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les traits de personalité dépendante chez les toxicomanes


par Parvaneh Majd
Université Rennes 2 - Master Recherche2 2006
  

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I-V. Modèles de l'Addictions :

I-V-I- modèle neurologique :

Les substances psycho actives, le tabac, l'alcool, l'ecstasy ont en commun d'augmenter la quantité du neuromédiateur dopamine dans le « système de récompense » du cerveau, également appelé système hédonique, au fait partie du système limbique.

Le système sérotoninergique est également en cause dans certains troubles du comportement, dans les troubles compulsifs et dans les manifestations dépressives.

Des expériences réalisées sur des animaux ont permis de mettre en relation les sécrétions de corticostérone et les conduites de recherche de nouveauté.

I- V- II. Modèle psychanalytique :

A) Freud :

Pour discuter sur cette approche c'est nécessaire d'abord on explique le stade oral.

Le stade oral est le premier stade selon Freud du développement de la sexualité infantile, dans lequel la cavité bucco-pharyngée et les lèvres constituent la zone érogène et où le plaisir est fournit par l'excitation qui accompagne l'activité de tétée du mamelon maternel ou de son substitut, le biberon .Il est à noter que la bouche reste une zone érogène visible, alors que les autres zones érogènes sont ou seront cachées.

Dans les « trois essais sur la théorie de la sexualité » en 1905 Freud analyse les processus psychique en jeu chez le bébé dans ce qu'il appelle la « sexualité orale » et qui subsistent chez l'adulte comme facteurs d'excitation sexuelle dans certaines perversions mais aussi dans les plaisirs préliminaire à la satisfaction génitale : baiser, caresse du mamelon, succion des organes génitaux.49(*)

Karel Abraham en1924, a différencié le stade orale en un stade orale précoce préambivalent, dominé par le plaisir de succion, correspondant au premier semestre de la vie ; et un stade sadique-oral ou cannibalique, contemporain de la poussée dentaire, avec l'apparition du désir de mordre, l'angoisse de détruire l'objet aimé et d'être dévoré à son tour par lui.

La fixation au stade oral se traduit par une personnalité caractérisée par l'égocentrisme, la passivité, l'avidité, la dépendance et un besoin continu d'amour inconditionnel, et enfin une tendance à la consommation de la drogue, l'alcool ou autres substances. la régression au stade oral précoce peut conduire à la schizophrénie, tandis que la régression au stade sadique oral ouvre la voie à la psychose maniaco-dépressive, à la manie, à l'hypocondrie, aux dépressions, aux maladies psychosomatiques.50(*)

Freud a abordé brièvement le champ de la toxicomanie dans son ouvre.

Cependant Freud la connaît bien puisqu'il consomma lui-même de la cocaïne à partir de 1883. Freud est impressionné par les travaux de l'époque sur la cocaïne, notamment sur ces éventuels pouvoirs de guérison de la morphinomanie convaincu de son efficacité comme modificateur de l'humeur, il en offrit à sa fiancé marta Bernays et à son meilleur ami E,Vonflishl . Écrit Varescon (2005).

Sinon il mis brusquement fin à ce fait par suite de la mort son ami à qui il en avait recommandé l'usage.

Mais dès 1897 Freud tente de trouver des explications à la toxicomanie .ses écrits sur l'importance capital de la sexualité dans la vie psychique l'amène à parler de la masturbation comme un déplacement d'une forme d'addiction ; 

« J'en suis venu à croire que la masturbation était la seule grande habitude, le besoin primitif et que les autre appétits tels que le besoin d'alcool, de morphine, de tabac, n'en sont que des substitutions, des produits de remplacement ».

Puis Freud (1905) propose un rapprochement entre les toxicomanies et le psychonévroses : « ce sont les intoxications et les phénomènes dus à l'abstinence de certains toxiques, chez les toxicomanes qui parmi tous les tableaux cliniques que nous offre l'observation, se rapprochent le plus des vrais psychonévroses ».

Ainsi il écrit : « nous ne pouvons pas nous passer de sédatif. Ils sont peut-être de trois espèces [...] de fortes diversions, qui nous permettent de considérer notre misère comme peu de choses, des satisfactions substitutives qui l'amoindrissent, enfin des stupéfiants qui nous y rendent insensible.

L'un ou l'autre de ces moyens nous est indispensable [....] les plus intéressantes méthodes de protection contre la souffrance sont encore celle qui visent à influence notre organisme » et «  la plus brutale , mais aussi la plus efficace des méthodes destinées à exercer pareil influence corporelle et la méthode chimique, l'intoxication ».51(*)

Sur la fixation à la période orale, Marineau écrit : « le jeune enfant doit satisfaire dés la naissance le désire de nourriture. Il reçoit de la mère (ou son substitut) ce donc il a besoin et est ordinairement comblé. Pour lui ce prolongement de désir, à savoir le lait maternel qu'il reçoit, est sien et est incorporé en lui.

L'objet réel, à savoir le sein, est ainsi intériorisé par l'enfant et prend place au premier rang dans le monde du fantasme : dans l'ordre symbolique, c'est ici que l'on retrouvera certaines significations fondamentales de l'alcool : il sera liquide comme le lait, satisfaisant pour étancher une soif ou une faim, il entrera dans le corps et deviendra sien, il procurera en définitive un état de bien être physique semblable à celui qu'atteint le bébé repu. Cela est applicable aussi à la drogue, source de bien-être et de soulagement ».

Et « c'est dans cette perspective que l'on parlera souvent du toxicomane comme de quelqu'un de « fixé » à la période orale, ne se satisfaisant que de gratifications immédiates, et qui est essentiellement passif et dépendant ( c'est la mère qui satisfait le désire de l'enfant) ».52(*)

B) Bergeret :

Pour Bergeret (1982), il n'existe aucun modèle unique de la personnalité toxicomaniaque. Il met en évidence un certain nombre de caractères communs aux divers aménagement rencontrés dans la clinique :la dépression, les carences identificatoires et l'incapacité à gérer la violence naturelle qui, non élaboré, engendre le besoin de nuire aux autres et à soi-même.

Toutefois Bergeret nous renseigne sur la personnalité du toxicomane. Il décrit les toxicomanes selon leur structure de personnalité. Les toxicomanes de structure névrotique et les toxicomanes de structure psychotique.

Les névrotiques présentent une organisation de leur économie mentale centrée autour de la problématique génitale et d'une conflicutalisation se situant autour de la représentation oedipienne.

Les psychotiques manifestent des conduites comportementales les risques de débordement de leur imaginaire en difficulté avec le registre de la réalité. Il ajout une autre catégorie de toxicomanes, qui est moins typée que les deux précédentes : celle des toxicomanes dépressifs.53(*)

C) Charles _Nicolas :

Charlet_Nicolas (1981, 1982,1985) s'attache à montrer la relation passionnelle qui lie le sujet addicté à son objet drogue (comme la passion du fumeur pour la cigarette).

Pour l'auteur, la passion est cette relation forte, prégnante, vitale, qui projette le sujet addicté de tout son être vers l'objet drogue et qui impliques la nécessité de la répétition de comportements ordalique à risque sévère, comme dans l'addiction tabagique.

Les fumeurs, toujours à la frontière entre la vie, la maladie et la mort, ne risquent-ils pas leur santé ? ce n'est pas pour devenir un surhomme qu'un fumeur se met en risque, met son corps en danger, mais c'est en fait pour être simplement en droit de vivre, pour être un homme, pour réussir à vaincre la mort. 54(*)

Pour Charles-Nicolas (1985), l'addiction est une protection contre autrui et vient colmater une blessure narcissique. Le sentiment d'inefficacité, d'impuissance des fumeurs face à la vie dépendance , en raison de leur difficulté à trouver une identité, va les amener à rechercher un sentiment d'individualité à travers des actes singuliers marquant leur différence et leur conférant le sentiment d'existé.

Certains fumeurs passent leur temps à se protéger d'autrui. Ils sont constamment menacés et s'occupent perpétuellement à amortir l'agression et l'intrusion possibles.

Cette recherche de protection contre l'agression et l'intrusion, passe par la cigarette. C'est fréquemment que les fumeurs se précipitent sur leur cigarette après une blessure narcissique apparemment minime : une contrariété, un léger contretemps, un embouteillage sur la route, une phrase anodine,....

D) Gutton :

Pour Gutton (1984), les addiction révèlent des actes d'incorporation olfactive (sniffing), respiratoire (toxicomanie, tabagisme), cutanée (injection), anale, génitale.

L'addiction tabagique apparaît donc comme une série d'actes d'incorporation respiratoire. Ces actes expriment la dimension du plaisir sous des formes diverses. Ces pratiques d'incorporation évoqueraient des comportements marqués par l'avidité comme la boulimie, la potomanie, l'ingestion d'alcool, certaines tentatives de suicide et auto - mutilation, les saignements auto-provoqués, certaines pharmacodépendances et certains comportements sexuels à l'adolescence.

Ces incorporations réelles ont pour caractéristiques les aspirations impétueuses, l'avidité surprenante et la consommation effrénée.

La particularité de ces comportements réside dans l'existence d'auto -érotismes qui supposent l'utilisation d'une zone corporelle et d'un objet extérieur.55(*)

E) Pédinielli :

Pour Pédinielli (1985,1996), l'usage du tabac fait partie des conduites à propos desquelles le terme d'addiction a pu être employé.

Il parle d'addiction tabagique lorsque le fumeur est dans l'incapacité à mettre un terme à ce comportement addictif qui, par ailleurs, apparaît comme une lutte contre l'angoisse, une recherche de plaisir liée à une érogénéité particulière (respiratoire et /ou olfactive) et une tentative de maintien de son identité et de sa cohésion interne par le recours à l'automatisme du geste, à ses bénéfices secondaires moteurs, narcissique et sociaux et par la confrontation à la mort.

Il rapproche les conduites addictives, d'autres pathologies comme les manifestations dépressives.56(*)

F) Winnicott :

Winnicott (1969) écrit « on peut définir l'addiction en terme de régression au stade primitif où les phénomènes transitionnels ne sont pas mis en question. Cette stagnation à l'illusion primitive va engluer le sujet dans le stade des satisfactions hallucinatoires, en le condamnant à investir l'absence même, en lieu et place de l'objet de désir.

Il devient alors possible de nier l'importance de l'objet humain et de faire l'économie de l'ambivalence avec l'objet aimé. » et « ces défenses narcissiques pathologiques entraînent un défaut fondamental dans l'idéal du moi, l'estime de soi et le sentiment d'identité personnelle Que le toxique ait une valeur de bon ou de mauvais objet, qu'il soi faussement prétendu idéal ou persécuteur ». Winnicott retient le fait que les addictions servent à protéger le sujet contre la dépression, voire la psychose.

Elles ont une valeur défensive pour le moi. Elles servent aussi à colmater une blessure narcissique.57(*)

G) Kohut :

Kohut (1974) estime que le trouble narcissique est au centre de la psychopathologie de toute addiction. Il considère l'addiction comme une forme de narcissisme pathologique.

Ce qui caractérise les personnalités narcissiques, pour lui, c'est le manque d'une « structure psychologique interne », capable de réduire la tension et de réguler l'estime de soi. L'addiction, quelle qu'elle soit, viendrait alors combler ce manque, ce vide structural à l'intérieur du soi en réduisant la tension et en régulant l'estime de soi.

Dans cette perspective, l'addiction semble être une tentative désespérée pour « rendre bon » cet échec en intériorisant les fonctions du soi-objet.

L'addiction apparaît comme un compromis entre deux échecs : celui de l'intériorisation et celui des défenses narcissiques, compromis entre deux échecs : celui de l'intériorisation et celui des défenses narcissiques (Jeammet, 1991).58(*)

I-V- III. Modèle cognitivo-comportementaliste :

L'approche cognitivo-comportementale s'intéresse essentiellement aux mécanismes psychologiques acquis par le sujet pour expliquer l'installation de la toxicomanie ainsi que son maintien.

L'approche cognitivo - comportementaliste accorde une grande importance aux représentations et aux croyances du sujet. Le modèle principe fut celui de la dépression dans les années 55 aux Etats-Unis. En 1993, ce modèle est repris et appliqué à la toxicomanie, il peut être décrit brièvement de la manière suivante :

Les processus cognitifs (assimilation, accommodation) traitent l'information (stimuli) en fonction des schémas cognitifs (représentations organisées en mémoire à long terme). Ce traitement consiste à transformer et filtrer l'information pour aboutir à des événements cognitifs (pensée et image mentale) qui interagissent avec le comportement moteur.

A) Théorie Albert Ellis :

Ellis et ses collègues dans Rational - Emotive theraphy with alcohlics substance abusers montrent que ce sont les croyances qui jouent un rôle important dans la consommation de drogue ou l'abandon.

L'attitude de la personne toxicomane est souvent inconsciente, exigeante et inflexible.

De ce point de vue, la personne toxicomane ne peut pas tolérer l'échec et lorsqu'elle se confronte à de nouveaux problèmes, elle a souvent les croyances suivantes qui causent la reprise de consommation de drogue:

- L'alcool ou la drogue n'est pas une source de problèmes.

- Ce n'est pas dangereux de se droguer.

- La drogue fait baisser l'anxiété et permet de se relaxer.

- La drogue est le seul moyen pour réduire la souffrance.

- Je suis un toxicomane donc je suis incapable et faible.59(*)

B) théorie Aérons Beck :

Beck a isolé deux types de schémas cognitifs dysfonctionnells qui se trouveraient de manière prégnante chez les toxicomanes :

- « je suis mauvais, nul  »;

- «je suis sans espoir, condamné, sous contrôle ».

Ces schémas joueraient un rôle important dans le maintien de la toxicomanie. A un schéma de base ( je suis nul) serait associé une proposition conditionnelle ( je n'arrive pas à m'insérer et à me sentir à l'aise, donc je suis nul).

Suit alors une stratégie compensatoire qui pourrait être rapprochée dans une certaine mesure à une stratégie de coping. La stratégie compensatoire est un comportement sous-tendu par une croyance qui va tenter de résoudre la proposition conditionnelle.

A ce moment là, le sujet pourra consommer une substance en croyant qu'il lui sera plus facile de vivre la situation présente et ainsi la conditionnelle ne sera pas validée.60(*)

Trois catégories ont été proposées par Beck qui sont en lien avec la consommation de la drogue (schémas anticipatoires, soulageants et permissifs).

Les croyances anticipatoires impliquent une attente positive liée à la drogue, les croyances soulageantes correspondent à l'attente de la réduction d'un manque ou d'un malaise, et les croyances permissives donnent au sujet la permission, « l'autorisation » de consommer des substances potentiellement dangereuses.

Chabrol et coll ont étudié sur ces différents types de croyance chez de consommateurs de cannabis. Sur 285 sujets. Les auteurs ont pu montrer le lien entre l'intensité des croyances et l'importance de la consommation. Plus les croyances sont fortes, plus la consommation est élevée.

Les consommateurs obtiennent des scores significativement plus élevés que les non consommateurs aux trois catégories de croyances.61(*)

C) Théorie Albert Bandura :

La théorie de l'apprentissage social émis par Albert Bandura (1976) dans ses versions successives a introduit des composantes cognitives telles que l'efficacité personnelle et l'anticipation du résultat. Cette théorie a largement influencé le modèle de prévention des rechutes de G. Alan Marlatt (1985). L'hypothèse de base est qu'un patient qui s'engage sur la voie de l'abstinence sans avoir les moyens nécessaires de gérer efficacement une situation à haut risque risquerait de consommer à nouveau de l'alcool.62(*)

I-V- IV. Modèle systémique Familial :

La théorie des systèmes familiaux avance que chaque membre affecte et est affecté par les autres. Les liens entre les membres de la famille sont donc à étudier dans une dimension circulaire.

Les concepts clés de la théorie des système sont : limites (qui génèrent les règles du fonctionnement familial), hiérarchie, règles, causalité, hoèostasies, écrit Pearlman (1988).63(*)Associés à ces concepts, les paradigmes :

1) soulignent des lieux de crises spécifiques à l'addiction comme la séparation des jeunes gens avec leur famille ou les triades «  pathologique » d'interaction (ex : un parent est très proche du jeune toxicomane et l'autre parent le rejette) ;

2) proposent un modèle général de fonctionnement (et de dysfonctionnement comme la théorie de Bowen). Cette théorie met l'accent central sur le travail de la différenciation du self et de ses avatars : perturbations dans la triade parent-enfant addicté, rôle des émotions familiales et de leurs perturbations, rôle de projections ....Des styles parentaux prédisposent les enfants à l'addiction :

Parents alcooliques, parents totalitaires, parents en demande excessive, parents peu protecteurs ;

3) les perturbations cognitives impliquées dans la théorie de la codépendance : est postulé un mode de relation pathologique entre l'addicté et son entourage qui génère une expérience subjective dépréciative, un besoin morbide d'être aimé, une faible estime de soi, une omnipotence envers autrui, une propension à souffrir et une faiblesse dans le contrôle des comportements. La théorie de la codépendance insiste sur les distorsions cognitives impliquées.64(*)

En prenant l'exemple d'un couple dont le marie est alcoolique ; Rousseau va illustrer la notion d'alcoolisme conjugué. Il précise quatre figures de femmes qui vont contribuer au système :

La femme spécialiste. Elle connaît avant son union ce qu'est l'alcoolisme, elle-même ayant eu un père, un frère ou un proche alcoolique. Soit elle banalise l'alcoolisme comme une conduite normale soit elle refuse l'alcool et se positionne comme régulateur des rapports de force dans la famille ;

La femme dominatrice. Elle gère tout au foyer : l'éducation des enfants, les taches ménagères, administratives etc. C'est une femme de devoir préoccupée par son

Rôle de bonne mère et bonne épouse, la place de l'homme à la maison l'indiffère ;

La femme soignant. Elle a connu la conduite alcoolique avant l'union et a voulu l'aider, pensant que, grâce à elle, son mari retrouverait l'abstinence. Le mari est considéré comme un enfant de plus et donc vécu comme moins dangereux qu'un homme qui pourrait la désirait sexuellement ;

La femme déçue. Elle a connu des ruptures, des deuils non faits. Le mari vient combler un manque et peut importe s'il est alcoolique.

Dans le cas où c'est la femme qui est alcoolique, le rôle du mari a été identifié. Le plus souvent, le mari est peu présent à la maison, davantage tourné vers sa vie professionnelle et / ou social, l'essentiel de ces investissement se fait à l'extérieur. La vie relationnelle au sein du couple et de la famille est très pauvre en affects.65(*)

I-V- V. Modèle psychosocial:

Pelle a proposé une véritable théorie psychosociale de l'addiction aux substances. L'ensemble des facteurs biologique et de personnalité ainsi que l'environnement sociale, culturel et politique sont à prendre en considération pour tenter de comprendre la toxicomanie. En fait, ce que propose Peele c'est une approche intégrative des addictions.

Il insiste sur l'expérience mémorisée par le sujet lorsqu'il utilise un psychotrope et la façon dont cette expérience s'inscrit dans la vie du sujet.

Les phénomènes clés qui peuvent expliquer la dépendance sont les suivants : connaître l'ensemble des substances ayant un véritable potentiel addictif ; reconnaître les effets différents d'une même substance selon l'individu qui la consomme et selon le contexte culturel ; repérer le rôle des groupes et des facteurs sociaux sur l'utilisation de la substance et sur l'arrêt de la consommation ; étudier l'impact des événement de vie sur l'installation de la dépendance.66(*)

Selon Cormier (1984) la toxicomanie pourrait être conçue comme un style de vie. Considéré sous cet angle, la toxicomanie en vient à représenter pour la personne une technique d'adaptation particulière. La position de l'auteur renvoie davantage à une sorte de stratégie de coping, c'est à dire que le sujet tente de maîtriser, de réduire ou de tolérer les exigences internes ou externes qui menacent ses ressources.67(*)

I-V-VI- Le modèle existentielle :

George Greaves propose une théorie existentielle de la dépendance. Selon Maslow 1954, La principale motivation des être humains résiderait dans la satisfactions de leur besoins fondamentaux et dans la réalisation de ses aspirations profondes. Lorsque l'individu peut satisfaire ses besoins et aspirations, il en résulte un sentiment de plénitude, de bien être.

Les états altérés de conscience servent à l'organisme de mécanisme d'adaptation ; selon Greaves, certains adolescents ou adultes seraient moins aptes à accéder à de tels états altérés de conscience, en raison de processus pathologiques comme l'anxiété.

Ces individus useraient de psychotropes pour ressentir malgré tous ces états, plus exactement pour retrouver un mode d'être au monde leur permettant d'éprouver à la fois des états de conscience normaux, et des états altérés. Tout usage de drogue visant à modifier les caractéristiques d'une personnalité pathologique doit être considéré comme une forme d'automédication.68(*)

I-VI. Les facteurs vulnérabilité à la toxicomanie :

Certains d'aspects dimensionnels de la personnalité sont les facteurs de vulnérabilité à l'addiction. Le terme vulnérabilité vient du latin vulnus, vulneris qui signifie blessure. Il désigne la potentialité d'un sujet à développer un type de maladie.

Il s'agit d'identifier les principaux facteurs de risque qui vont rendre un individu vulnérable à l'alcoolisme ou la toxicomanie.

I - VI - a. La recherche de sensation :

La recherche de sensations est issue des travaux de Zuckerman et est évaluée grâce à l'échelle de recherche de sensations. Elle est composée de quatre facteurs principaux :

La recherche de danger et d'aventure, la recherche d'expérience nouvelles, la désinhibition, la susceptibilité à l'ennui.

Selon les études, la quantité d'alcool consommée chez les garçons est corrélée aux facteurs « recherche de danger et d'aventure » et « désinhibition » et, chez les filles, au seul facteur « désinhibition » et susceptibilité à l'ennui.69(*)

I -VI - b. Le lieu de contrôle :

Rotter (1966) a défini le lieu de contrôle comme une croyance généralisée de l'individu dans le fait que les cours des événements et leur devenir dépend ou non de son comportement. Ainsi, un lieu de contrôle interne se réfère à une croyance généralisée selon laquelle ce qui arrive dépend du sujet, tandis qu'un lieu de contrôle externe se réfère à une croyance généralisée selon laquelle les événements sont attribués à des facteurs externes : chance, destin, hasard.70(*)

De nombreuses études ont démontré dans le demaine de la santé l'incidence positive de la perception par le sujet d'un lieu de contrôle interne face à leur état de santé.

La majorité des auteurs s'accordent à dire qu'un lieu de contrôle externe serait indicateur d'un pronostic moins favorable , de dépendance plus longue aux substances, de rechutes, d'une attitude passive alors qu'un lieu de contrôle plus interne prédit une attitude plus responsable, plus active et serait de meilleur pronostic.71(*)

Les études de Waitman (1989) & shultz (1992) révèlent que les personnes du lieu du contrôle externe (je suis incapable, je ne peut pas contrôler mes événements de ma vie) ont plus tendance à la consommation d'alcool et de drogues que ceux qui ont le lieu du contrôle interne ; et c'est pour cette raison qu'ils sont plus stressés et ont moins de confiance en soi, par conséquent ils consomment les drogues pour calmer leur angoisse.72(*)

Cependant, les travaux concernant le type de contrôle des patients alcooliques apportent des résultats parfois contradictoires. Ces contradictions ont amené une équipe belge 73(*)à émettre l'hypothèse selon laquelle les sujet alcooliques auraient un lieu de contrôle subjectif (idéal de référence) forte interne alors que dans les faits, ils se comportent de manière particulièrement externe et dépendante.

I-VI-c. L'impulsivité :

L'impulsivité est définie comme «  une tendance aux actes soudains et incoercibles, échappant au contrôle de la volonté et se déroulant quasi automatiquement74(*) et inéluctablement lorsqu'ils ont été commencés ».

Des auteurs suggèrent que la consommation de drogues peut être considérée comme un comportement impulsif. De plus, l'impulsivité est corrélée positivement à l'addiction aux substances psychoactives.75(*)

Quelques études longitudinales ont identifié l'impulsivité chez l'enfant comme un facteur de risque à la consommation de substances à l'adolescence ou à l'âge adulte.

Après avoir fait passer l'échelle d'impulsivité de Barrat composée de 34 items à choix forcé regroupés en trois facteurs : l'impulsivité motrice, l'impulsivité cognitive et les difficultés de planification, une étude française a montré que les trois types d'impulsivité sont associés à une conduite d'abus ou dépendance à une substance.

De plus, les sujets les plus impulsifs ont une plus grande probabilité de présenter une conduite addictive ou d'avoir un tel trouble dans leurs antécédents. 76(*)

I-VI - d .L`hyperactivité :

« L'hyperactivité avec troubles déficitaire de l'attention chez l'enfant est considéré comme un facteur de risque pour la dépendance aux substances psychoactives.

Elle se définit comme un mode persistant d'inattention et /ou hyperactivité / impulsivité plus fréquent et plus sévère que ce que l'on observe habituellement chez des sujets d'un niveau de développement similaire.

Par ailleurs, des études ont montré que des enfants à haut risque de survenue d'un abus ou d'une dépendance présentaient des perturbation cognitives et de la régulation comportementale, affectant essentiellement les domaines suivants : capacité d'organisation, attention, raisonnement abstrait, capacité d'anticipation, jugement, contrôle de soi et contrôle de l'activité motrice. »77(*)

I -VI -e. L'anhédonisme :

C'est en 1896 que Ribot crée le néologisme « anhédonie » pour définir l'incapacité à éprouver du plaisir, qui peut être mesurée par l'échelle d'anhédonie physique de Chapman. C'est une échelle composée de 61 items adaptée et validée en français.

Les études tendent à montrer que les scores obtenus à l'échelle d'anhédonie sont plus élevé chez les toxicomanes que chez les témoins. Les sujets qui auraient des difficultés à éprouver du plaisir pour des stimulations banales auraient une probabilité plus grande de présenter une conduite addictive. Ecrit Varescon (2005).

I -VI -f- L'alexithymie :

En 1972, Sifnéos propose le terme d'alexithymie pour désigner le fonctionnement de nombreux patients sous forme d'affection organiques chronique à fortes composantes psychosomatique. « Une vie fantasmatique pauvre avec comme résultat une forme de pensé utilitaire, une tendance à utiliser l'action pour éviter les conflits et les situations stressante, une restriction marquée dans l'expression des émotions et particulièrement une difficulté à trouver les mots pour décrire ses sentiments ».78(*)

Les derniers résultats français, proposés par le Réseaux Dépendance, concordent avec les données de la littérature. Sur 124 sujets toxicomanes, 43,5 % seraient alexithymiques, indépendamment des variables sociodémographiques, de la catégorie socioprofessionnelle.

Les données mettent en évidence un lien entre dépression et alexithymie notamment pour ce qui concerne la composante émotionnelle.

La dépression semblerait favoriser alexithymie qui apparaît comme secondaire et de nature multidimensionnelle.79(*)

I-IV- g- dépendance interpersonnelle :

Les auteurs définissent généralement la dépendance interpersonnelle comme un ensemble de pensées, de croyances, de sentiments et de comportements, se traduisant par le besoin de fréquenter étroitement, d'interagir et de compter sur des personnes chères ou estimées.

De façon générale, la plupart des études prouvent que les sujets alcooliques ont des scores plus élevés que les sujets contrôles. 80(*)

De façon plus sûre, il semblerait que la dépendance affective serait prédictive de rechute chez l'alcoolique. Mais il faut rappeler les résultats des travaux d'Hirschfeld qui mettent en évidence un lien entre dépression et dépendance affective. La dépendance affective augmente en fonction du niveau de dépression. 81(*)

Sur cette conception, nous discuterons complètement en troisième partie de cette mémoire.

I - VII. Prévention :

Depuis l'antiquité, les sociétés ont souhaité anticiper la survenue d'un mal et intervenir pour le détruire ou le contrecarrer. Actuellement la société et les pouvoirs publics mettent place des stratégies de prévention et de soins pour les addictions.82(*)

En générale, on distingue trois niveaux de prévention :

- la prévention primaire a pour objectif d'éviter l'apparition du phénomène en s'adressant à un public présumé non touché ; elle vise à empêcher qu'un trouble, un processus ou un problème ne se produisent.83(*) Sancho 1983 écrit : les actions de prévention primaire visent à supprimer ou à diminuer l'exposition aux facteurs de risque ou à protéger l'individu contre l'action de ces facteurs.84(*)

- la prévention secondaire vise à reconnaître un trouble, un processus ou un problème, puis, le plus rapidement possible, à les supprimer, ou à les modifier, dans un sens positif, elle entend traiter les toxicomanes avérés pour réduire leur dépendance et éviter que ne se développent des complications.

  - la prévention tertiaire vise à enrayer ou retarder le développement d'un trouble, d'un processus ou d'un problème et de leurs séquelles, alors même que persiste la situation qui l'a suscité ; elle s'intéresse à la réinsertion des anciens toxicomanes en développant des stratégies de prévention des rechutes.85(*)

Dans le cadre d'une toxicomanie avérée, un modèle de prévention de la rechute a été proposé par Marlatt et Gordon en 1985, fondé sur la restructuration cognitive du sujet toxicomane. La patient va être amené à imaginer une rechute, en identifiant le contexte situationnel et émotionnel. Le sujet évoque alors les différentes stratégies possibles destinées à éviter la rechute. Différents techniques sont proposées au sujet comme des techniques de relaxation pour atténuer le stresse et l'anxiété.

D'autres stratégies vont avoir pour objectif d'intervenir de manière globale sur la vie du sujet.

Par exemple, le sujet est amené à restructurer sa journée en remplaçant les moments propices à la consommation par des activités procurant une gratification. Un aspect originale du modèle de prévention de la rechute est la dissociation faite entre rechute et récidive. 86(*)

Marlatt et Gordon 87(*)ont décrit le possible effet de violation de l'abstinence : un sujet abstinent qui consommes à nouveau se sent vaincu et impuissant et pense qu'il est condamné à rester toute sa vie toxicomane. Cette dimension est prise en compte en comprenant la rechute occasionnelle comme faisant partie intégrante du traitement et en

La considérants comme un élément à partir du quelle un travail pourra s `élaborer les techniques acquises renforceront le sentiment de contrôle et d'efficacité perçue du patient sur son comportement.

* 49 Doron R ,Parot F. (2003). Dictionnaire de psychologie. Presses Universitaires de France. Paris.

* 50 Abraham K. (1925). Etude psychanalytique de la formation du caractère In Ouvres Complètes II. 1966, T. LX, n° 30, Paris, Payot, 2139-2143.

* 51 Freud, S. (1905). Trois essais sur la théorie sexuelle. Paris : Folio Essais, 1976.

* 52 Dabrowski, K. Goguen, L. (1977). S'il y a un toxicomane dans votre famille. Saint-Yves Inc.Québec ; Canada.

* 53 Bergeret, J. (1982). Toxicomanies et personnalité. Paris. PUF.

* 54 Fernandez L , Sztulman H. (1998). Comment repérer une disposition narcissique chez un fumeur présentant une addiction tabagique grâce à un bilan psychologique. L'évolution psychiatrique, 63 (3), 409-432.

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