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La place des services sociaux dans les politiques d'intégration en Europe

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par Irmela DE HAAS
Université catholique de Lille - Institut social Lille Vauban/ Canterbury Christchurch University College - Master du Travail Social en Europe 2005
  

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3. L'action sociale mise en oeuvre

Avant la mise en oeuvre de la loi sur l'immigration et l'intégration en Allemagne, les travailleurs sociaux des services sociaux pour migrants avaient des méthodes de travail très variées et travaillaient dans tous les champs du travail social. Tous faisaient de l'information et de l'orientation, presque tous pratiquaient l'accompagnement social individualisé des migrants et travaillaient en partenariat avec d'autres services. Un certain nombre des services sociaux pour migrants avaient mis en place des projets de travail social collectif et du travail social communautaire. Depuis la mise en oeuvre du nouveau dispositif, nous constatons une diminution du travail collectif et du travail communautaire, dans certains services sociaux, en faveur du travail individuel. En outre, nous pouvons remarquer que ce nouveau dispositif oblige les travailleurs sociaux allemands à travailler en partenariat, pour ceux qui n'avaient pas déjà mis en oeuvre cette forme de travail, et de travailler plus pour une « ouverture interculturelle » (sensibilisation à la relation interculturelle) des services de droit commun.

Par ailleurs, les travailleurs sociaux allemands font preuve d'une grande créativité : en dehors de l'entretien d'accueil imposé, 83% des interrogés ont mis en place une offre de service originale en direction des nouveaux arrivants. Nous pouvons mentionner la formation et la collaboration avec des bénévoles pour l'accompagnement des nouveaux arrivants (23%), des actions en lien avec l'orientation professionnelle et la recherche d'emploi (20%), un travail éducatif avec des groupes de nouveaux arrivants (13%), des cours d'intégration et d'orientation (13%), des actions d'intégration par le sport ou par la culture (13%), des cours linguistiques ou de soutien pour des publics spécifiques (10%), l'initiation de lieux de rencontres interculturelles (10%), des actions d'insertion dans le quartier (10%), des permanences pour des adolescents (10%) et beaucoup d'autres actions.

Nous pouvons constater ici une approche différente du travail social que celle des services sociaux spécialisés en France. D'une part, elle est sans doute liée à la formation initiale des travailleurs sociaux qui réunit dans une même formation toutes les formes du travail social sans faire de distinctions entre assistants sociaux, éducateurs spécialisés, animateurs, etc. comme en France ; d'autre part, avec ses actions éducatives, elle s'inscrit, au moins en partie, dans la tradition paternaliste du travail social en Allemagne.

Les deux tiers (67%) des travailleurs sociaux allemands reconnaissent la nouvelle loi sur l'immigration et l'intégration comme positive pour les intéressés et ceci pour deux raisons : (1) tous les nouveaux arrivants peuvent maintenant accéder à une formation linguistique et (2) l'intégration est pour la première fois cadrée et devient ainsi plus claire et plus juste. En revanche, un tiers (33%) des enquêtés dénoncent le manque de moyens mis en oeuvre pour réaliser les objectifs déclarés et la réduction de la notion d'intégration à une maîtrise de la langue et des connaissances civiques.

En ce qui concerne les Pays Bas, l'action des travailleurs sociaux dans le cadre du programme d'intégration est souvent limitée à l'accompagnement individuel, « case management », et du conseil. Seulement deux (2/6) ont engagé aussi du travail en partenariat. Le travail avec des groupes, le travail social communautaire, ainsi que la sensibilisation à l'interculturel sont quasi inexistants dans les méthodes de travail des travailleurs sociaux interrogés, que ce soit dans leur travail dans le cadre du dispositif d'accueil ou dans le travail avec les nouveaux arrivants en général.

Pour compléter les prestations prévues par le programme d'intégration, les travailleurs sociaux néerlandais mettent en place des offres de services très variées : du conseil social et/ou juridique (5/6), l'aide à la recherche d'un logement (2/6), la formation et l'animation de groupes de bénévoles (1/6), du « coaching » social (1/6), des actions d'intégration dans le quartier (1/6), l'aide à la recherche d'une formation professionnelle (1/6), des cours de cyclisme pour femmes (1/6).

Tous les travailleurs sociaux néerlandais perçoivent le programme d'accueil pour nouveaux arrivants comme positif. Ils insistent sur l'importance de la formation linguistique obligatoire. Selon un travailleur social qui travaille avec des réfugiés nouvellement reconnus, le dispositif d'accueil présente de nombreux avantages pour ce public : après des années d'inactivité le programme leur donne l'opportunité d'être « réactivés », de devenir acteurs de leur avenir et de connaître la société néerlandaise ; dans cette trajectoire ils ne sont pas seuls mais accompagnés par des professionnels.

Même si les travailleurs sociaux approuvent globalement le programme d'intégration, certains dénoncent le manque de moyens dont ils disposent.

Nous voyons ici encore une fois une approche différente du travail social, d'un côté centré sur l'accompagnement individuel des nouveaux arrivants, de l'autre sur leur « activation ». Ceci correspond tout à fait aux tendances de libéralisation que parcourt la société néerlandaise actuellement et à ses effets sur le travail social aux Pays Bas.107(*)

* 107 DE GRAAF W., MAIER R., op. cit., p. 379

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