WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Le refus de la linéarité dans l'adaptation cinématographique de la Rue Cases-Nègre de Joseph Zobel

( Télécharger le fichier original )
par Théophile Muhire
Université Natinale du Rwanda - Licence en Lettres 2004
  

précédent sommaire suivant

CHAPITRE II :

CADRE METHODOLOGIQUE

2.1 La méthode narratologique

La narratologie est une méthode qui analyse les composantes et les mécanismes du récit. Tout récit a un objet. Il faut qu'il raconte quelque chose. Cet objet est l'histoire. Celle-ci doit être transmise par un acte narratif. Cet acte s'appelle la narration. Histoire et narration sont donc des constituants nécessaires de tout récit.

2.1.1 Le choix de la narratologie

Etudier le refus de la linéarité dans l'adaptation cinématographique d'un roman peut se faire sous plusieurs points de vue : sémiotique, psychologique, énonciatif, stylistique, etc. Cependant, la narratologie présente plusieurs avantages puisque elle connaît beaucoup de versions et plusieurs modifications dont l'ampleur appelle quelques précisions.

En effet, c'est à Gérard Genette (1972) que l'on doit, sinon le terme, du moins les bases constitutives et systématiques de cette science du récit (pour une histoire simple et concise, se reporter à l'ouvrage de Gaudreault et Jost, 1990). Or, la conception qu'il développe apparaît comme particulièrement restrictive puisqu'elle ne prend en compte que le récit écrit au seul plan de son énonciation. Sont donc exclus de cette narratologie restreinte ce qui relève de l'histoire, c'est-à-dire des évènements racontés et de leur organisation (notamment les analyses s'inscrivant dans la lignée des travaux de Vladimir Propp, 1973) et tous les récits dont le support n'est pas strictement linguistique comme, naturellement, le film narratif !

Nous opterons donc pour une narratologie « élargie » qui se donne pour objet la compréhension de ce qui est en jeu dans l'acte de raconter, en relation avec le médium dans lequel s'inscrit la narration. Précisément, parce que celui-ci exerce une très forte prégnance sur l'art de raconter, il importe de préciser ses caractéristiques essentielles. C'est ce que nous allons faire dans les pages qui vont suivre.

2.1.2 Narratologie et cinéma

Narrer n'est-il pas fondamentalement s'adresser à quelqu'un pour lui rapporter les évènement dont il était absent ? Le propre du récit cinématographique consiste en ce qu'il déploie son activité narrative en faisant usage du langage audiovisuel. Rien de particulièrement original dans cette assertion. Selon une opinion répandue, le récit filmique ne serait même guère plus que du récit verbal (écrit ou oral) mis en images et sons. Force est de reconnaître que la longue tradition de l'adaptation ainsi que le recours fréquent au scénario écrit, comme préalable au tournage, donnent quelque force à cette idée. Toutefois, les choses ne sont pas aussi simples.

Le propre du cinéma, ce qui le distingue d'autres médiums, ou d'autres arts, c'est de donner à voir, grâce à l'image mouvante. C'est elle, comme la sémiologie l'a établi depuis longtemps, qui est constitutive du cinéma ; les autres matières de l'expression (la musique, le bruitage, le verbal, ou encore les mentions écrites) sont facultatives. La fonction principale du cinéma réside donc dans la nécessité qu'il a de montrer, de donner à voir, et au besoin, de donner à entendre. En ce sens, il montre d'abord, il raconte éventuellement ensuite. Le récit filmique, ce n'est donc pas du récit mis en images et sons, mais des images et des sons agencés de façon à produire du récit. Il s'agit alors d'analyser en quoi le langage et l'expression cinématographiques sont susceptibles de produire de la narration, et, de ce fait, être maniable avec les mêmes outils que le récit oral ou écrit. Cette narration, pilier de notre travail, sera analysée grâce aux techniques de la narratologie. Les théoriciens qui sont le plus souvent cités pour avoir élargi la narratologie de Genette afin de la rendre capable d'aborder les récits filmiques sont notamment Francis Vanoye & Anne Goliot-Lété (1993), André Gardies (1993) mais aussi et surtout André Gaudreault (1988).

précédent sommaire suivant