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La Littérature Hypertextuelle, analyse et typologie

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par Aurélie CAUVIN
Université de Cergy Pontoise - Maitrise de lettres Modernes 2001
  

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3. Liens et composantes de la fiction

Seront étudiés à présent les liens porteurs des éléments de la fiction. Les liens ordonnancent non seulement la fiction mais aussi sa perception. La fiction est constituée des actions effectuées par les personnages dans un univers spatio-temporel déterminé. Pour analyser précisément chacune des composantes énoncées ci-dessus à savoir : les personnages, leurs actions, le temps et l'espace il faudrait connaître l'intégralité du texte, or la lecture d'une hyperfiction dans sa totalité apparaît comme contradictoire avec le média. Michel Bernard dans un article intitulé « Lire l'hypertexte », explique justement que l'hypertexte et sa lecture ne peuvent être totale :

« La difficulté majeure, à mon sens, provient de ce que l'on ne peut pas lire la totalité du texte. Imaginez vous l'auteur d'une étude sur A la recherche du temps perdu avouant qu'il n'a pas tout lu, non seulement tous les romans qui la composent mais encore l'ensemble de l'oeuvre de Proust ? Et lecture exigée ici est une lecture détaillée, minutieuse, une relecture plutôt, attentive à chaque détour de l'oeuvre. Cette consommation scrupuleuse, de l'incipit à l'excipit est le fondement de la légitimité de la lecture critique. Le bon lecteur est celui qui a « tout lu » de et sur un auteur, qui s'en est imprégné jusqu'à l'assimilation. Rien de tout cela n'est possible avec l'hypertexte. Personne sauf l'auteur ne peut lire l'ensemble des Fragments d'une histoire. Le fichier qui contient le texte est compilé codé de manière à le rendre illisible dans sa totalité. »199(*)

Ainsi une des difficultés que rencontre le lecteur, qu'il soit critique ou non, est l'impossibilité de parcourir l'ensemble de l'oeuvre. En découle un sentiment de frustration de lecture qui remet en cause l'analyse littéraire de ces oeuvres. Aussi ne seront analysés non pas l'oeuvre elle-même mais les liens relatifs aux composantes de la fiction. En premier lieu les personnages représentent les liens les plus confirmés, dans un second temps l'espace et le temps restructurent la fiction.

a) Les personnages

Tout d'abord seront analysés les liens-personnages et pour illustrer ce propos, seront repris les synopsis de La malédiction du parasol200(*). Ces derniers sont en effet des passerelles vers les différents fragments de textes : chaque résumé d'épisode contient des hyperliens vers les pages correspondantes. A la relecture de ces pages, les personnages apparaissent comme les plus évoqués, en effet sur un nombre total de 100 liens contenus dans les synopsis, 61 sont relatifs aux personnages. Ils jouent donc un rôle essentiel dans l'organisation des pages dans la mesure où ils appartiennent à des épisodes et organisent les séquences narratives. En effet les personnages déterminent les actions, les subissent, les relient et leur donnent sens. Les liens-personnages reflètent leur diversité, mais aussi les relations internes du schéma des personnages, ils différencient les personnages principaux des personnages secondaires. Les personnages peuvent être classés suivant le lien qui les supporte et les annonce.

Par exemple la plupart des personnages récurrents et respectifs de chaque épisode n'apparaissent souvent que par leur prénom : comme les personnages des « blessures de l'amour » : Alan, Paméla, Hélène et Jeremy. Le fait que le lien ne soit qu'un prénom induit l'idée d'archétype, de personnage emblématique, mais aussi l'idée d'oralité, et de relation intime entre les personnages. En effet ils ne vivent que par l'intermédiaire de leurs relations réciproques. Certains personnages ne sont d'ailleurs annoncés que par un lien explicitant les relations de parenté, le personnage de Léna n'est perçu qu'à travers Jérôme : « Léna la bâtarde », « Léna sa demi-soeur, la fille illégitime », ces appellations mettent en évidence un point de vue.

Il existe également des liens, où les personnages sont pris dans le schéma des relations inter-personnages comme par exemple « son frère Roberto », « la mère de la victime », « Wesley, son coéquipier », « un confrère, le Dr Jannings », « Michael, son ex-petit ami », « son beau frère Ben Fielding »...A chaque fois ils sont introduits par un adjectif possessif, qui indique une relation parentale, familiale, voire sentimentale. Ces indications peuvent aussi introduire des relations de travail.

Le lien peut aussi être une périphrase concernant un personnage déjà présenté, par exemple le Docteur Marbella est signalé par : « le chirurgien vedette » ou encore Chris Winter par « un détective flegmatique » ou « détective désenchanté », dans les deux cas les liens font référence à leur fonction, complétée par une seconde indication. Quelques personnages secondaires également comme « le patron » et « la serveuse », que le détective est amené à rencontrer.

Les personnages servent surtout à relier les épisodes et les différentes histoires. Par exemple Michael est présent dans l'épisode « la clinique des coeurs » sous le lien « un fugueur prénommé Michael » ainsi que dans les épisodes intitulés « seuls dans la ville .» Toutefois chaque personnage est généralement représentatif d'un épisode mais les histoires se croisent, s'enchâssent par leur intermédiaire. Seuls deux personnages sont liés à tous les personnages : le docteur Marbella autour duquel les personnages gravitent, car il est le prétexte à l'intrigue et le détective Chris Winter, amené à les côtoyer et les rencontrer. Les synopsis présentent aussi des liens relatifs à l'espace et au temps, mais ceux-ci seront pris dans l'hyperfiction elle-même.

* 199 Michel Bernard, « Lire l'hypertexte », in Alain Vuillemin, Michel Lenoble (coord), Littérature et informatique, la littérature générée par ordinateur, Arras, Artois Presses Université, collection « étude littéraire », 1995, pp 313-325

* 200 cf.annexe

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