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L'affaire du marquis Alfred de Trazegnies d'Ittre (1832-1861).


par Olivier LERUTH
Université de Liège (Belgique) - Licence en Histoire  2005
  

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Villafranca.

Les alliés reprenaient leur marche vers l'Est tandis que les Autrichiens, enhardis de leurs nouveaux renforts, pressaient le pas vers l'Ouest. A la surprise générale, les deux armées tombèrent nez à nez à Solferino, dans les collines jouxtant le lac de Garde. François-Joseph, qui prenait désormais les commandes de ses 134 000 combattants secondé du général Hess, faisait face à 96 000 Français et 37 000 Sardes, qu'on pouvait déjà qualifier d'« Italiens » puisque 35% des hommes du roi de Piémont étaient des volontaires en provenance des divers états de la Péninsule. Des assauts se succédèrent, interminables, pour la possession d'une tour au sommet d'une colline. Cette épouvantable tuerie choqua tellement ses contemporains qu'elle suggéra au genevois Henri Dunant la création d'une Société Internationale de Secours aux blessés militaires qui prit pour emblème la célèbre croix rouge... Pas moins de 40 000 cadavres recouvraient ce champ de bataille. Les Autrichiens, vaincus, se retirèrent vers le « quadrilatère ». Alors que les Sardes entamaient le siège de Peschiera, on apprit que les deux empereurs, à l'insu de Cavour, venaient de signer les préliminaires de la paix lors d'une entrevue dans la bourgade de Villafranca (11 juillet). Le traité stipulait la cession de la Lombardie à la France, chargée de la remettre dans les mains du Piémont. Une confédération comprenant la Vénétie serait présidée par le pape : Venise deviendrait autonome... tout en restant autrichienne ! Enfin, les souverains d'Italie centrale seraient restaurés, mais on ne précise pas de quelle manière. Victor-Emmanuel, rassuré de conserver ses prérogatives, se soumit à ce texte mais Cavour, enragé, démissionna de son poste.

Comment expliquer l'attitude du souverain des Français ? Tout d'abord par l'horreur que lui a suggéré le carnage de Solferino. Napoléon savait désormais qu'il n'était pas fait pour le feu et le sang. Ensuite, n'oublions pas que l'empereur, même s'il en était éloigné, devait tenir compte de son pays et de son opinion. Or, il mécontentait à ce moment deux classes puissantes : les financiers qui voyaient la bourse baisser et les catholiques, apeurés des répercussions du conflit sur l'autorité du Pontife. « Si je me suis arrêté, déclare-t-il aux grands corps de l'Etat, ce n'est donc pas par lassitude ou par épuisement, ni par abandon de la noble cause que je voulais servir, mais parce que, dans mon coeur, quelque chose parlait plus haut encore : l'intérêt de la France29(*). » Enfin Napoléon redoutait l'élan subit de solidarité des princes membres de la Confédération germanique -la Prusse massait en effet la bagatelle de 400 000 hommes sur le Rhin !- à l'égard des Habsbourg.

Il va sans dire qu'une fois l'armistice conclu, Napoléon III n'osa même pas réclamer Nice et la Savoie à l'Italie puisque sa mission initiale, à savoir la création au profit de la Sardaigne d'un royaume d'environ 11 millions d'habitants, n'avait nullement été remplie. « Votre gouvernement, aurait-il déclaré à Victor-Emmanuel avant de reprendre la route de sa capitale, me paiera les dépenses de la guerre, et nous ne penserons plus à Nice et à la Savoie30(*). » L'Italie se trouvait dans une situation bien incertaine au lendemain de la guerre : les souverains chassés dès le mois d'avril devaient être à présent restaurés, mais qui allait s'en occuper ? Ni Victor-Emmanuel, qui avait accepté les préliminaires « pour ce qui le concerne », ni François-Joseph, car Napoléon n'avait pas envie de le voir reprendre les armes. Pierre de la Gorce rapporte à ce propos une anecdote intéressante : « A travers tous les indices confus et contradictoires, une parole se répétait, singulièrement réconfortante, et d'autant plus précieuse qu'elle était tombée, disait-on, des lèvres de l'empereur : « Le traité consacrait la restauration des princes mais ne pourrait s'exécuter par la force. » ; mot merveilleux, mot secourable, mot vraiment sauveur, surtout si cette défense d'employer la force ne s'appliquait qu'à l'Autriche et à ses clients31(*) ! »

L'issue de cette situation tenait essentiellement dans l'opinion française qui, quand elle y réfléchissait, ne voyait guère ce que lui avait rapporté ce conflit, si ce n'était des morts et des dépenses pour lesquels les Italiens se voulaient à peine reconnaissants ! Depuis Leri, Cavour tentait d'enrayer par tous les moyens l'exécution de Villafranca. Les différents dictateurs de provinces réunissaient des Assemblées constituantes qui votaient l'union à la monarchie sarde et mettaient sur pied une ligue militaire dirigée par Fanti et Garibaldi. Le 10 novembre, la paix de Zurich confirmait Villafranca sans insister sur la restauration des souverains qui devait se régler par la suite. L'amélioration du climat international incita Napoléon à tâter les nations étrangères pour connaître leurs réactions en cas d'achèvement de l'unité italienne, mais surtout d'annexion de Nice et la Savoie par la France. En effet, il craignait beaucoup la mauvaise humeur des Prussiens, Autrichiens, Russes et Anglais même si, chez ces derniers, un ministère whig (libéral) était revenu au pouvoir en juin, avec Lord Russel comme chef du Foreign Office.

Pour ce faire, une nouvelle brochure intitulée Le pape et le Congrès (22 décembre) exposait ses vues sur le futur des Etats pontificaux et signait la rupture entre l'empereur et les catholiques français. Elle conseillait au souverain Pontife de renoncer à tout pouvoir temporel en dehors de Rome et de participer à un futur Congrès qui tracerait les nouvelles frontières intérieures de la Péninsule. « Le pouvoir temporel du pape [...], peut-on y lire, n'est possible que s'il est exempt de toutes les conditions ordinaires du pouvoir, c'est-à-dire de tout ce qui constitue son activité, ses développements, ses progrès. Il doit vivre sans armée, sans représentation législative et, pour ainsi dire, sans code et sans justice. C'est un régime à part et qui se rapproche plutôt de l'autorité de la famille que de l'administration d'un peuple32(*). [...] » On imagine l'enthousiasme de Pie IX à l'idée d'être dépossédé par celui qui, depuis 1849, faisait mine de le protéger dans ses Etats !

L'amitié avec la Grande-Bretagne était garantie par la signature d'un traité de libre-échange signé le 22 janvier 1860. L'empereur faisait maintenant le ménage dans ses ministères en vue de son action prochaine : Walewski, peu adepte de la cause unitaire, perdait sa place au profit de Thouvenel33(*) (21 novembre) tandis que s'installait, à Turin, le nouveau représentant français, monsieur de Talleyrand (2 février 1860). Dans la capitale sarde, Cavour faisait un retour en force (20 janvier 1860) et plaçait un de ses fidèles à Paris : Constantin Nigra34(*). De nouvelles avances de Napoléon à Victor-Emmanuel et son ministre furent acceptées de suite -elles concernaient notamment la renonciation à la Vénétie et l'organisation de plébiscites, si chers au Second Empire, en Emilie et Toscane (11 et 12 mars) pour la Sardaigne ; à Nice (15 avril) et en Savoie (22 et 23 avril), pour la France. Les populations interrogées votèrent majoritairement leur annexion à ces deux pays. Napoléon s'engageait sans le savoir dans un cercle vicieux dont il ne pourrait plus de dépêtrer. Les bases de l'unité italienne étaient posées et la rupture définitive avec le parti catholique se rapprochait.

* 29 Cité dans OLLIVIER Emile, L'empire libéral... op. cit., p. 272.

* 30 Cité dans GUICHONNET Paul, L'unité italienne... op. cit., p. 496.

* 31 Dans DE LA GORCE PIERRE, Histoire du Second empire, tome III, Librairie Plon, Paris, 1906, p. 130.

* 32 Dans DE LA GUÉRONNIÈRE (vicomte), Le pape et le Congrès, Paris, 1859 ; cité dans GUT Philippe, L'unité italienne... op. cit., p. 53

* 33 Edouard Antoine Thouvenel (1818-1866). En 1854, il était envoyé comme attaché à l'ambassade de Bruxelles. L'année suivante, il partait pour Athènes comme chargé d'affaires par intérim. Il reçut, en janvier 1849, le poste de ministre plénipotentiaire. Présent en Grèce en 1850, on l'envoya ensuite vers Munich où il fut très bien reçu. Dès le coup d'Etat du 02 décembre, on le retrouvait à la direction politique des Affaires étrangères. En 1855, il était ambassadeur à Constantinople. Suite aux difficultés engendrées par la question italienne, il remplaça Walewski à la tête du ministère des Affaires étrangères, début janvier 1860. Le 15 août 1862, il cédait sa place à Drouyn de Lhuys, pour avoir été partisan de l'abandon de Rome aux Italiens. (Dans VAPEREAU Gustave, Dictionnaire universel des contemporains, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1870, pp. 1753-1754 et dans TULARD Jean, Dictionnaire du Second Empire, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1995.)

* 34 Constantin Nigra représente S.M. Victor-Emmanuel II auprès du gouvernement de Paris. Il naît le 12 juin 1827. En 1848, il prend part à la lutte contre l'Autriche et est blessé à Tivoli. Il entre ensuite dans la carrière diplomatique en 1856. Dans un premier temps secrétaire de Cavour au Congrès de Paris, il obtient le poste de secrétaire des plénipotentiaires italiens aux négociations de Zurich. Nommé ministre à Paris, puis attaché au prince de Carignan lors de sa mission à Naples, il est nommé une seconde fois ministre à Paris et enfin ambassadeur. Il demeure dans la capitale française jusqu'en 1876. Il poursuit ensuite une remarquable carrière diplomatique qui le mènera notamment à représenter son pays auprès de la cour saint-pétersbourgeoise. (Dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur. Correspondance confidentielle et inédite échangée entre M. Thouvenel, le duc de Gramont et le général comte de Flahault 1860-1863, Calmann Lévy éditeur, Paris, 1889, volume 2, pp. 530-531.)

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