiquer avec d'autres systèmes linguistiques, plus avancés ou mieux adaptés.

«  Aucun peuple n'a pu développer une culture autochtone à l'abri de tout contact avec d'autres peuples, qu'il s'agisse de guerres ou de relations économiques, si bien que, nécessairement, sa langue s'est trouvée en rapport avec une ou d'autres langues, et en a reçu une influence quelconque, si minime soit-elle »176(*).

L'emprunt dans la langue arabe et particulièrement dans le vocabulaire arabe spécialisé contient de nombreux exemples de termes spécialisés empruntées. Ils remontent à des périodes plus ou moins anciennes. Ces périodes ont été décrites et présentées par X. LELUBRE177(*) selon 1'ordre chronologique suivant :

- Période antéislamique : des emprunts faits aux langues sémitiques comme l'araméen et l'hébreu et aux langues non sémitiques comme le persan et le grec. Par exemple /qistâs/ «  balance ».

- Epoque abbasside : emprunts au grec (LELUBRE cite : /fîzîqâ/ « physique », /magnâtîs/ «  aimant »   et au persan (LELUBRE cite /?ustuwânat/ «  cylindre », /birkâr/ « compas ».

- Période de la domination ottomane : emprunts à l'italien, au français et à l'ottoman (termes turcs et persans).

- Depuis la Nahda (Renaissance arabe) : emprunts au français et à l'anglais.

· Définition de 1'emprunt linguistique 

La majorité des linguistes définissent le processus d'emprunt comme le transfert d'unités linguistiques d'une communauté linguistique - ou d'un parler - à d'autre, Haugen, quant à lui, en propose une définition plus technique : « the attempted reproduction in one language of patterns previously found in another ».

Ainsi, si 1'emprunt se traduit effectivement par un transfert, Nous pouvons, donc, abréger l'acte de création à l'imitation d'un modèle préexisté dans la langue source, mais avec quelques exceptions dépendant du système interne de la langue emprunteuse.

Le sens de l'emprunt en français s'éloignent de cela en présentant deux sens différents : R. KOCOUREK178(*) note : «comme la plupart des noms d'action issus d'une nominalisation à source verbale, le nom emprunt signifie : 1) l'acte (1'action, le procédé), 2) le résultat de 1'acte, c'est-à-dire 1'élèment linguistique emprunté (emploi métonymique) ». Pour éviter toute confusion ou ambiguïté, KOCOUREK utilise les expressions « mot emprunté » , « unité lexicale empruntée » ou « terme emprunté » pour renvoyer au sens (2) c'est-à-dire à 1'élèment linguistique emprunté.

En arabe, selon Lelubre :

« On retrouve la même ambivalence entre le fait d'emprunter, qui se dit : isti'ara, iqtibas, igtirad, ta'rib, et son résultat, ce qui est emprunté, [.. .] pour lequel existent aussi d'autres équivalents' Traditionnellement, /dakil/ = d'origine étrangère, /?a'zamiyy/ = non arabe (persan à l'origine), /mu'arrab/ = emprunté anciennement, avant l'Islam et au premier siècle de I'Islam, /muwallad/ _ emprunté après le premier siècle de l'islam »179(*).

· Emprunt interne et emprunt externe 

  Effectué pour des raisons communicatives, 1'emprunt s'inscrit à tous les niveaux de la parole organisée. On distingue ainsi :

Les emprunts internes qui, eux, sont réalisés de façon souvent multidirectionnelle à l'intérieur d'un système linguistique donné idiolectes, dialectes, sociolectes, technolectes, etc. C'est l'emprunt de la langue à elle-même. Ainsi, un vocabulaire spécialisé peut emprunter au vocabulaire commun, et réciproquement, ou à un autre vocabulaire spécialisé.

Les emprunts externes, qui se produisent entre deux langues .C'est l'emprunt de lexies ou de termes à une langue étrangère. C'est à ce genre d'emprunt que Louis DEROY fait allusion dans sa définition suivante : « l'emprunt est une forme d'expression qu'une communauté linguistique reçoit d'une autre communauté »180(*).

Les études ont montré que la plupart d'emprunts externes s'inscrit dans le cadre d'un emprunt appelée « emprunt sémantique », Lelubre commente :

« Dans la littérature, on distingue un deuxième type d'emprunt, un emprunt sous forme de calque (appelé emprunt sémantique), au tours duquel les éléments constituants de la lexie d'origine sont traduits ou adaptés dans la langue emprunteuse, au sein d'une UTC ou d'une UTS. [...] Ce sont les mêmes traits de substance des unités référentielles dénommées dans la langue d'origine qui sent ici prises en considération par la langue d'accueil. A ce titre, de nombreux exemples de termes arabes considérés supra relèvent bien entendu de ce type d'emprunt, puisque la plupart des termes scientifiques et techniques arabes contemporains ont été et sont formés comme équivalents de termes anglais ou français correspondants déjà existe »181(*).

Rappelons que ce type d'emprunt est très fréquent dans notre corpus, notons à titre d'exemples : / ?ikz kalawiyy/, « exocytose »182(*), / ?anzîmât musâ'ida/ « coenzymes »183(*), / ?intisâr musahhil/ « diffusion faciliteur »184(*).

Il est important de noter que dans les textes de spécialité, les emprunts portent le nom d'emprunts terminologiques. Selon L. GUILBERT, les emprunts terminologiques sont des emprunts dénotatifs, c'est-à-dire des «désignations de produits, de concepts qui ont été créés dans un pays étranger »185(*). Leur introduction au sein d'une société se fait souvent avec la chose ou l'instrument.

Dans ce qui concerne la biochimie, Il est à noter que l'IUPAC possède une liste définie d'emprunts, qui a été transférée à l'arabe comme elle est, mais en la se transcrivant en lettres arabes. Il s'agit de désignations de produits qui ont été découvert et dénommés dans un pays étranger. Le tableau suivant nous démontre quelques exemples :

Matière biochimique

Le suffixe s'écrit en arabe au sing. et au plur.

Le suffixe en anglais et en français

Acide carboxylique

/?asîd karbûksîliyy/, /?asîdât karbûksîliyya/

acide...-carboxylique
acide...-oïque

Sels d'acides

/karbuksîl/ pl. /karbuksîlât/

...-carboxylate
... carboxyle

Amides

/ ?amîd/ pl. / ?mîdât/

(carbox) - amide

Cétones

/sîtûn / pl. /sîtûnât/

-one

Alcools - phénols

/fînûl/ pl. /fînôlât/

-ol

Thiols

/tiyûl/ pl. /tiyûlât/

-thiol

Amines

/ ?mîn/ pl. / ?minât/

-amine

· Statuts de 1'emprunt 

L'emprunt étant par définition allogène, il revêt un statut qui diffère selon son mode d'intégration dans la langue d'arrivée ; trois différents types d'emprunt sont ainsi communément distingués.

a) L'occasionnalisme

Selon Deroy, les occasionnalismes sont des « mots étrangers qui sont employés à 1'occasion, par une sorte de connivence avec un auditeur ou un lecteur qu'on sait ou qu'on suppose averti, pour exprimer une nuance, une singularité, une fantaisie ou toute autre particularité considérée en l'occurrence comme autrement inexprimable »186(*). Lorsqu'ils sont transcrits, ces mots sont généralement distingués typographiquement des autres (italiques, guillemets) ou associés à un ou plusieurs équivalent(s). Les occasionnalismes sont en fait des citations, intégrées dans des actes de communication particuliers ; partant, ils sont surtout d'ordre stylistique. Ce que nous trouvons chez les philosophes, les religieux ou les professeurs qui s'adressent à leur publique par des mots latins ou des expressions latines comme " Ab imo pectore187(*) ", " Ars longa, vita brevis188(*) " ou " Abusus non tollit usum189(*) " etc.

b) Le xénisme

Selon Deroy, les xénismes sont « les mots qui, bien qu'assez couramment employés, au moins dans certains milieux, sont encore sentis comme étrangers190(*). Humbley ajoute que le « xénisme est défini par rapport à ce qu'il désigne, une chose, une réalité extralinguistique qui n'existe pas dans le contexte national »191(*). Le xénisme se distingue donc de 1'occasionnalisme par sa fréquence d'emploi ; purement référentiel, il est supposé être suffisamment commun pour être compris par tous, sans explicitation ni connivence. Par exemple : "mode" quand nous parlons en arabe de tous ce qui est moderne et" lubie" quand nous voulons parler d'un groupe politique , social ou économique qui a des intérêts dissimulés à réaliser.

c) L'emprunt proprement dit

Toujours selon Deroy, les emprunts proprement dits sont des « mots tout à fait naturalisés dans la langue preneuse et qui ne sont plus identifiables par le locuteur ordinaire »192(*). A la différence des occasionnalismes et des xénismes, ils sont importés conjointement avec la réalité qu'ils désignent ; ce rapport de nécessité entre le signe et son réfèrent justifie l'emprunt en soi et lui confère un statut linguistique analogue à celui des mots dits hérités.

En résume, le statut de l'emprunt est essentiellement fonction de facteurs paralinguistiques : "sentiment" du locuteur, réalité référentielle, fréquence, etc.

* 176 GUILBERT, Louis (1975) : « La créativité lexicale ». Paris : Larousse. P 89.

* 177 LELUBRE, Xavier (1992) : « La terminologie arabe contemporaine de l'optique : faits - théories - évaluation », thèse de doctorat, université Lumière-Lyon 2. pp 290-291.

* 178 KOCOUREK, Rostislav (1991) (1ère éd. 1982) : « La langue française de la technique et de la science », Wiesbaden, Oscar Brandstetter Verlag, p 153.

* 179 LELUBRE, Xavier (1992) : « La terminologie arabe contemporaine de l'optique : faits - théories - évaluation », thèse de doctorat, université Lumière-Lyon 2, p 280.

* 180 DEROY, Louis (1956) : « L'emprunt linguistique », Paris, Les belles Lettres, in TOURATIER, Christian, Les problèmes de l'emprunt, Cercle Linguistique d'Aix-En-Provence, Travaux 12, 1994, p. 11.

* 181 LELUBRE, Xavier (2003-2004) : « Introduction à la terminologie arabe », séminaires & cours de DEA Lexicologie et Terminologie Multilingues ; Traduction, université Lumière Lyon 2. chap 3.

* 182 Rejet par la cellule d'une particule étrangère

* 183 Molécule non protéinique qui dépend d'enzymes protéiniques principales; est indispensable à leur bon fonctionnement.

* 184 Mode de passage transmembranaire d'une substance dans lequel cette dernière se combine temporairement à un transporteur et qui, s'effectuant dans le sens d'un gradient de concentration, ne consomme pas d'énergie.

* 185 GUILBERT, Louis (1975) : « La créativité lexicale ». Paris : Larousse. P 91.

* 186 DEROY, Louis (1956) : « L'emprunt linguistique ». Paris : Les Belles Lettres. Edition revue et augmentée, 1980.

* 187 Du plus profond du coeur et de la poitrine.

* 188 L'art est long, la vie est courte.

* 189 L'abus n'exclut pas l'usage.

* 190 DEROY, Louis (1956) : « L'emprunt linguistique ». Paris : Les Belles Lettres. Edition revue et augmentée, 1980. p 224.

* 191 HUMBLEY, John (1974) : « Vers une typologie de 1'emprunt linguistique », Cahiers de lexicologie, Paris, Didier/Larousse, vol. 2, no 25, p65.

* 192 DEROY, Louis (1956) : « L'emprunt linguistique ». Paris : Les Belles Lettres. Edition revue et augmentée, 1980. p 224.

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