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Interaction Hommes/Animaux chez les Gisir Gabon

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par Bipikila Moukani Mambou
Université Omar Bongo - Maîtrise 2008
  

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2.4. Fétiches et techniques de protection endogène

Par techniques de protection endogènes, on entend les techniques de protection utilisées à l'intérieur de la société gisir avant toute influence extérieure. Les mesures d'atténuation des dégâts sont multiples et varient selon les pays et l'ampleur des dégâts. D'après S. Alfa Gambari Imourou et al. (2004), « en général, les paysans font tout pour prévenir les conflits en s'adonnant à des pratiques magiques rituelles et aux prières collectives »89(*). En effet, Alfred Foucher90(*), de l'Université de Paris, a fait remarquer que, bien avant que la religion fût organisée dans les villages, les villageois vénéraient un dieu-éléphant vaillant et sanguinaire qui les protégeait, ainsi que leurs récoltes et leurs demeures. Et chez les Bisir, l'éléphant est un fétiche de protection contre les attaques mystiques mais également contre les prédateurs des cultures. Et pour protéger leurs cultures, ils faisaient appel aux pratiques magiques. Elles sont désignées par l'expression « gukanda giamba » ou « kiligu ». La première de ces pratiques consiste à « féticher » un éléphant du village qui se charge de la protection des champs. Dans la société gisir, le fétiche (divanda) a un double caractère. Nous avons des fétiches bienfaisants et les fétiches malfaisants.

Les fétiches bienfaisants sont ceux qui sont destinés au maintien de l'ordre la société ou à la sécurité individuelle et qui sont reconnus par la communauté, sans compromettre une quelconque vie humaine. Et les fétiches malfaisants sont ceux qui sont affectés à faire le mal. Dans la pratique du fétiche de « l'éléphant de protection » des cultures, cet éléphant a pour mission de chasser les éléphants prédateurs des champs de son maître et à les éloigner. Nous pouvons illustrer ce propos par l'extrait de discours de Mboula Adolphe qui dit : « Lorsqu'une personne «fétiche» un éléphant pour protéger sa plantation, parfois sa plantation n'est pas touché par les éléphants, il n'y aura que les plantations des autres. Cet éléphant va chasser les autres éléphants de la plantation de son maître. Une fois qu'il a fini de « féticher » son éléphant, cet éléphant vient consommer un aliment dans sa plantation pour dire au maître qu'effectivement désormais je suis sur les lieux »91(*).

Cependant, ce fétiche a un revers malsain. Lorsque le maître est de mauvaise foi, il peut recommander à son éléphant de diriger les éléphants prédateurs vers les champs des autres personnes. Aussi, son éléphant pour se nourrir, ne peut jamais s'attaquer aux champs de son maître, il va s'alimenter dans les champs des autres d'où les plaintes récurrentes des déprédations des cultures par les « éléphants du village » issus de l'intervention humaine. Par ailleurs, une fois le rituel magique a été opéré par un nganga92(*) sur la demande du propriétaire des champs, cet éléphant pour signifier à son maître « la prise effective de ses fonctions » de gardien des cultures, il consommera quelques aliments à l'arrière plan du champs pour marquer sa présence effective. La seconde pratique quant à elle, vise à rendre le champ invisible aux yeux des éléphants. C'est à la demande des propriétaires des plantations que le nganga organise une petite veillée au cours de laquelle, il concocte des talismans qu'il remet le matin à chaque femme demandeuse. Une fois dans son champ, la femme plante ce fétiche auprès de la souche d'un arbuste (dibandu di gisindu). Cependant, après cette opération, il sera désormais interdit à toutes ces femmes de traverser un tronc d'arbre, d'appeler quiconque pendant qu'elles se trouvent dans leurs champs ou de répondre à un appel. Pour appeler une personne pendant qu'elle s'y trouve, la femme doit soit cogner sur un tronc d'arbre ou poser une question du genre : y a-t-il des gens là-bas ? Et pour répondre, la personne interpeller doit, selon le protocole d'appel utilisé, répondre en cognant également sur un tronc d'arbre ou apporter une réponse à la question posée.

Ces interdits avaient pour fonction de ne pas faire découvrir à l éléphant le lieu où se trouve le champ car l'éléphant est considéré comme un esprit qui vit en forêt. Notons que ces pratiques sont rarement utilisées de nos jours. La rareté de l'usage de ces pratiques est due au fait que les personnes qui les utilisent sont suspectées de pratiques « sorcellaires ». Elles sont souvent accusées d'être les auteurs des éléphants prédateurs. Outre ces pratiques magiques, les populations de Mandji pour protéger leurs cultures contre les intrusions des éléphants, ont mis en place des systèmes de prévention. Ces systèmes de prévention sont faits à base de répulsifs traditionnels. Les répulsifs traditionnels sont ceux qui sont inventés par les communautés rurales faits de matériaux locaux de basse technicité disponibles dans la région que nous analysons en termes de techniques de protection traditionnelles.

* 89 ALFA GAMBARI IMOROU Safouratou et al. (2004), Les conflits homme-éléphants (loxodonta africana) dans la zone cynégétique de la Djona (bénin) adjacente au parc régional du W : cas des villages d'Alfakoara in : CHARDONET Philippe, LAMARQUE François, BIRKAN Marcel (eds.), Actes du 6ème Symposium International sur l'Utilisation Durable de la Faune Sauvage : « La faune sauvage : une ressource naturelle », du 6 au 9 juillet 2004 à Paris, France, Tome 2, Game Wildl. Sci., pp.553-569.

* 90 Karl GRÖNING (1998) (dir.), L'éléphant : mythes et réalités, Cologne, Ed. Konemann, p. 159.

* 91Adolphe Mboula Y., corpus n° 13, séquence n°2.

* 92 Médecin et « devin » traditionnel.

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