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La Littérature Hypertextuelle, analyse et typologie

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par Aurélie CAUVIN
Université de Cergy Pontoise - Maitrise de lettres Modernes 2001
  

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· Pour un livre rhizome

Mais il a voulu écrire un livre basé sur la multiplicité, comme le titre en témoigne : Capitalisme et schizophrénie. Mais pour pouvoir lui emprunter les modalités de son discours, il faut émettre des principes autres. Le principe ontologique de la schizophrénie est évidemment la multiplicité. Une fois la multiplicité admise du côté du sujet il se place du côté de l'objet pour affirmer de nouveau qu'elle n'est qu'un leurre :

« Du côté de l'objet suivant la méthode naturelle, on peut sans doute passer directement de l'un à trois, quatre ou cinq, mais toujours à condition de disposer d'une forte unité principale, celle du pivot qui supporte des racines secondaires. La racine pivotante ne comprend pas plus la multiplicité.41(*) »

Ne trouvant donc pas de livre et de manière d'organiser son ouvrage qui traduisent la multiplicité, il propose l'idée d'un livre construit sur la métaphore du rhizome dont il énonce les principes. Tout d'abord, le rhizome est une tige qui se caractérisent pas le fait que poussant horizontalement, elle prolifère sans se structurer binairement et sans qu'on puisse lui assigner un début et une fin (par opposition aux racines arborescentes ou dichotomique). Le rhizome apparaît donc comme un modèle d'organisation sans hiérarchie ni dichotomie.

« Le système radicelle est la seconde figure du livre, dont notre modernité se réclame volontiers  (...)  Cette fois, la racine principale a avorté, ou se détruit vers son extrémité ; vient se greffer sur elle une multiplicité immédiate et quelconque de racines secondaires qui prennent un grand développement »42(*)

Et plus loin il explique : « Un tel système pourrait être nommé rhizome 43(*)» Gilles Deleuze et Félix Guattari énonce ensuite six principes qui fondent ce système44(*) : Le principe de connexion : « n'importe quel point d'un rhizome peut être connecté à n'importe quel autre et doit l'être45(*) ». Le principe d'hétérogénéité :

«  et chacun de ses traits [du rhizome] ne renvoient pas nécessairement à des traits de même nature, il met en jeu des régimes des signes très différents et même des états de non-signes46(*) ». Le principe de multiplicité : « Le rhizome ne se laisse ramener ni à l'Un ni au Multiple. Il n'est pas l'Un qui devient deux, ni même qui deviendrait directement trois, quatre ou cinq, etc. Il n'est pas un multiple qui dérive de l'Un, ni auquel l'Un s'ajouterait (n + 1). [...] Il constitue des multiplicités linéaires à n dimensions, sans sujet ni objet, étalables sur un plan de consistance, et dont l'Un est toujours soustrait (n - 1). 47(*)» Le principe de rupture asignifiante : « Un rhizome peut-être rompu, brisé en un endroit quelconque, il reprend suivant telle ou telle de ses lignes et suivant d'autres lignes.48(*) » Le principe de cartographie et décalcomanie49(*) : « A l'opposé de l'arbre, le rhizome n'est pas objet de reproduction : ni reproduction externe comme l'arbre-image, ni reproduction interne comme la structure-arbre. A l'opposé du graphisme, du dessin ou de la photo, à l'opposé des calques, le rhizome se rapporte à une carte qui doit être produite, construite, toujours démontable, connectable, renversable, modifiable, à entrées et sorties multiples, avec ses lignes de fuite. Ce sont les calques qu'il faut reporter sur les cartes et non l'inverse. »

D'autres principes qui ne sont pas émis par les auteurs mais qui découlent de ces six principes peuvent être énoncés. Nous les empruntons à Pierre Lévy, pour essayer de comprendre ensuite les mécanismes de l'hypertexte. Premièrement le principe de métamorphose50(*) sous-entendu dans le principe de multiplicité, qui est décrit ainsi par Gilles Deleuze : « Une telle multiplicité ne varie pas ses dimensions sans changer de nature en elle-même et se métamorphoser ». Deuxièmement le principe d'extériorité qui lui est à mettre en relation avec le principe de connexion selon lequel un rhizome ne se définit « que par le dehors et au dehors51(*) ». Troisièmement le principe de mobilité des centres qui dérive du principe de rupture asignifiante, et qui peut s'expliquer ainsi : «  le rhizome est un système acentré, non hiérarchique et non signifiant, sans Général, sans mémoire organisatrice ou automate général, uniquement défini par une circulation d'états. 52(*)» Finalement le principe d'emboîtement des échelles, qui provient du principe de multiplicité et selon lequel la macrostructure influence la microstructure ; un macro-rhizome, qui est le « livre », réfléchit un « micro-rhizome »,  le plateau. Car leur livre s'organise non pas en chapitre mais en plateaux, qui peuvent se lire dans n'importe quel ordre. Le plateau est défini comme ce qui constitue le rhizome : « Nous appelons « plateau », toute multiplicité connectable avec d'autres par des tiges souterraines superficielles, de manière à former et étendre un rhizome.53(*) »

En accord avec ses principes Mireille Buydens54(*) met en évidence que cette interprétation du monde peut s'appliquer à Internet, qui est avant tout un réseau, et selon le principe d'emboîtement des échelles, il est manifeste de le macro-réseau qu'est Internet va influencer le World Wide Web, dont l'hypertexte est le principe de navigation, ce que Pierre Lévy a mis en évidence.

* 41 ibid. p 11

* 42 ibid, p 12

* 43 ibid. p 13

* 44 l'ordre des principes est l'ordre dans lequel les auteurs les définissent.

* 45 ibid. , pp 13-14

* 46 ibid, p 31

* 47 ibid, p 31

* 48 ibid, p 31

* 49 ibid, p 19

* 50 ibid., p 31

* 51 ibid., p 10

* 52 ibid., p 32

* 53 ibid., p 33

* 54 L'image Deleuze, Foucault, Lyotard, collectif. Mireille Buydens, « la forme dévorée pour une approche deleuzienne d'Internet ». Thierry Lenain (coord.), Louvain, éd. VRIN, 1997,. Université Catholique de Louvain. pp 42-63

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La Quadrature du Net