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L'affaire du marquis Alfred de Trazegnies d'Ittre (1832-1861).


par Olivier LERUTH
Université de Liège (Belgique) - Licence en Histoire  2005
  

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La guerre.

Chose promise, chose due, Napoléon ferait la guerre, et il la ferait bien. Déjà à la fin du mois d'avril les Français quittaient leurs foyers pour le front. Le peuple semblait en fin de compte enchanté de la situation : partout on fredonnait la Marseillaise, la victoire semblait certaine. Un premier groupe de soldats comprenant deux corps d'armées commandés par Niel et Canrobert traversa les Alpes et se rassembla dans le val de Suse. Le second, avec à sa tête Mac-Mahon et Baraguay d'Hilliers débarqua à Gênes et Savone en compagnie de l'empereur. Garibaldi et son régiment devaient agir de leur côté, le long des Alpes, plus au nord, l'empereur ayant refusé de les intégrer aux troupes « officielles ». L'état-major français ne disposait nullement d'un plan précis de bataille, tout au plus s'inspirait-on vaguement de celles livrées au même endroit une soixantaine d'années auparavant (1796-1797) par un certain général Bonaparte. Du côté autrichien, la principale stratégie consistait à se réfugier dans les forteresses, réputées imprenables, du fameux « quadrilatère » : Peschiera, Vérone, Mantoue et Legnano. Ainsi s'engageait-on dans un conflit où désordres et imprévus allaient régner en maîtres. Dès le début des hostilités, les autrichiens commirent l'erreur de l'hésitation : Giulay, craignant un encerclement, n'osa foncer droit sur Turin, alors qu'il en avait le temps, puisque la totalité des troupes françaises n'arriva à destination que dans la seconde partie du mois de mai ! Le 20 mai, les Franco-sardes signaient leur premier succès en venant à bout d'un corps de 20 000 Autrichiens au nord de Marengo. Une victoire qui permit aux coalisés de franchir le Pô et de marcher en direction de la capitale lombarde. Une offensive fut repoussée à Palestro (30 mai), tandis que Garibaldi prenait Côme. L'armée impériale put passer le Tessin et affronter les Autrichiens à Magenta le 4 juin. L'issue de la bataille -à laquelle les Sardes ne prenaient pas part, retardés qu'ils étaient par les difficultés de communication- demeura bien longtemps indécise. L'arrivée, en dernière minute, du corps d'armée de Mac-Mahon, fit pencher la balance en faveur des alliés. On dénombrait 7000 tués parmi les Autrichiens et 3000 de moins dans le camp adverse. Au lieu de profiter de leur avantage et d'en finir avec l'ennemi, Napoléon et Victor-Emmanuel préférèrent entrer glorieusement dans Milan (8 juin) où le premier, par une déclaration, invitait les peuples italiens à se rattacher au Piémont : « La fortune de la guerre me conduit aujourd'hui dans la capitale de la Lombardie ; je viens vous dire pourquoi j'y suis. [...] Je ne viens pas ici avec un système préconçu pour déposséder les souverains ni pour vous imposer ma volonté ; mon armée ne s'occupera que de deux choses : combattre vos ennemis et maintenir l'ordre intérieur ; elle ne mettra aucun obstacle à la libre manifestation de vos voeux légitimes. La Providence favorise quelques fois les peuples comme les individus en leur donnant l'occasion de grandir tout à coup ; mais c'est à la condition qu'ils sachent en profiter. [...] Souvenez-vous que sans discipline il n'y a pas d'armée ; et animés du feu sacré de la patrie, ne soyez aujourd'hui que soldats, demain vous serez citoyens libres d'un grand pays28(*). » Et Dieu sait qu'il fut entendu !

Depuis le mois d'avril, une vague de ralliement avait vu le jour. La Toscane chassait son grand-duc Léopold et proclamait un gouvernement provisoire avec à sa tête le bien connu Bettino Ricasoli, qui s'offrait à la Sardaigne. Le roi acceptait et nommait Buoncompagnoni Commissaire Royal à Florence. Venait ensuite le tour de François IV de Modène, chassé de ses états à la suite d'une émeute (11 juin). La duchesse Marie-Louise de Parme abdiquait inutilement en faveur de son fils : comme à Modène, un gouvernement provisoire proposait la réunion au Piémont qui y envoyait son Commissaire extraordinaire, le comte Pallieri. Enfin, début juillet, Bologne en profitait également pour chasser son cardinal légat. Le 14 juillet, Pérouse se libérait de la tutelle du pape qui frappait fort en reprenant la ville aussitôt grâce à ses mercenaires. On se rend compte que toutes ces turbulences mettaient en échec les prévisions de Plombières : la formation d'un royaume d'Italie centrale tombait à l'eau !

* 28 Dans OLLIVIER Emile, L'empire libéral. Etudes, récits, souvenirs. Napoléon III et Cavour, Garnier frères, Libraires-éditeurs, Paris, 1899, pp. 188-189.

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